Alerte rouge à Venise : entre Pinochet, Staline et faits divers, la 19e Mostra de Barbera plonge dans l’angoisse et la folie.

Alerte rouge à Venise : entre Pinochet, Staline et faits divers, la 19e Mostra de Barbera plonge dans l'angoisse et la folie.

Alors que les préparatifs vont bon train pour le Lido, une certitude se dessine : parmi les gagnants de la Mostra du Cinéma de Venise (2-12 septembre), on retrouvera sans aucun doute “Woman Unknown”, la troisième œuvre de la talentueuse réalisatrice d’origine égyptienne, May El-Toukhy. Ceux qui ont eu la chance de découvrir ce film affirment que cette histoire de culpabilité et de suspicion dans la Danemark de l’après-guerre résonne fortement avec notre époque. De plus, il s’agit du seul film en compétition réalisé par une femme. Dans ce contexte de débats enflammés, la veille de la présidente du jury, Maggie Gyllenhaal, promet d’accroître l’attention sur ce projet, d’autant qu’elle avait déjà remporté un prix au festival en 2021 pour “La fille oscure”. On pourrait également voir le Lion d’Or attribué à Nanni Moretti pour “Succederà questa notte”, d’après le roman d’Eshkol Nevo, ou encore au cinéaste anglo-irlandais Martin McDonagh, connu pour son film emblématique “Trois affiches en dehors d’Ebbing, Missouri”, qui fait son retour avec “Wild Horse Nine”, une comédie noire audacieuse qui se déroule sur l’Île de Pâques au seuil du coup d’État de Pinochet. Le casting inclut John Malkovich, Sam Rockwell et Tom Waits, ce qui pourrait lui valoir un troisième Lion d’Or.

Qu’importe les favoris, les tapis rouges inondent les réseaux sociaux, mais les festivals se révèlent être de véritables tremplins pour découvrir de nouveaux talents, encourager la créativité et ausculter le pouls du cinéma, de notre planète. La Mostra de Venise, sous la direction d’Alberto Barbera, ne craint aucune comparaison à cet égard. Avec un programme soigneusement élaboré, allant des questions environnementales à l’œuvre de Florian Zeller avec Javier Bardem et Penelope Cruz, le festival met en lumière les angoisses contemporaines, soulignant l’urgence des thèmes abordés.

Les récits ne se limitent pas seulement à des crises géopolitiques récentes comme en Palestine avec “Naza” ou en Iran avec “A Bit of Light”, mais explorent également des passés troublants et obsédants, tels que “Ritorno a Buenos Aires” en Argentine et “Mr. Nelson, Did You Kill People?” aux États-Unis. De plus, dans le monde post-stalinien, le monumental “Dau” d’Ilya Khrzhanovsky, qui a suscité la controverse, continue de fasciner avec sa reconstruction minutieuse d’une époque révolue, pourtant étiquetée de propagande en faveur de la Russie.

Les thèmes d’identité et de mémoire s’entrelacent avec des récits de maladies mentales et de crises identitaires. Parmi les films en compétition, “Bucking Fastard” de l’inaspirable Werner Herzog, qui met en scène les sœurs Mara, et “15/18 (A Place to Heal)” du prometteur Cédric Kahn, se déroulent tous deux dans des univers psychologiques intensément explorés.

Dans la section Horizons, le talentueux Edoardo Gabbriellini présente “La città dei vivi”, inspiré par un tragique fait divers, tandis que “What Belongs to Others” du polonais Grzegorz Debowski aborde la renaissance d’une femme humiliée par la vie.

Ce qui se dessine au Lido est une quête pour ressusciter des mondes disparus, comme en témoigne “Imperium”, un montage hypnotique de Sergei Loznitsa, qui recyclent des heures de film tournées par des cinéastes italiens dans les républiques soviétiques, auteur d’un récit poignant sur l’héritage d’un rêve socialiste. La réalisatrice Elisabetta Giannini, avec “La leggenda del deserto”, utilise également des souvenirs familiaux pour questionner l’espoir déçu d’une communauté en déroute.

Ces projets illustrent la capacité du cinéma à rendre visible ce qui a été effacé. Dans une période où chaque image semble déjà connue, redécouvrir des existences oubliées constitue un acte de résilience et d’art vibrant. Un film tel que “Uno si distrae al bivio” de la jeune réalisatrice Alessandra Lancellotti, avec ses accents poétiques sur la culture paysanne, souligne encore ce besoin de résonner les voix perdues et les paysages d’un monde en mutation. Peut-être que ces œuvres nous incitent à réfléchir à notre propre rapport à l’histoire et à la mémoire collective, et à trouver dans les récits oubliés une possibilité de renouveau.

Points importants à retenir

  • “Woman Unknown” est le seul film dirigé par une femme en compétition à la Mostra.
  • Des thèmes contemporains forts sont présents dans le programme, de l’environnement à l’identité.
  • Les récits sur les crises géopolitiques sont de plus en plus fréquents.
  • Des artistes émergents explorent des sujets sensibles comme les problèmes de santé mentale.
  • La redécouverte de récits oubliés est au cœur de nombreuses œuvres présentées.

En tant qu’observatrice assidue du milieu cinématographique, je ne peux m’empêcher de faire le constat que le cinéma continue de servir de miroir à nos sociétés. Il offre une plateforme pour réexaminer les souvenirs collectifs et les expériences humaines. Comment ces histoires peuvent-elles éclairer notre compréhension du présent ? Sont-elles des appels à l’action ou des invitations à la réflexion sur le chemin que nous prenons ? Il est crucial que nous restions attentifs à leur message, car elles façonnent ni plus ni moins notre identité collective.



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