Les sucres naturels présents dans les fruits pourraient devenir la prochaine cible de la lutte anti-obésité du gouvernement britannique, avec des réformes proposées affectant des produits tels que les yaourts.
Des grands noms de l’industrie alimentaire, comme Danone et Nestlé, ont exprimé leurs préoccupations face à ces changements qui pourraient les obliger à exclure totalement les fruits de leurs yaourts.
Cette mise à jour du « Nutrient Profiling Model » (modèle de profilage nutritionnel) vise à reclassifier les sucres libérés lorsque les fruits sont écrasés ou réduits en purée comme des « sucres libres », les plaçant au même niveau que les édulcorants ajoutés. Par conséquent, un yaourt nature pourrait être jugé sain, tandis qu’un produit identique contenant de la purée de fruits pourrait être qualifié d’insalubre, malgré ses apports supplémentaires en fibres et en nutriments.
Il est à noter que les produits utilisant des édulcorants artificiels ne seraient pas affectés par ces modifications.
Ces réformes s’inscrivent dans le cadre du Plan de Santé décennal du Labour en Angleterre, qui vise à créer “la génération d’enfants la plus saine jamais connue” en réponse à des taux d’obésité infantile préoccupants.
Danone Europe du Nord a exprimé son soutien aux initiatives de santé publique, tout en mettant en garde contre les conséquences imprévues pour les consommateurs. Un représentant de l’entreprise a déclaré : “Toute politique doit être fondée sur une compréhension réaliste de la façon dont la nourriture est produite et choisie par les consommateurs.”
Un produit comme le yaourt Activia à la mangue, qui respecte actuellement les normes existantes, risquerait d’être reclassé comme malsain à cause de son contenu en purée de fruits. D’autre part, Yeo Valley Organic a qualifié cette approche de “contre-intuitive”, arguant que les yaourts au lait entier bio contenant des fruits ne devraient pas être punis au même titre que des aliments ultra-transformés.
Nestlé a confirmé qu’elle évaluait les nouvelles régulations, ce qui pourrait potentiellement affecter ses variétés de yaourts Ski, notamment fraise et framboise.
Des experts de l’industrie ont averti que reformuler des produits pour éliminer les sucres libres pourrait se retourner contre les consommateurs, qui pourraient se tourner vers des gâteaux, des biscuits, ou ajouter du miel et du sirop à leurs yaourts nature. Dr Judith Bryans de Dairy UK a accusé le ministère de la Santé et des Services sociaux de “déplacer les objectifs” après que les fabricants aient travaillé pour répondre à des cibles de réduction des sucres antérieures.
La Fédération de l’alimentation et des boissons a alerté que les fabricants faisaient déjà face à des coûts croissants et à des perturbations de la chaîne d’approvisionnement liées aux conflits au Moyen-Orient, avec une inflation alimentaire pouvant atteindre 9 à 10 % d’ici la fin de l’année. Elle a souligné que ces réglementations proposées compliqueraient les efforts pour maîtriser les prix alimentaires, affirmant que ce n’était “pas la bonne méthode pour aider les consommateurs à faire des choix plus sains.”
Un représentant du ministère de la Santé a défendu les réformes en affirmant que l’ancien modèle de profilage nutritionnel datait de plus de vingt ans et qu’il ne reflétait pas les recommandations diététiques contemporaines. Il a ajouté : “Depuis 2015, les recommandations sont claires, les enfants devraient consommer moins de sucres libres et plus de fibres. Le modèle mis à jour reflète cela et équilibre mieux les nutriments bénéfiques par rapport au sel, au sucre et aux graisses saturées.”
Points importants à retenir
- Un projet de réforme visera à reclassifier les sucres naturels provenant des fruits.
- Les yaourts avec fruits pourraient être considérés comme malsains malgré leurs bienfaits nutritionnels.
- Les édulcorants artificiels ne seront pas impactés par ces modifications.
- Danone et Yeo Valley Organic ont soulevé des préoccupations sur les conséquences possibles pour les consommateurs.
- Une augmentation de l’inflation alimentaire pourrait compliquer l’accès des consommateurs à des choix sains.
Ces réformes illustrent une volonté de lutte contre l’obésité, mais on peut s’interroger : en matière de santé publique, ne faudrait-il pas peser le pour et le contre de telles décisions ? La reclassification des produits alimentaires pourrait-elle réellement aider les consommateurs à adopter des choix plus sains, ou risquons-nous d’introduire davantage de confusion dans leurs choix ? En tant que citoyenne, je pense qu’il est essentiel de réfléchir à ces questions tout en écoutant les voix du marché et des consommateurs pour trouver un équilibre bénéfique pour tous.





