Le résultat le plus frappant d’une vaste analyse sur l’entraînement en force ne réside pas dans la longévité en général, mais dans les données concernant la santé neurologique.
Une étude a suivi 147 374 professionnels de santé aux États-Unis pendant près de 30 ans. Ceux qui consacraient en moyenne entre 90 et 119 minutes par semaine à des exercices de résistance présentaient un risque 27 % inférieur de mourir de maladies neurologiques par rapport à ceux qui n’en faisaient pas, même en tenant compte de l’activité aérobique et d’autres différences de mode de vie.
C’est une association considérable, qui offre une perspective plus précise que l’analyse globale de longévité publiée par ScienceBlog. Ceci étant dit, il est important de traiter ces résultats avec précaution. Il s’agissait d’une étude observationnelle, et non d’un essai expérimental. On ne peut donc pas affirmer concrètement que deux heures à la salle de sport préviennent la démence.
Sur l’origine du chiffre de 27%
Publiée dans le British Journal of Sports Medicine, cette étude a combiné les données de 31 540 hommes du Health Professionals Follow-up Study et de 115 834 femmes des études Nurses’ Health Study et Nurses’ Health Study II. L’âge médian au début de l’analyse était de 54 ans.
Le groupe le plus ancien a apporté près de trois décennies de suivi, durant lesquelles les chercheurs ont recensé 35 798 décès, dont 4 635 classés comme provenant de maladies neurologiques.
Les participants n’ont pas simplement été interrogés une seule fois sur leurs habitudes d’exercice. Ils ont régulièrement rapporté la durée passée sur des appareils de musculation ou à effectuer des exercices de résistance tous les deux à quatre ans. Les chercheurs ont alors calculé des moyennes cumulatives pour représenter des habitudes à long terme.
Pour le groupe effectuant entre 90 et 119 minutes d’entraînement par semaine, le ratio de risque de mortalité neurologique était de 0,73, soit une estimation de 27 % plus faible que le groupe ne s’entraînant pas.
Le risque relatif n’est pas une probabilité personnelle
Un risque 27 % plus bas pourrait être interprété de manière erronée comme une réduction de 27 points de pourcentage du risque de mourir de maladies neurologiques pour tout le monde. Ce chiffre n’implique pas cela.
Un ratio de risque compare la rapidité d’apparition d’un événement entre deux groupes dans le temps. La différence absolue pour une personne dépend de divers facteurs, tels que l’âge, le risque neurologique initial ou d’autres causes de décès. De plus, ce chiffre ne signifie pas que 27 % des décès neurologiques disparaîtraient si tout le monde se mettait à soulever des poids.
Le modèle statistique tenait compte de l’âge, du tabagisme, de la consommation d’alcool, de l’alimentation et de l’activité aérobique, entre autres. Un modèle supplémentaire tenant compte de l’indice de masse corporelle a produit une estimation similaire. Cependant, ces ajustements ne peuvent prendre en account que les facteurs mesurés de manière adéquate.
De plus, les personnes qui s’entraînaient davantage présentaient souvent des caractéristiques distinctes : elles étaient généralement plus jeunes, moins en surpoids, fumaient moins et suivaient un régime alimentaire plus sain. Des différences en matière de santé, de revenu ou d’accès aux soins encore non mesurées pourraient influer sur ces résultats.
Qu’est-ce qui définit une mort neurologique ?
Les décès ont été identifiés par le biais de rapports familiaux, de dossiers d’autopsie et de la National Death Index. Les médecins impliqués dans l’étude ont examiné les dossiers médicaux et les certificats de décès sans connaître l’historique d’exercice des participants, afin d’identifier la cause sous-jacente.
Le terme “neurologique” a été défini à partir de codes ICD-9 choisis, englobant la démence et d’autres conditions affectant le système nerveux. La majorité des décès neurologiques a été attribuée à la démence, selon les auteurs.
Cette approche cible donc un enjeu crucial, mais spécifique. L’étude ne comptait pas chaque nouveau diagnostic de démence, ne mesurait pas les changements de mémoire ni ne suivait si les personnes développait un trouble cognitif léger. Il est essentiel de noter que le certificat de décès peut sous-estimer la démence ou mal classifier les causes neurologiques, ce que les chercheurs ont reconnu.
