Le Charme Saisissant de Fritton Lake
Le paysage est plongé dans un univers monochrome de noir, blanc, gris et argent. Une ambiance glaciale enveloppe le lac, où une pellicule de glace commence à se former. Je me trouve dans un sauna en bois, plongée dans un silence total. Le seul bruit perceptible est le doux crépitement du poêle alors que la chaleur monte. De l’autre côté du lac, des bouleaux argentés et des pins se dessinent comme des silhouettes fantomatiques. Au-dessus, la ceinture d’Orion brille intensément. Cette expérience intense ressemble à un hiver au Canada ou en Finlande, et pourtant, je suis à quelques kilomètres au sud-ouest de Great Yarmouth.
Le lac Fritton est une véritable anomalie. Comme les Broads au nord, ce grand lac sinueux a été majoritairement créé par l’extraction de tourbe au Moyen Âge, mais il n’a rien à voir avec ses cousins du Norfolk. Niché dans un paysage de collines sableuses, de bruyères et de pins, c’est le point le plus au nord de la bande riche en faune qui longe la côte du Suffolk. D’une profondeur impressionnante et long de deux miles, il est si enveloppé par les arbres que beaucoup ignorent son existence.
Ces cinq dernières années, Fritton Lake a connu une transformation grâce à un programme de rewilding. Le propriétaire des lieux, Hugh Somerleyton, est le co-fondateur de WildEast, un mouvement national encourageant les citoyens à consacrer au moins 20 % de leur jardin, parc ou ferme à la nature sauvage. Fritton et ses environs représentent les 25 % de rewilding de Somerleyton, tandis qu’il gère le reste de son domaine de 2 020 hectares de manière régénérative.
J’ai amené ma famille pour un week-end d’hiver à la recherche de nature sauvage dans l’est de l’Angleterre. Après avoir débarqué une fois la nuit tombée, ma première impression fut celle d’un univers noir. Tout ce qui se rapproche d’une éclairage suburbain, comme un chemin illuminé, se fait rare ici. Nous avons tout de même trouvé notre cottage de vacances, l’un des nombreux types d’hébergements disponibles, allant de cabanes en bois chics (certaines avec bains à remous) à des chambres d’hôtes dans un pub devenu clubhouse.
La première soirée, nous avons eu la chance de profiter d’une séance privée de 30 minutes dans le sauna flottant magique du lac. Entre le pub et le sauna, des terrains de tennis, basketball, football et pétanque attendent les visiteurs. Au bord du lac, on trouve des canoës, kayaks et paddleboards. Passer devant la piscine extérieure chauffée de 22 mètres est une expérience presque cinématographique, agrémentée d’un seul nageur effectuant des longueurs dans la vapeur qui s’élève dans l’air froid de la nuit.
Le lendemain matin, je me réveille dans un silence si profond qu’il semble pouvoir m’engloutir. De grandes volées de corbeaux et de choucas volent au-dessus de nous alors que nous nous dirigeons vers le pub pour un copieux petit déjeuner. Ensuite, mon fils Ted et moi partons pour un « safari » à Fritton. Notre guide, Matthew, un botaniste-enthousiaste originaire de l’est de Londres, nous accueille dans un vieux bateau à moteur. Sur le lac, nous avons l’opportunité d’apercevoir des brochets, des anguilles et, en hiver, des canards tachetés et des hérons.
De l’autre côté du lac, la zone sauvage n’est accessible que lors de visites guidées. Nous montons dans un Pinzgauer autrichien de 1976 et Matthew nous fait traverser les bois. Au milieu des fougères sèches, un immense et brillant cochon noir se repose sous un pin, une scène surprenante. Les cochons ont été “retraités” dans cette forêt, et leur fouille du sol favorise la germination des fleurs sauvages. Nous apercevons aussi des vaches Highland à longues cornes errant librement, surplombées par le cri d’un bison dans le ciel.
Ted aperçoit un muntjac et un cerf decouleur fauve, et tout à coup, Matthew s’arrête avec excitation. « Les fils du roi Conan ! » chuchote-t-il en voyant deux magnifiques daguets qui traversent notre chemin, curieux mais pas affolés. Sur le chemin du retour, deux martins-pêcheurs dansent autour de notre bateau, illuminant les eaux sombres de leurs couleurs vives.
Mes enfants sont gênés lorsque j’arrive au pub pour le dîner en portant ma robe de bain, mais ici, tout semble acceptable. Je l’ai mise pour profiter d’un autre sauna après un excellent steak, servi avec des ingrédients locaux de saison, incluant de belles options végétariennes. Un hibou nous appelle sur le chemin du retour au cottage.
Le dimanche matin, je me lève avant l’aube pour explorer Carlton Marshes, une réserve naturelle à 20 minutes de route. Le lever du soleil teinte le ciel de rose, et je me retrouve seule dans les vastes marais tendus, les roseaux immaculés de gel. Un cerf d’eau chinois m’observe tandis que j’explore ce havre de raretés. Bien que cette côte soit dominée par l’agglomération étonnamment vaste de Great Yarmouth, la plage de Gorleston-on-Sea offre une autre belle promenade en bord de mer.
Plus tard dans la journée, pendant que Lisa suit un cours de yoga, je profite d’une dernière séance de sauna, entouré d’une ambiance amicale. Je fais un dernier plongeon dans le lac, froissant la glace sous le coup de l’adrénaline.
Nous reprenons la route, beaucoup plus sereinement qu’à l’arrivée, témoignant de la renaissance que nous avons vécue au cœur de cette nature étrangère. Une aventure qui nous rappelle l’importance de la connexion avec la nature et de la préservation des écosystèmes.
Points importants à retenir
- Le lac Fritton est le point central d’un projet de rewilding enrichissant.
- Hugh Somerleyton encourage divers acteurs à consacrer une partie de leurs terrains à la nature.
- Le week-end offre diverses activités en plein air comme le sauna et des sports nautiques.
- Il est également possible d’observer une riche biodiversité, incluant des espèces rares de faune.
- L’expérience de se reconnecter à la nature peut être très bénéfique pour le bien-être.
En voyage, chaque moment passé dans la nature nous rappelle combien il est crucial de la préserver. Nous avons besoin de ces évasions pour nous reconnecter, non seulement avec notre environnement, mais aussi avec nous-mêmes. Je me demande souvent comment nous pourrions tous contribuer à de telles initiatives pour protéger ces lieux uniques.





