Tout comme un médecin en soins palliatifs n’est pas un médecin ordinaire, un journaliste spécialisé dans les faits divers ne se compare pas à ses pairs. Habitués à côtoyer les aspects les plus sombres de l’humanité, les reporters de la chronique noire développent une sensibilité unique qui les rend peut-être plus fascinants pour la littérature. Ce portrait est incarné par ‘Landínez’, le protagoniste solitaire et misanthrope de la première et remarquable roman noir de Santiago Velázquez (Madrid, 1977). Dans ‘Landínez’, publié aux Éditions Libros Indie, le personnage principal cherche des réponses aux mystérieux meurtres de plusieurs militantes écologistes.
La lutte acharnée entre les grandes entreprises énergétiques et les écologistes soutient une intrigue captivante qui soulève une question centrale : l’ambition et l’argent peuvent-ils surpasser l’amour pour sa famille ? « Souvent, celui qui bâtit un empire tente de le protéger à tout prix », souligne Velázquez, qui considère que l’énergie et les ressources naturelles sont des facteurs déstabilisants majeurs de notre époque.
« Tous les conflits récents, qu’il s’agisse de l’Ukraine, de l’Iran ou des menaces de Trump contre le Groenland, sont liés à la suprématie énergétique », avance l’auteur. Il estime également que les énergies dites ‘propres’ ont déclenché un nouveau conflit entre leurs partisans et ceux qui souhaitent maintenir le statu quo dominé par le pétrole et le gaz. « Les multinationales sont conscientes que la transition énergétique nécessite d’importants investissements, moins rentables pour le moment, et cette tension constitue un excellent matériau littéraire », précise Velázquez, ancien journaliste économique.
Landínez, accroc au travail, perçoit le monde réel à travers ses lunettes de journaliste de faits divers, sillonne les marécages de Madrid, des décors « sombres » qu’il connaît bien, à la recherche d’indices laissés par le meurtrier. Pour l’aider, il fait équipe avec le duo de policiers, l’inspecteur Silvano et l’agent Camacho, ainsi que la hacker Paola Torriero, qui offre un éclairage intéressant sur l’univers de la ‘dark web’, un milieu où ‘des données précieuses’ circulent.
« Dans cet internet obscur, les hackers échangent des informations utilisées pour faire chanter des entreprises. C’est un monde incroyable qui échappe à la plupart d’entre nous », explique Velázquez, ajoutant que la technologie modifie aussi la criminalité et l’enquête : les voleurs exploitent désormais l’intelligence artificielle pour commettre des cambriolages, tandis que les caméras de voitures aident les enquêteurs à élucider des affaires.
Le véritable intérêt de la roman réside dans le personnage de Landínez, un antihéros qui permet à Velázquez d’explorer la condition humaine. S’inspirant d’écrivains qu’il admire, tels que Manuel Vázquez Montalbán ou Lorenzo Silva, l’auteur utilise son personnage pour s’interroger sur la littérature, les livres, et sur la vie en général. « Être journaliste de faits divers laisse une empreinte, et ceux qui l’exercent voient les gens différemment », ajoute-t-il, tentant ainsi de donner une dignité à une profession souvent considérée comme inférieure à celle des journalistes politiques ou économiques. « Ils évoluent dans l’ombre, mais leur importance pour la société est indéniable », insiste Velázquez.
Portrait du Journalisme
Le livre dresse un portrait précis du journalisme contemporain, où les visites sur les sites web dictent le rythme de l’information et où un titre se voit parfois exploité jusqu’à la limite pour attirer davantage de clics, menaçant ainsi la survie d’un métier en crise. Le cas de Daniel Sancho, un chef espagnol condamné à perpétuité en Thaïlande pour le meurtre d’un chirurgien, met en lumière la fine ligne qui sépare le droit à une information véridique du sensationnalisme. « Les faits divers sont les nouvelles qui passionnent le plus les lecteurs », constate Velázquez.
Il conserve d’ailleurs une collection de nouvelles, parfois simples brèves, qu’il considère comme des potentiels récits pour ses œuvres futures. « Souvent, ces informations ne donnent qu’un aperçu de grandes histoires qui se révèlent à mesure que l’on les explore. De belles histoires émergent parfois d’une simple conversation entendue dans un café », plaisante l’auteur, qui a exploré divers genres littéraires.
Points importants à retenir
- Le personnage de Landínez illustre la dualité des journalistes de faits divers, touchant à des aspects triviaux et profonds de la nature humaine.
- Les tensions économiques provoquées par la transition vers les énergies renouvelables alimentent des conflits mondiaux.
- La dark web et les nouvelles technologies modifient la manière dont les crimes sont commis et résolus.
- L’intérêt croissant du public pour les faits divers soulève des questions éthiques sur le journalisme moderne.
En fin de compte, il apparaît que la représentation du journaliste de faits divers mérite une attention particulière. Non seulement son rôle est souvent mal interprété, mais les enjeux sociétaux qu’il dévoile sont essentiels dans notre compréhension du monde contemporain. À travers la plume de Velázquez, je me sens interpellée par la question : comment la société pourrait-elle évoluer si nous prenions pleinement conscience des conséquences que ces récits font émerger dans nos vies ?





