Trois types de meurtres identifiés : plusieurs coupables en vue !

Trois types de meurtres identifiés : plusieurs coupables en vue !

Dans l’affaire du Monstre de Modène, la famille d’Anna Maria Palermo sollicite une réouverture des enquêtes, en s’appuyant sur l’expertise de Armando Palmegiani, ancien commissaire en chef de la Scientifique, actuellement consultant dans le cadre de l’affaire de Garlasco (où il défend Sempio). Avec l’avocate Barbara Iannuccelli, il milite à Modène pour faire toute la lumière sur le meurtre de cette jeune femme survenu en janvier 1994, aspirant enfin à la vérité.

Qu’est-ce qui vous a incité à reprendre ce cas ?

“À travers notre association de criminologie, Nerocrime, nous avions organisé un symposium sur la criminalité à Bologne lorsque Marcello, le frère d’Anna Maria Palermo, nous a contactés pour solliciter notre aide sur ce dossier. Nous avions déjà pris en charge l’affaire du ‘Monstre de Modène’, en collaboration avec la criminologue et psychologue Valentina Marsella, depuis plus de deux ans. L’excellent travail de nos chercheuses, Pamela Nardi et Irene Moruzzi, qui avaient élaboré une thèse universitaire sur le sujet, a été d’une grande utilité. La prochaine étape était de trouver un avocat prêt à s’engager dans ce processus long et complexe, c’est ainsi que Barbara Iannuccelli a rejoint notre équipe.”

Pensez-vous qu’il est réellement possible de repartir à zéro et de découvrir de nouveaux éléments avec les preuves à votre disposition ?

“C’est un de ces cas qui pourraient connaître un tournant grâce aux nouvelles technologies. Les preuves originales existent encore, ce qui ouvre la possibilité d’émergence de nouveaux éléments déterminants. Bien souvent, on tente de rouvrir des enquêtes classées, mais ce n’est pas toujours faisable, surtout en l’absence d’éléments technique-scientifiques à ré-analyser. Il est naïf de penser qu’après tant d’années, on peut encore compter sur des ‘investigations traditionnelles’, dont l’efficacité s’érode avec le temps.”

Armando Palmegiani, ex commissaire chef de la Scientifique

Armando Palmegiani, ex commissaire en chef de la Scientifique

Que pouvez-vous déduire de l’examen des documents ?

“Probablement que l’ensemble des homicides habituellement associés, allant de l’assassinat de Filomena Gnasso le 15 novembre 1983 à celui de Monica Abate le 3 janvier 1995, ne peut pas être attribué à un unique individu.”

Serait-il juste de dire que vous n’envisagez pas la thèse du ‘tueur en série’ ?

“Pas exactement. Nous avons identifié au moins trois types d’homicides, ce qui suggère des auteurs différents. Toutefois, il convient de rappeler que Donato Bilancia, tout au long de sa funeste carrière, a modifié ses méthodes et sa typologie de victimes. Nous pensons qu’il est plausible que six victimes puissent être attribuées à une seule et même main.”

Quelles seront les prochaines étapes ?

“Puisque des preuves ont été retrouvées, il sera crucial de suivre les nouvelles analyses que la justice mettra en œuvre. Avec la réouverture des enquêtes, notre rôle en tant que consultants pour la famille évolue, et nous serons plus impliqués dans les phases analytiques, tout en continuant à étudier les milliers de pages d’actes judiciaires.”

Quelles révélations l’analyse ADN pourrait-elle offrir avec les techniques actuelles ?

“Cela pourrait être très éclairant. Cependant, nous serons confrontés à deux problématiques : d’abord, l’extraction de profils biologiques à partir des preuves de l’époque, qui peuvent avoir été dégradées en fonction des conditions de conservation ; ensuite, l’identification potentielle des individus, si des profils apparaissent, et la possibilité de comparaison après tant d’années.”

D’un côté Garlasco, de l’autre le Monstre de Modène. Quels sont les ‘axes’ qui guident votre rôle dans ces enquêtes complexes ?

“Lorsque j’interviens dans un cas, je ne me concentre pas uniquement sur la scène de crime ou les démarches scientifiques, mais j’adopte une vision d’ensemble qui englobe l’intégralité de l’investigation. Concernant l’affaire Palermo, notre centre d’études travaille sur tous les aspects liés aux dix victimes évoquées.”

Points importants à retenir

  • La famille d’Anna Maria Palermo cherche à réouvrir une enquête vieille de presque 30 ans.
  • Des preuves originales pourraient permettre des analyses nouvelles, grâce aux avancées technologiques.
  • Des enquêtes anciennes peuvent être rouvertes, mais la réussite dépend des preuves techniques disponibles.
  • Deux problématiques principales se posent lors des analyses ADN : l’état de conservation des preuves et l’identification des profils trouvés.
  • Une approche globale et intégrative est nécessaire pour traiter des affaires criminelles complexes.

Il est fascinant de constater à quel point le temps et les nouvelles technologies peuvent redonner espoir dans des affaires longtemps oubliées. Alors que l’on aborde ces enquêtes, je ne peux m’empêcher de me poser des questions sur la persistance de la vérité et la quête de justice, des défis qui ne sont pas uniquement juridiques, mais qui touchent profondément notre humanité. Quels secrets ces affaires pourraient-elles encore révéler dans un futur proche ?



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