Les causes de la violence dans les stades au Maroc dévoilées

Les causes de la violence dans les stades au Maroc dévoilées

Une étude récente met en lumière que la violence dans les stades au Maroc n’est plus un simple phénomène isolé, mais s’est transformée en une problématique sociale complexe teintée d’aspects économiques, culturels et éducatifs. Cette situation appelle à une transition d’une approche sécuritaire stricte vers une vision plus holistique qui s’attaque aux racines profondes du problème.

Intitulée « La gestion sécuritaire de la violence et des émeutes dans les stades de football au Maroc : vers une approche intégrée », cette recherche a été menée par le Centre de Genève pour la gouvernance du secteur de la sécurité en collaboration avec le Centre d’études des droits de l’Homme et de la démocratie. L’accent a été mis sur l’analyse du comportement des fans, la structure des groupes d’ultras, et l’efficacité des mesures visant à réduire les comportements tumultueux dans les lieux sportifs.

Les données ont été collectées lors d’interviews avec 144 supporters à Kénitra, suite à des matches du championnat national. Les résultats indiquent que les formes de violence, qu’elles soient physiques, verbales ou symboliques, ainsi qu’à travers les médias numériques, varient en proportion et sont clairement liées à des caractéristiques sociales et démographiques spécifiques.

L’étude révèle que la tranche d’âge la plus impliquée dans ces comportements violents se situe entre 10 et 20 ans, particulièrement chez les jeunes non mariés et ceux ayant un niveau d’éducation faible, avec une présence notoire d’analphabétisme. Un lien a également été établi entre la consommation de drogues et une probabilité accrue de participation à des émeutes.

Selon les statistiques, près de la moitié des répondants admettent exercer des formes de violence non physique. Environ 21 % ont avoué avoir vandalisé des équipements, 15 % se sont engagés dans des bagarres avec d’autres supporters, 9 % ont été impliqués dans des agressions envers les forces de l’ordre, et 4 % ont pénétré sur le terrain. L’étude souligne que ces indicateurs révèlent un schéma comportemental récurrent qui va au-delà de simples réactions circonstancielles.

Les raisons sous-jacentes à l’augmentation de la violence incluent des dysfonctionnements dans la gestion des clubs, la faiblesse des infrastructures sportives, et des décisions arbitrales souvent perçues comme des facteurs exacerbants pour les tensions. Cela s’inscrit dans un contexte social plus large, tel que la pauvreté, le chômage, et l’absence d’espaces de loisirs alternatifs, ce qui fait des stades un exutoire à l’expression des frustrations de certains jeunes.

Par ailleurs, des données de la direction générale de la sécurité nationale indiquent qu’entre 2019 et 2023, 686 mineurs ont été poursuivis pour des faits de violence sportive, dont 113 étaient en détention, tandis que les autres ont bénéficié de mesures alternatives, représentant environ un tiers des adultes poursuivis pour des délits similaires.

La recherche aborde également le phénomène des ultras, qui a émergé au Maroc depuis 2005, notamment à Casablanca et Rabat, avec des groupes tels que les Green Boys, les Winners, et les Black Army. Elle note que l’appartenance à ces groupes va au-delà du simple soutien sportif et constitue un cadre d’identité et d’appartenance sociale, surtout pour les jeunes dans des situations précaires. Toutefois, cette adhésion peut parfois se transformer en comportements violents pour prouver la loyauté et renforcer la cohésion interne.

En conclusion, l’étude souligne que si l’intervention sécuritaire est important, son impact reste limité sans l’accompagnement de mesures préventives et éducatives à long terme. Elle appelle à une intégration des clubs, des établissements scolaires et des associations de jeunesse dans la promotion d’une culture sportive fondée sur des valeurs positives, ainsi qu’à l’amélioration des infrastructures et à l’inspiration d’expériences internationales réussies, pour redonner aux stades leur rôle de lieux de spectacle et de compétition saine, plutôt que d’être des foyers de tensions et de confrontations.

Points importants à retenir

  • La violence dans les stades s’inscrit dans un contexte social et économique complexe.
  • Enquête menée sur le comportement des fans et la structure des groupes d’ultras.
  • Les jeunes de 10 à 20 ans sont la tranche d’âge la plus touchée par ces comportements violents.
  • Une part significative des participants ont reconnu avoir commis des actes de vandalisme.
  • La situation est exacerbée par des problèmes structurels au sein des clubs et des conditions socio-économiques défavorables.
  • Le phénomène des ultras représente à la fois une forme d’appartenance et un risque de violence.
  • Un appel à plus d’initiatives éducatives et préventives pour endiguer ce phénomène.

À travers cette étude, nous sommes en droit de nous interroger sur la nature même de notre engagement dans le sport et sur la manière dont nos institutions peuvent transformer ces lieux de rencontre en espaces pacifiques. Il est crucial d’agir collectivement pour réintroduire les valeurs de respect, de fair-play et de convivialité dans le monde du sport, plutôt que de laisser la violence dicter les termes de nos interactions dans les stades. Chaque match doit redevenir une fête, une célébration de la passion sportive, loin des tensions et des conflits qui ont trop souvent pris le pas sur l’esprit de camaraderie.



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