Roma, 2 octobre – Pour que notre pays puisse réaliser un nouveau bond compétitif, il est essentiel d’encourager une dynamique organisationnelle au sein de nos petites et moyennes entreprises (PME). La prospérité d’une nation se mesure à la capacité de ses petites entreprises à croître et à devenir des moyennes, puis des moyennes à devenir grandes. C’est l’un des défis majeurs de notre époque : stimuler l’innovation, renforcer la solidité, la sécurité et la durabilité des entreprises afin qu’elles puissent naviguer les incertitudes actuelles. C’est dans cette optique que le Manifesto Federmanager 2026 préconise un grand plan national destiné à la managerialisation de 20 000 PME industrielles italiennes, visant à doubler celles déjà managérisées, qui représentent quasi la totalité de notre capacité d’exportation du Made in Italy. En effet, la managerialité est synonyme de réussite commerciale, productive et technologique.
Cette managerialisation passe par des outils concrets, tels que des contrats collectifs de travail spécifiques pour le management, du management temporaire, des managers en réseau, des parcours de mentorat pour le passage générationnel, et des programmes de formation continue visant à développer des compétences managériales traditionnelles et émergentes. Parmi ces compétences émergentes, il est crucial de compter les compétences interculturelles, indispensables pour accompagner l’internationalisation des PME et renforcer la coopération industrielle dans des contextes multiculturels, comme dans le cadre du Plan Mattei avec les pays d’Afrique.
Ce défi concerne tout le monde : le gouvernement, les forces politiques, le monde des affaires, les syndicats, le système éducatif et l’Europe. Aucune perspective d’une telle ampleur ne peut être réalisée par un acteur isolé. Il faut des institutions, des entreprises, des organisations représentatives et des intermédiaires capables de dialoguer de manière stable. À ce titre, nous proposons un espace de débat et de suivi sur la managerialité au sein des PME italiennes. C’est un projet concret, dont les résultats peuvent être vérifiés et mesurés.
Pour le président de Federmanager, l’introduction de technologies dans les entreprises ne suffit pas. Il est essentiel de savoir les gouverner grâce à une organisation, des compétences, du leadership et une vision. Il ne suffit pas de parler de la Transition 5.0 ou de conjuguer digitalisation et durabilité ; il faut intégrer ces éléments au sein d’une culture managériale qui transforme les investissements en productivité durable.
Je tiens à préciser que nous ne demandons pas des bonus pour les managers ou pour les entreprises qui emploient des managers. Nous demandons plutôt des investissements sélectifs et mesurables pour améliorer la qualité organisationnelle du système productif italien. Nous ne croyons pas en une compétitivité fondée sur l’appauvrissement du travail ou sur le transfert des coûts sociaux sur les personnes et l’environnement.
Nous croyons en une compétitivité basée sur la qualité, l’innovation, les compétences, l’organisation et la responsabilité. Nous sommes convaincus que la managerialité dans les PME doit devenir une véritable composante de la politique industrielle nationale. Notre thèse centrale est la suivante : la compétitivité italienne ne dépend pas uniquement de la technologie, de la finance ou des incitations. Elle dépendra de plus en plus de la qualité des organisations et des leaderships à même de gérer la complexité de notre époque.
Il est maintenant reconnu que le véritable écart compétitif de l’Italie réside dans un manque de qualité organisationnelle et managériale. Les entreprises ne se transforment pas d’elles-mêmes ; elles y parviennent grâce à une bonne gouvernance et à des compétences managériales adéquates. C’est ainsi que se positionne la contribution du management industriel italien au service du pays.
Quant à l’Europe, elle cherche désespérément à trouver un nouveau rôle dans le monde. Nous soutenons ainsi l’ambition du Rapport Draghi, prônant une Europe qui investit à nouveau dans l’industrie, l’innovation et l’autonomie stratégique, plutôt que de se contenter de réglementer. Nous souhaitons voir l’Europe non seulement comme un grand marché, mais aussi comme une communauté industrielle et sociale. Le défi italien s’inscrit dans cette dynamique européenne : deuxième puissance manufacturière après l’Allemagne, troisième pays au monde pour le surplus commercial et quatrième exportateur mondial. Le pays conserve des capacités industrielles, technologiques et créatives remarquables. Nous ne sommes pas destinés à décliner, bien au contraire ; nous sommes une grande puissance industrielle, mais parfois, nous manquons de confiance en nous, contrairement aux marchés internationaux qui valorisent nos produits, nos technologies et notre savoir-faire.
