Madrid est une ville qui témoigne d’un patrimoine artistique et monumental d’une grande richesse. Elle abrite des vestiges remarquables mais aussi des traces de ceux qui ont disparu au fil du temps. Parmi les édifices emblématiques, on trouve le couvent de San Martín, le tout premier construit dans la capitale espagnole au XIe ou XIIe siècle. Ce lieu historique se situait à proximité de la Plaza Mayor, dans le quartier délimité par les rues Arenal, Hileras et San Martín. L’église se dressait là où se trouve aujourd’hui une partie de la plaza de San Martín.
Les premières mentions de cette abbaye remontent à 1126, date à laquelle le roi Alfonso VII accorde des droits de peuplement à la zone de San Martín, sous l’autorité du prieur du couvent. À cette époque, l’abbaye dépendait de celle de Santo Domingo de Silos, avant de devenir indépendante en 1600, tout en conservant certains privilèges. Cette même année, l’architecte Gaspar Ordóñez entreprit la rénovation de l’église.
Un tournant tragique pour ce complexe survint lors de l’invasion française. Les troupes de Napoléon causèrent de nombreux désordres, menant à la démolition de l’église dont l’emplacement fut utilisé pour élargir la plaza de San Martín. Le couvent fut ensuite supprimé durant les confiscations de Mendizábal qui affectèrent une grande partie du patrimoine ecclésiastique espagnol, avant de disparaître complètement en 1868.
L’église du couvent était positionnée là où se trouve aujourd’hui une partie de la plaza de San Martín, face au couvent des Descalzas Reales. La population de la paroisse a fortement augmenté, et au début du XVIIe siècle, le quartier comptait déjà environ cent rues et deux mille cinq cents maisons. On construisit l’église de San Plácido, inaugurée le 28 septembre 1619, suivie de celles de San Ildefonso et San Marcos, édifiées respectivement en 1627 et 1633, toutes deux sous la direction de moines bénédictins.
Au début du XIXe siècle, le couvent subit une dégradation notable. La bibliothèque perdait son précieux fonds. L’endroit sombra dans un état désolant, et peu de temps après, il disparut entièrement. Une anecdote intéressante, néanmoins, est que l’entrepreneur Matías Lacasa fonda, à proximité, « Viena Capellanes ». Aujourd’hui, il ne reste que le nom de la rue de San Martín comme écho de cette histoire.
Nous assistons donc à l’effacement d’un lieu chargé d’histoire, qui depuis la fin du XVe siècle, fut l’un des premiers édifices notables du nouveau Madrid chrétien, fort de ses habitants et de ses ressources. Ce site est aujourd’hui occupé en partie par un hôtel de luxe et par les vestiges de l’ancien Monte de Piedad, ainsi que par la Casa de las Alhajas, reconvertie en salle d’expositions.
Points importants à retenir
- Le couvent de San Martín, premier couvent de Madrid, fut fondé aux XIe ou XIIe siècles.
- Il a subi de profondes transformations, notamment des rénovations au XVIIe siècle.
- Sa démolition durant l’invasion française a marqué un tournant tragique pour son histoire.
- La population de la paroisse a considérablement augmenté au fil des siècles.
- Le site est aujourd’hui partiellement occupé par des infrastructures modernes tout en conservant son héritage.
En réfléchissant à cette métamorphose, je me sens transportée dans le temps, imaginant les jours anciens lorsque le couvent de San Martín battait son plein. Cette ville parvient à préserver des fragments de son histoire tout en se réinventant avec audace. En tant que voyageuse passionnée, je m’interroge sur la place que nous laissons à notre patrimoine face à la modernité. Comment préserver l’authenticité tout en répondant aux enjeux contemporains ? C’est une question qui mérite d’être posée à chaque coin de rue.





