Au cours de l’année écoulée, j’ai eu l’opportunité de participer à des groupes réunissant deux mondes distincts : les éditeurs de nouvelles locales à but non lucratif et à but lucratif. Nous partageons certainement de nombreux points de vue : les défis auxquels nous faisons tous face dans le domaine de l’information locale, une forte conviction quant à l’importance de notre travail, la nécessité d’adopter un modèle économique durable, et les menaces croissantes pesant sur la liberté de la presse.
Cependant, je ne parle pas des grands groupes de presse à but lucratif tels que USA Today ou Alden Capital, qui semblent guidés principalement par des considérations financières, négligeant l’essence du journalisme et le service aux communautés. Certes, de brillants journalistes œuvrent au sein de ces rédactions, mais ils sont souvent mal soutenus par leurs propriétaires.
La fracture des perspectives, même parmi les éditeurs à but lucratif bien intentionnés, est frappante. La plupart des organisations d’information locales à but non lucratif rendent leur contenu accessible gratuitement, convaincues de l’importance de servir l’ensemble de la communauté, et pas seulement ceux capables de s’offrir un abonnement. Ce faisant, nous espérons aussi inspirer des dons volontaires de la part de ceux qui le peuvent. C’est une manière de contourner le problème soulevé par Nik Usher dans son livre News for the Rich, White and Blue.
À l’inverse, les éditeurs à but lucratif imposent souvent des murs de paiement, limitant ainsi leur audience à une fraction de la communauté. Trop fréquemment, les personnes exclues de l’accès à l’information sont celles qui subissent directement les décisions prises au sein des municipalités ou des conseils scolaires.
Les organisations d’information locales à but non lucratif s’efforcent parfois de toucher les populations les plus vulnérables de leur ville. Nous parlons souvent de notre reportage comme étant de, par et pour nos communautés, et non pas simplement à leur sujet. Dans notre travail chez Cityside, notre objectif est d’obtenir 5 % de la population adulte soutenant notre action financièrement et plus de 40 % accédant à nos reportages.
Il existe une raison plus large à cette différence de perspective, essentielle pour notre avenir. Je soupçonne que tous ceux qui lisent le Nieman Lab se sont penchés sur les cartes du projet State of Local News de Northwestern et se sont demandé comment notre secteur peut non seulement freiner la dégradation de l’information locale, mais aussi commencer à combler certaines des nombreuses lacunes sur cette carte.
La réalité est que, prise isolément, il n’existe probablement aucun modèle économique viable pour fournir un bon service d’information dans les villes et régions rurales en difficulté économique. Les éditeurs à but lucratif ont déjà abandonné ou abandonneront ces zones dans un avenir proche. En revanche, la perspective à but non lucratif nous amène à voir ces villes et ces comtés ruraux comme notre mission.
Mais sans modèle économique, comment rendre cela possible ? Je ne compte pas uniquement sur la philanthropie institutionnelle, même si ces contributions peuvent être utiles. Je constate plutôt l’émergence, à travers le pays, de rédactions à but non lucratif dites « multi-locales ». Cette approche permet de répartir nos infrastructures et nos ressources (notamment l’expertise en matière d’adhésion, d’audience et de collecte de fonds) sur plusieurs rédactions. De plus, nous pouvons créer un portefeuille diversifié de rédactions où quelques villes florissantes — ou une base solide au niveau de l’État — peuvent compenser le travail essentiel nécessaire dans des régions moins dotées.
Points importants à retenir
- Les éditeurs de nouvelles locales à but non lucratif et à but lucratif rencontrent des défis similaires, mais leurs approches sont souvent divergentes.
- Le contenu gratuit à but non lucratif vise à inclure toutes les couches de la communauté.
- Les murs de paiement des éditeurs à but lucratif excluent souvent ceux qui souffrent le plus des décisions locales.
- Il est essentiel de soutenir les populations vulnérables par le biais d’un journalisme engagé et inclusif.
- Un modèle économique durable est crucial pour la survie des rédactions locales, en particulier dans les zones économiquement mal desservies.
Au final, la question demeure : face à des défis grandissants, comment réinventer le paysage médiatique local ? Il semble impératif de trouver un équilibre entre viabilité économique et mission sociale, car le journalisme de proximité n’est pas qu’un simple produit, mais un pilier de nos démocraties. Comment pourrions-nous collectivement envisager des solutions qui favorisent un accès équitable à l’information pour tous ?
Cette réflexion mérite d’être approfondie, car elle touche directement à notre engagement envers nos communautés.





