Marrakech – Une étude récente sur les boissons gazeuses et énergétiques commercialisées au Maroc a révélé que les produits étiquetés sans sucre pouvaient contenir jusqu’à 5,81 grammes de sucres simples pour 100 millilitres.
Cette observation met en lumière un problème plus large que les chercheurs ont détecté sur le marché : la présence de sucres, d’édulcorants et de conservateurs non déclarés sur les étiquettes. Ces informations sont essentielles pour les choix des consommateurs.
L’article, publié ce mois-ci dans la revue Scientific African, constitue la première étude marocaine alliant analyse chimique des additifs dans les boissons à une enquête sur le comportement des consommateurs. L’équipe, dirigée par Aimen El Orche de l’Université Mohammed VI des Sciences et de la Santé (U6MSS) à Casablanca, a mené cette recherche entre février et mai 2025.
Les chercheurs ont analysé 46 boissons gazeuses et énergétiques commerciales achetées dans deux grandes chaînes de distribution marocaines. Ils ont utilisé une chromatographie liquide à haute performance pour mesurer six additifs : acésulfame K, aspartame, saccharine sodique, benzoate de sodium, sorbate de potassium et caféine.
Ils ont ensuite utilisé la spectroscopie infrarouge pour quantifier les sucres et les acides organiques. Parallèlement, ils ont interrogé 412 étudiants de l’Université Mohammed VI des Sciences de la Santé.
Les résultats sur le sucre ont révélé des écarts significatifs entre les déclarations des étiquettes et la composition réelle des boissons. Les sodas ordinaires contenaient en moyenne 10,2 grammes de sucres simples par 100 millilitres, certains dépassant les 14 grammes. Quant aux boissons sans sucre et légères, elles affichent environ 0,6 gramme, mais plusieurs contenaient des fructoses non déclarés allant jusqu’à 4,07 grammes pour 100 millilitres.
Un produit ne mentionnait aucune information sur le sucre mais en contenait 8,51 grammes, et un autre atteignait 15,55 grammes pour 100 millilitres. Dans un cas, une boisson indiquait 8,67 grammes de glucides totaux alors que l’analyse mesurait 14 grammes, suggérant des glucides non déclarés tels que des maltodextrines.
Les résultats concernant les additifs soulèvent des préoccupations similaires. L’acésulfame K était présent dans 69,5 % des échantillons, atteignant jusqu’à 231,6 mg/L, et était non déclaré dans 10 produits. L’aspartame était présent dans 10,8 % des boissons, avec des concentrations allant jusqu’à 198,1 mg/L, et non déclaré dans deux d’entre elles. Ces informations sont cruciales pour les personnes souffrant de phénylcétonurie, qui doivent éviter la phénylalanine, l’un de ses métabolites.
Les conservateurs les plus courants étaient le benzoate de sodium et le sorbate de potassium, souvent présents ensemble, augmentant l’exposition cumulative chez les consommateurs réguliers. La saccharine est apparue une seule fois, à un niveau bien en dessous du maximum autorisé.
La caféine a attiré une attention particulière. Dans une boisson énergique, elle atteignait 298,03 mg/L, proche de la limite européenne de 320 mg/L pour les boissons énergétiques. Dans plusieurs produits, la caféine n’était pas mentionnée ou mal classée.
Cette pratique est en contradiction avec le décret marocain n° 2-12-389, qui exige que les ingrédients soient listés par ordre décroissant de proportion. Au total, seulement 28,3 % des produits respectaient pleinement les exigences d’étiquetage.
Les auteurs évoquent également des préoccupations sanitaires. Sous l’effet de la chaleur et de la lumière, le benzoate de sodium peut réagir avec l’acide ascorbique pour former du benzène, un cancérogène.
L’acésulfame K et la saccharine ont été associés à des modifications de la microbiote intestinale et, à fortes doses sur des modèles animaux, à une possible cancérogénicité. L’acide citrique, présent dans 87 % des échantillons, contribue à l’érosion de l’émail dentaire lorsqu’on consomme souvent des boissons acides.
L’enquête a montré l’importance de ces lacunes. Parmi les 412 étudiants, majoritairement des femmes inscrites en pharmacie ou en médecine, 84,5 % consommaient des sodas sucrés et 8,3 % buvaient régulièrement des boissons énergétiques.
Cependant, seulement 61,2 % d’entre eux pouvaient identifier l’aspartame, près d’un tiers ne connaissait aucun édulcorant, et 61,4 % ne lisaient jamais ou rarement les étiquettes des ingrédients. En même temps, environ la moitié a déclaré qu’une information plus claire sur les risques les inciterait à réduire leur consommation, et trois quarts soutenaient les alternatives naturelles aux additifs synthétiques.
Les chercheurs concluent que le marché souffre de “non-conformités fréquentes en matière d’étiquetage, d’une exposition potentielle excessive aux additifs et d’une faible littératie des consommateurs.”
Ils appellent à un meilleur contrôle réglementaire, à des tests chromatographiques routiniers pour dépister plusieurs additifs simultanément, à des étiquettes plus claires et à des programmes d’éducation ciblant les adolescents et les jeunes adultes.
Points importants à retenir
- Les boissons étiquetées sans sucre peuvent contenir des sucres non déclarés, parfois en quantités significatives.
- Les résultats montrent une prévalence élevée d’édulcorants et d’additifs dans les boissons disponibles sur le marché marocain.
- La faible connaissance des consommateurs sur les ingrédients est préoccupante, en particulier chez les jeunes.
- Une réglementation plus stricte et des tests réguliers sont nécessaires pour assurer la sécurité des boissons.
- La sensibilisation des consommateurs sur les risques associés aux additifs peut influencer leurs choix alimentaires.
Il est crucial que nous, en tant que consommateurs, prenions conscience de ce que nous ingérons. L’information est un pouvoir, et il est de notre responsabilité de chercher à comprendre les étiquettes et d’exiger une transparence sur les produits que nous consommons. Les résultats de cette étude montrent que nous devons être proactifs pour préserver notre santé et celle des générations futures. La discussion sur la régulation et la transparence des informations dans l’industrie alimentaire n’est pas seulement pertinente; elle est nécessaire pour garantir un avenir sain.




