La censure : le plus grand mal de la presse criminelle

La censure : le plus grand mal de la presse criminelle

«D’abord, on a commencé à s’attaquer aux gens du voyage, et j’étais content car ils volaient. Puis, ils ont pris les juifs et je me suis tu, car je ne les aimais pas. Ensuite, ils ont pris les homosexuels et j’étais soulagé, car ils m’étaient désagréables. Puis, ils ont ciblé les communistes et je n’ai rien dit, puisque je n’étais pas communiste. Un jour, ils sont venus me chercher, et il n’y avait plus personne pour protester.» Cette citation célèbre est souvent attribuée au dramaturge allemand Bertolt Brecht, mais elle émane en réalité d’un éminent pasteur luthérien, Martin Niemoller (1892-1984).

La leçon à tirer : l’indifférence envers ce qui se passe peut mener à des conséquences dévastatrices. Mais pourquoi cette indifférence semble-t-elle prévaloir aujourd’hui ? De nombreux lecteurs de presse, assoiffés de vérité, se posent cette question dans ce contexte de violence ambiante. Surtout sur les réseaux sociaux, où les cris d’alarme résonnent : « Assez ! »

Bien que nous respectons l’article 21 de la Constitution (la liberté de la presse), il est légitime de s’interroger sur l’impact de cet afflux continu de nouvelles portant sur des faits criminels. Ne devrait-on pas se demander si cette répétition incessante, parfois sur plusieurs jours, n’est pas (pour le moins) dérangeante ? Cela touche non seulement les jeunes, mais également les adultes, qui pourraient finir par normaliser une illegalité qui ne devrait jamais l’être. Cette « normalité du mal », pour reprendre les mots d’Hannah Arendt, s’est inscrite dans notre quotidien. Les protagonistes de ces drames ne sont pas toujours des figures historiques comme Jack l’Éventreur ou des criminels notoires, mais des gens ordinaires, comme ce père qui a tué ses huit enfants en Louisiane après une simple colère, ou cette mère à Catanzaro agissant de manière similaire.

En effet, il n’y a pas un jour sans qu’un féminicide ne fasse la une des JT. Une disparition de femme suscite immédiatement des craintes pour sa vie. Et puis il y a les agressions : il semble qu’aucun adolescent ne soit sans couteau, et les violences à l’école ne cessent d’augmenter. Chaque jour, les jeunes perdent la vie pour des raisons futiles, et des familles entières sont décimées par des actes de violence. La question qui manque est : pourquoi ? Pourquoi tout cela se produit-il, comme un phénomène dont on ne sait trop que penser ?

Que faire ? Voulons-nous vraiment continuer à relayer ces informations, simplement pour attirer quelques lecteurs de plus ? Cela rappelle une célèbre maxime : si les programmes d’un parti ne convainquent pas les adhérents, alors il faut changer les adhérents. Si nous n’apprécions pas ce monde, pourquoi ne pas le changer par le silence ? Ne pas relater une nouvelle, c’est, d’une certaine manière, faire disparaître cette nouvelle. Mais pouvons-nous nous permettre une telle négligence, alors que ce monde nous inflige de réelles souffrances ?

À propos de Brecht, il est crucial de relayer les vérités, même si cela implique des coûts. Sinon, on confond information et moralisation, se transformant en présumés éducateurs plutôt qu’en véritables journalistes. Informer, c’est rendre compte de la réalité, non pas la manipuler. Comme le stipule Umberto Galimberti dans ses réflexions sur la vérité, une manipulation de celle-ci ne peut donner lieu qu’à des interprétations biaisées. Les mots peuvent être puissants ou apaisants, mais il est essentiel de ne pas à tout prix transformer l’information en spectacle, surtout dans un monde déjà saturé de divertissement.

Au lieu de tenter de changer le monde en parlant moins, cherchons à le transformer par la connaissance. Nous devrions revendiquer le droit à l’information, pour notre propre protection, comme nous réclamons des soins de santé. Pour les médias, il faut voir cela comme un devoir. Plus nous sommes informés, moins nous avons de chances de penser avec des idées préconçues. La question des bonnes nouvelles existe, certes, et elles doivent être trouvées et célébrées, mais cela ne devrait pas donner lieu à un traitement secondaire, comme un bonus ou une distraction.

En somme, peut-on vraiment se demander : l’œuf du lecteur est-il apparu avant la poule de l’information ?

Points importants à retenir

  • L’indifférence face à la violence peut mener à des conséquences graves.
  • Il est nécessaire de s’interroger sur l’impact des nouvelles répétitives concernant la criminalité.
  • Une culture de l’impunité pourrait se développer si ces actes sont normalisés.
  • Les féminicides et autres violences sont malheureusement fréquents dans notre société.
  • Une information responsable est essentielle pour éviter la désensibilisation des citoyens.

En fin de compte, je me demande si, face à cette marée d’injustices, nous sommes suffisamment conscients du rôle que nous jouons dans cette société. L’inertie ou l’indifférence pourraient-elles être nos pires ennemis ? Demeurer vigilant pourrait bien être notre meilleur protection.



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