Une explication alternative complexe
Les maladies neurologiques posent un problème particulièrement difficile pour la recherche sur l’exercice : la causalité pourrait fonctionner dans les deux sens.
Des conditions comme Alzheimer peuvent avoir des phases précliniques prolongées. La motivation à bouger peut diminuer bien avant un diagnostic formel, rendant un faible entraînement en résistance plus un symptôme qu’une cause de mortalité future.
Les chercheurs ont tenté de réduire ce biais en excluant les personnes atteintes de cancer, de maladies cardiaques ou d’accidents vasculaires cérébraux dès le départ et en laissant un délai de deux ans entre les mesures d’exercice et la période de mortalité. De plus, ils ont recalculé les analyses avec des délais de huit et douze ans. L’association inverse persistait.
Cela complique une explication simpliste selon laquelle “les gens ont cessé de soulever parce qu’ils étaient déjà malades”. Toutefois, il est difficile de dissocier complètement les aspects liés à une maladie en phase d’évolution d’un jeu de données observationnelles.
Deux heures comme repère, pas comme prescription
Les résultats neurologiques suivent une courbe en J. Les risques ont diminué dans les premières catégories d’entraînement, atteignant un minimum entre 90 et 119 minutes, puis remontent légèrement chez ceux signalant plus de 120 minutes. Même ce dernier groupe affichait un risque de mortalité neurologique 22 % inférieur à celui des personnes ne soulevant pas de poids.
Il est donc plus juste de dire que “un petit bénéfice supplémentaire” se dégage plutôt que de prétendre que “plus d’exercice pourrait nuire”. L’étude n’a pas démontré qu’en dépassant 120 minutes, le risque neurologique augmentait au-delà de celui des non-pratiquants.
Une relation neurologique à explorer, avec des réserves
Il existe des raisons plausibles d’explorer les effets de l’exercice de résistance sur le cerveau vieillissant. Des essais randomisés utilisant l’imagerie neurostructurale ont révélé des modifications cérébrales chez les seniors après un entraînement en résistance. Ce type d’exercice peut également améliorer la fonction musculaire et le métabolisme du glucose, des éléments qui favorisent l’activité et l’autonomie. Cependant, l’étude sur la mortalité n’a pas examiné directement les mécanismes liant l’entraînement à une réduction des décès.
Les résultats précédents placent également cette « dose » dans son contexte. Une méta-analyse de 2022 sur l’activité de renforcement musculaire et la mortalité suggère que le seuil idéal serait plutôt compris entre 30 et 60 minutes par semaine. Les caractéristiques des populations, les méthodologies et les questions posées peuvent faire varier cette courbe.
Cette étude incluait environ 78 % de femmes, principalement blanches et appartenant majoritairement à des professions de santé. Bien que ces enquêtes répétées et un suivi long constituent des atouts majeurs, le modèle précis de 90 à 119 minutes pourrait ne pas être directement transposable à toutes les populations.
En conclusion, bien que l’entraînement modéré à long terme soit associé à une réduction significative des décès dus à des maladies neurologiques, il est essentiel de poursuivre les recherches sur cette relation. Ce n’est pas encore une preuve que le respect d’un certain nombre de minutes par semaine protège nécessairement le cerveau.
Points importants à retenir
- L’étude a impliqué une vaste cohorte de professionnels de santé suivi sur plusieurs décennies.
- Les résultats montrent un lien entre le temps consacré à l’entraînement en résistance et la mortalité neurologique.
- Une corrélation ne prouve pas la causalité : d’autres facteurs peuvent influer sur les résultats.
- Les définitions de la mort neurologique peuvent varier et ne capturent pas toujours la complexité des maladies.
- Le repère de 90 à 119 minutes par semaine est notable, mais ne doit pas être considéré comme une prescription précise.
En réfléchissant à ces résultats, je me demande si nous ne devrions pas reconsidérer l’importance de l’exercice physique dans notre quotidien, notamment chez les personnes âgées. Au-delà des chiffres, c’est une question de qualité de vie : comment pouvons-nous encourager d’autres à intégrer ces pratiques pour leurs bienfaits neurologiques et physiques ? Une discussion collective sur cette thématique pourrait s’avérer enrichissante et bénéfique pour notre société.





