Depuis plusieurs mois, des étudiants en journalisme de l’Université du Maryland explorent les archives d’un journal local. Leur objectif est d’utiliser ces récits passés pour élaborer des guides de reportage, appelés « livres de références », afin d’aider les journalistes souvent inexpérimentés à s’orienter dans un contexte local méconnu.
Leur travail, et les réflexions qui en découlent, sont à l’origine de ma prévision pour 2026 : les organisations d’information locales commenceront à réaliser la valeur financière de leurs archives, notamment en vendant l’accès à des entreprises développant de grands modèles linguistiques et d’autres produits d’intelligence artificielle.
La plupart des médias locaux reconnaissent déjà une certaine valeur à leurs archives. La manière la plus courante de le faire consiste à les placer derrière un mur payant, une décision raisonnable à une époque où de nombreuses entreprises technologiques se réjouiraient d’extraire le contenu de toute source fiable qu’elles peuvent trouver.
Cependant, les archives des actualités locales ne sont pas qu’un simple enregistrement du passé ; elles représentent, dans de nombreux cas, une infrastructure civique irremplaçable, essentielle à la compréhension des communautés. Ce sont souvent les premières ressources consultées par les chercheurs souhaitant reconstituer des événements d’autrefois ou tout juste survenus. Et je ne parle pas seulement d’articles : mes étudiants apprécient également la valeur de la publication de avis juridiques, de calendriers d’événements, d’obituaries, ou de statistiques sportives de lycées. Ensemble, ces éléments possèdent une valeur réelle pour les entreprises qui désirent fournir des informations locales précises à leurs utilisateurs.
Les entreprises technologiques, en particulier celles cherchant du matériel de formation utile et précis pour leurs produits d’IA, devraient rémunérer cet accès. Trop souvent, elles ne le font pas, et les éditeurs ont raison de défendre leurs droits d’auteur. Une autre solution envisagée est celle où les médias locaux pourraient offrir — moyennant paiement — un accès programmatique à leurs nouvelles. Si cette idée n’est pas nouvelle, les médias locaux se trouvent dans une position unique comparés à certains de leurs grands confrères. Ils sont en nombre suffisant pour que les entreprises technologiques cherchant à extraire leurs contenus doivent le faire à grande échelle. Cela confirme la valeur de l’information.
Les entreprises technologiques peuvent en dire beaucoup sur les informations locales et les événements. Toutefois, les ressources auxquelles elles ont accès, légalement ou non, ne fournissent pas la même profondeur ou le même contexte qu’une organisation d’information locale. Les plateformes comme Reddit, NextDoor ou les groupes Facebook peuvent être utiles, mais elles ne peuvent pas offrir la cohérence et la concentration des médias locaux, même ceux ayant dû réduire leurs effectifs et leur couverture.
Pour réaliser cette stratégie, plusieurs transformations seraient nécessaires. Cela exigerait notamment que les organisations d’information repensent leur façon de publier et de conserver leurs articles. Il s’agirait de traiter les archives comme un produit phare de la salle de rédaction et non comme un simple sous-produit. Cela suppose d’exercer un contrôle plus direct dans de nombreux cas, ce qui demanderait certaines compétences techniques. Et cela avant d’aborder les enjeux liés à l’IA générative, qui viennent avec leur lot de complications, notamment la décision d’embrasser un avenir fortement axé sur l’IA. Néanmoins, les salles de rédaction locales disposent d’un produit particulièrement précieux à offrir, et elles devraient le promouvoir comme tel.
En travaillant avec les archives du journal du Maryland, mes étudiants ont pris conscience de la richesse d’informations qu’elles contiennent, des détails difficiles à retrouver ailleurs. Recréer cette base de données serait prohibitif pour les entreprises technologiques et améliorerait leurs propres offres. J’espère — et prédis — que les médias locaux leur factureront ce privilège.
Points importants à retenir
- Les étudiants en journalisme explorent les archives pour créer des guides de reportage pour leurs pairs.
- Les archives locales sont perçues comme des infrastructures civiques essentielles pour comprendre les communautés.
- Les entreprises technologiques devraient payer pour accéder à ces ressources, mais elles ne le font pas toujours.
- Les archives doivent être gérées comme un produit de premier plan par les médias.
- La mise en avant des archives pourrait ouvrir des sources de revenus pour les organisations d’information locales.
En conclusion, la valorisation des archives de l’information locale suscite une réflexion profonde. Qu’adviendrait-il si ces trésors d’histoire devenaient une source de revenu, permettant ainsi aux médias de survivre tout en préservant la mémoire des communautés ? Ces archives, en plus d’être un relai de savoir, pourraient devenir la clé de voûte d’une renaissance pour le journalisme local. Cela soulève une question essentielle : sommes-nous prêts à reconnaître et à rétribuer la valeur inestimable de nos ressources journalistiques ?