Le site des Acciaierie d’Italie à Taranto, où nous avons tenu notre dernier Conseil national, illustre parfaitement les défis et potentiels de l’industrie italienne. Taranto rappelle que l’on ne peut choisir entre industrie, emploi, santé et environnement. La vraie pression est de concilier ces objectifs par des investissements, de l’innovation et une bonne gouvernance. C’est la voie que notre pays doit emprunter. En Puglia, nous avons également découvert une autre Italie industrielle, celle des PME, illustrée par des entreprises comme Cog Heat Exchange Solutions ou Quarta Caffè, qui affichent une grande ambition de croissance et d’innovation tout en se tournant vers des marchés internationaux.
Cet environnement d’entreprise démontre que le talent entrepreneurial italien est non seulement vivant, mais qu’il pourrait encore croître avec un apport en compétences managériales approprié. Le problème réside donc non pas dans le manque de potentiel, mais dans notre incapacité à le libérer pleinement, conjuguée à un sentiment de méfiance envers notre capacité de progrès. Cette dynamique explique pourquoi notre pays peine à croître et à faire face à une faible productivité.
Au XXIe siècle, la compétitivité d’un pays ne reposera que très peu sur la disponibilité de ressources tangibles, mais davantage sur la qualité des personnes chargées de les organiser et de les diriger. La managerialité est donc une ressource précieuse qui mérite d’être préservée. Bon nombre d’initiatives doivent être mises en place pour valoriser le management tout au long de la carrière professionnelle.
La cohésion sociale ne peut exister qu’en perpétuant la justice et l’équité. Sans cela, il n’y a pas de croissance durable. En défendant l’industrie, nous défendons également notre capacité à soutenir les services publics, la santé, l’éducation et la qualité de vie. C’est un point fondamental. Le manifeste que nous avons présenté aujourd’hui n’est pas un simple document corporatif, mais un appel à une prise de conscience nationale concernant nos atouts et nos possibilités d’amélioration.
Il s’agit d’une proposition de politique industrielle et sociale pour le pays, visant à harmoniser croissance économique et respect de l’individu. Si nous résumons ces idées, nous avons besoin d’une compétitivité responsable, de solidarité et de confiance sociale. Nous demandons au Gouvernement de réfléchir à trois réformes fondamentales pour dynamiser notre économie : des incitations fiscales ciblées pour les PME, l’intégration de la managerialité dans le cadre des initiatives internationales et un système fiscal pour les jeunes talents qualifiés.
Nous sommes dans un moment qui appelle à l’audace. Ce manifeste et ces propositions visent à dépasser l’intérêt personnel ou corporatif : la managerialité est une question d’avenir national. Il est essentiel que nous valorisions les responsables industriels, les organisations et nos capacités de production. Une industrie dynamique est une source de valeur, d’innovation et d’opportunités pour des millions de personnes.
Enfin, il est essentiel de rappeler que l’intelligence artificielle, tout en augmentant l’efficacité organisationnelle, doit être intégrée dans une vision éthique portée par des valeurs humaines. Ce défi repose sur notre capacité à gouverner ces technologies de manière judicieuse et à garantir que nos organisations restent compétitives face à la complexité des enjeux du XXIe siècle.
Points importants à retenir
- La managerialisation des PME est clé pour la croissance économique.
- Le manque de compétences managériales est un obstacle à la transformation des entreprises.
- Une coopération entre tous les acteurs (gouvernement, entreprises, syndicats) est essentielle.
- L’enjeu de la qualité organisationnelle est de plus en plus reconnu.
- L’industrie est une infrastructure sociale et économique cruciale pour notre avenir.
En conclusion, je vois se dessiner un avenir pour notre industrie qui mérite d’être défendu et valorisé. En tant que journaliste, j’espère que la culture du respect, de l’équité et de l’excellence managériale pourra devenir la norme. Nous ne pouvons laisser passer cette chance de bâtir un pays plus fort, plus innovant et plus inclusif pour les générations futures. La confiance en nous-mêmes et en notre potentiel doit être ravivée pour que l’Italie puisse continuer à briller sur la scène internationale.





