Face à la sombre réalité du garçon élevé par des chiens

Face à la sombre réalité du garçon élevé par des chiens

C’est une réalité saisissante, mais elle s’apparente à un conte aux accents sombres. Ivan et les chiens, écrit par la dramaturge anglaise Hatty Naylor et adapté en Italie par Federica Rosellini, devient un objet théâtral troublant, façonné selon le talent inclassable de la metteur en scène, sans cesse en quête de transformations extrêmes. Fortement influencée par Luca Ronconi au Piccolo, elle a été révélée par Antonio Latella lors d’un mémorable Hamlet au féminin. Bien qu’attirée par le cinéma, Rosellini reste profondément ancrée dans le théâtre et continue d’étonner par la radicalité et la rigueur de son approche pluridisciplinaire.

En tant qu’actrice, autrice, metteur en scène, musicienne et illustratrice, elle explore sans relâche les territoires inexplorés des arts de la scène. Récemment, elle a incarné Dracula dans une production d’Andrea De Rosa, se métamorphosant en un vampire punk qui redéfinit les concepts de genre et de monstruosité. Avant de se plonger dans un projet avec la fameuse Marilyn Manson, elle présente à Milan Ivan et les chiens, un nouvel exploit qui témoigne de sa vision artistique (à partir d’aujourd’hui jusqu’au 25 janvier à l’Elfo, dans le cadre de la série « Nouvelles Histoires »). Le texte de Naylor, traduit par Monica Capuani, s’inspire d’un fait divers troublant, le transformant en une fable très sombre, empreinte de l’essence d’un roman de formation atypique. La pièce raconte l’histoire d’Ivan, rappelant son enfance difficile à Moscou, durant une Russie désespérée à la fin du XXe siècle. Ce fut une époque marquée par Boris Eltsine, une période de pauvreté intense, où la famille d’Ivan – si l’on peut appeler cela une famille – fait figure d’exception avec un beau-père alcoolique et violent, une mère subissant et des enfants réduits à des bouches à nourrir.

Un jour, Ivan décide de fuir, se perdant dans les dédales d’une ville chaotique qui ne devrait que le mener à la mort par la faim, le froid ou la violence. Pourtant, tel un conte de fées, il croise des chiens errants qui l’accueillent dans un groupe soudé, érigé en famille. S’appellant Belka, Vano, Strelka, Ruslan et Kugya, ces fidèles compagnons lui permettent de survivre, au moins pour un temps, jusqu’à ce qu’il soit envoyé en orphelinat.

Avec ses cheveux très courts et assise au centre d’une installation (scénographie de Paola Villani), Rosellini pilote en direct un assolo, oscillant entre performance sonore et musicale. Elle traverse le texte avec une expressivité corporelle qui évoque l’horreur et la peur, le froid et la misère, mais aussi la douce souffrance d’une alliance inattendue entre humains et animaux, un enchantement rendu possible par la magie de l’enfance.

Points importants à retenir

  • La pièce explore la relation entre l’homme et l’animal dans un contexte difficile.
  • Le parcours d’Ivan illustre une lutte pour la survie dans un environnement hostile.
  • Federica Rosellini se positionne comme une artiste polyvalente en théâtre.
  • La scénographie et la mise en scène contribuent à l’immersion du public dans l’univers sombre de l’histoire.
  • Le texte d’Hatty Naylor soulève des questions sur l’abandon, la famille et l’espoir.

En observant cette œuvre, je ne peux m’empêcher de réfléchir au miroir qu’elle nous tend : un monde où les échelons de la société se heurtent à la fragilité de l’enfance. Les histoires comme celle d’Ivan nous rappellent que, même dans les ténèbres, l’entraide et la solidarité peuvent émerger des lieux les plus inattendus. À quel point sommes-nous conscients de ce qui se passe autour de nous et des êtres qui partagent notre quotidien, souvent dans l’ombre ? Il est crucial d’explorer ces thématiques pour comprendre non seulement les défis de nos contemporains mais aussi les possibilités de rédemption qu’offre la compassion.



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