Kyle Chayka : Filterworld, comment les algorithmes uniformisent la culture

Kyle Chayka : Filterworld, comment les algorithmes uniformisent la culture

Si vous êtes un lecteur assidu de The New Yorker, vous avez sans doute croisé l’œuvre de Kyle Chayka, journaliste au sein de cette prestigieuse publication. Chayka y tient une chronique centrée sur la technologie numérique et l’influence d’internet ainsi que des réseaux sociaux sur notre culture.

Il est également l’auteur de “Filterworld: Comment les algorithmes aplanissent la culture.”

Cet ouvrage captivant est remarquablement bien écrit. Chayka y explore comment les algorithmes façonnent des cafés génériques, influencent le tourisme en Islande et définissent les playlists musicales que nous consommons. Cela peut engendrer une certaine anxiété algorithmique – de quoi faire tourner la tête.

Chayka explique avoir inventé le terme “Filterworld” pour essayer de mettre de l’ordre dans ce tumulte.

L’entretien suivant a été condensé pour des raisons de clarté et de concision.

Kyle Chayka : Pour le titre du livre, je voulais créer un terme qui puisse encapsuler cet environnement immersif dans lequel nous sommes quotidiennement bombardés de recommandations et de flux, de nos téléphones aux applications de réseaux sociaux et aux services de streaming comme Spotify. J’ai cherché à résumer tout cela en une expression facilement mémorisable.

Doug Gordon : Vous avez réussi. Comme vous le soulignez dans votre livre, le Filterworld a également transformé la politique, l’éducation et les relations interpersonnelles, entre autres aspects de la société. Mais votre attention se concentre sur la culture, ce qui rend votre propos d’autant plus captivant.

KC : Je voulais me focaliser sur la culture, car je pense que c’est là que la plupart des gens rencontrent le plus de recommandations algorithmique. Certes, les algorithmes sont également utilisés dans des domaines cruciaux comme la santé ou la criminalité, mais au quotidien, leur impact est surtout visible sur YouTube, Facebook ou Spotify. À mon avis, c’est là que nous ressentons leur influence de manière la plus directe.

DG : J’ai été surpris d’apprendre que les algorithmes ont des racines si anciennes. Pourriez-vous nous résumer l’histoire des algorithmes ?

KC : Nous utilisons souvent le terme algorithme de manière généralisée, mais littéralement, cela désigne toute équation ou formule. Son histoire remonte à des milliers d’années, notamment à la Babylone antique, où l’on a découvert les premières équations mathématiques. Ils utilisaient des algorithmes pour déterminer le volume de terre extrait d’un fossé ou pour partager des récoltes entre plusieurs personnes. L’algorithme, dans ce sens, est une méthode pour obtenir un résultat de manière répétée et fiable. Au fil des siècles, ce terme a évolué pour désigner ce que nous entendons aujourd’hui par recommandation algorithmique.

Couverture du livre : conception par Oliver Munday

DG : Vous étiez tellement submergé par les flux d’informations et les réseaux sociaux que vous avez décidé de vous en défaire pour libérer votre esprit. Quel a été l’impact de ce “nettoyage algorithmique” sur vous ?

KC : C’était une nécessité pour moi. Ce n’était pas uniquement dû au livre. Je suis journaliste spécialisé sur internet, ce qui implique que je dois être constamment en ligne pour faire mon travail. Mais j’ai fini par être accablé par ce déluge d’informations et de contenus. En me déconnectant des recommandations pendant environ trois mois, j’ai redécouvert la culture d’une manière différente, plus lente. Je suis devenu plus intentionnel dans mes choix de lectures, d’écoute et d’observation. J’ai mis plus d’efforts à rechercher des expériences culturelles, comme visiter une exposition, aller à une galerie ou assister à un concert. Ne plus avoir ce flux infini de recommandations m’a contraint à réfléchir davantage à ce que je voulais vraiment consommer, ce qui, je pense, est bénéfique pour la culture dans son ensemble. Ce “nettoyage” a donc réinitialisé ma relation avec ces flux d’informations.

Notre point de vue

À travers la réflexion de Kyle Chayka, il apparaît que notre rapport à la consommation culturelle est profondément façonné par les algorithmes. Loin de se limiter à un simple outil d’organisation des informations, ces derniers influencent directement nos choix quotidiens, façonnent nos goûts et créent des expériences de plus en plus uniformisées. En prenant conscience de l’impact de ce “Filterworld”, nous devons questionner notre façon de nous informer et de consommer la culture. Peut-être est-il temps d’adopter une démarche plus consciente, mais aussi critique, envers ces technologies qui déterminent si largement notre vision du monde, afin de préserver la diversité et l’authenticité qui enrichissent notre expérience culturelle.



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