La dégradation silencieuse de la muraille du château Santa Bárbara à Alicante

La dégradation silencieuse de la muraille du château Santa Bárbara à Alicante

Les remparts médiévaux du château de Santa Bárbara se dégradent lentement. En contrebas, à Santa Cruz, cette décadence est manifeste avec des fissures apparentes, des détritus, de la végétation sauvage et des chemins désormais fermés, ne menant ni aux touristes ni aux habitants. Alors que la mairie d’Alicante entreprend des travaux d’urgence sur la pente du mont Benacantil en raison d’un dénudement imminent, les anciennes murailles demeurent hors de tout projet de réhabilitation.

Ce contraste est flagrant. D’un côté, des investissements massifs dans l’accès et la numérisation des espaces touristiques, avec plus de cinq contrats différents rien que pour 2025. De l’autre, la dégradation continue des murailles orientées vers Santa Cruz et Raval Roig, deux bras qui entourent la ville, reste ignorée.

“La mairie devrait disposer d’un technicien ou d’un architecte municipal dédié uniquement à l’entretien des monuments de la ville.”

Santiago Varela

— Architecte

Un manque d’entretien croissant

La dégradation de ces structures n’est pas récente. Les problèmes d’humidité et de filtrations affectant la muraille de Santa Cruz remontent aux années 1990, lorsqu’une intervention partielle n’a pas résolu les questions d’évacuation des eaux. Au fil du temps, ces infiltrations ont entraîné une perte de matière et une érosion des murs, créant des vides internes menaçant leur stabilité.

En 2009, des fissures dans le secteur de Santa Cruz ont nécessité le démontage d’une partie d’un mur suite au risque d’effondrement. À l’origine, les travaux de l’aire de stationnement du Portón étaient incriminés, mais les architectes ont ensuite constaté que l’incident avait en réalité eu lieu lors d’une excavation préliminaire pour renforcer la fondation du donjon concerné.

“Sans un suivi technique permanent, toute petite fissure peut se transformer en un problème structurel sérieux.”

Santiago Varela

— Architecte

Aujourd’hui, le détérioration est visible de loin sur la façade de la muraille qui fait face à Santa Cruz. Recouverte de végétation et de saleté, elle témoigne d’un abandonnement qui s’étend jusqu’à la zone de la chapelle. Le chemin menant au château depuis ce quartier est fermé depuis des années, et là où autresfois se promenaient voisins et visiteurs, des sans-abri s’y installent désormais.

La situation est tout aussi préoccupante sur l’autre bras de la muraille, qui descend vers le Raval Roig. Ici, les chutes de pierres sont fréquentes et l’érosion met en danger la stabilité des murs. De plus, les experts soulignent l’existence de découvertes archéologiques qui semblent dévaluées et sans projet de valorisation à l’horizon.

Conservation nécessaire

À cela s’ajoute l’absence d’un plan de conservation continue. “Tout a besoin d’entretien”, explique l’architecte Santiago Varela, en charge de différentes restaurations du château en 2009. “Le château est une structure à ciel ouvert. Les bâtiments couverts ne représentent qu’une petite partie de l’ensemble, mais les murs, les tours et les remparts sont exposés aux intempéries et aux ravages du temps. Sans un suivi technique permanent, chaque petite fissure peut devenir un problème sérieux”, appelle Varela.

Il se rappelle que dans les années 2000, diverses sections du château ont été consolidées, dont la restauration de la muraille du Albacar d’Enmig, visant à améliorer l’accès au château médiéval. Cependant, la partie extérieure, notamment celle donnant sur la mer, n’a jamais été intégrée dans ces idées. “Il y a quelques mois, j’ai soumis un texte à la mairie proposant la restauration des remparts extérieurs, notamment celle descendant vers le Raval Roig. On m’a dit qu’ils le transmettraient à l’urbanisme, mais je n’ai plus eu de nouvelles“, souligne Valera.

“Un bien patrimonial nécessite un suivi, une inspection et un entretien préventif. Sans cela, tout finit par se détériorer.”

Juan María Boix

— Architecte

Selon l’architecte, le problème ne réside pas seulement dans le domaine économique, mais également organisationnel. “La municipalité devrait avoir un technicien ou un architecte dédié à l’entretien des monuments de la ville, comme celui de Santa Bárbara, le château de San Fernando, Tabarca ou même l’hôtel de ville qui a subi un effondrement l’an dernier. Autrefois, le poste de conservateur du château, travaillant quotidiennement à sa préservation, existait. Cette fonction a disparu, tout comme le contrôle du délabrement“, rappelle Valera.

Juan María Boix, en charge du Plan Directeur du château de Santa Bárbara, partage cet avis et estime que la racine du problème se trouve précisément dans le manque de planification à long terme. “Il ne s’agit pas seulement de restaurer, mais de prendre soin”, résume Boix. “Un bien patrimonial nécessite un suivi, une inspection et un entretien préventif. Sans cela, tout finit par se détériorer”, souligne-t-il.

L’architecte précise que le Plan Directeur inclut la consolidation des remparts du Raval Roig et de Santa Cruz, la protection des fouilles archéologiques du Benacantil, et la création de nouveaux circuits de visite. “Nous savons où se trouvent les vestiges, il ne reste qu’à les protéger, les activer et les valoriser”, illustre l’architecte.

Plan Directeur bloqué

Malgré cette situation, le document censé guider toutes les actions, le Plan Directeur du château de Santa Bárbara, reste dans un tiroir. Rédigé par l’architecte Juan María Boix et son équipe, il a été attribué en 2022 et remis à la municipalité en mai 2023. Deux ans plus tard, il n’a toujours pas été validé ni mis en œuvre.

“Le document est prêt depuis deux ans et attend l’approbation de la mairie”, explique Boix. “Nous ne savons pas pourquoi il n’a pas été traité. Le Plan Directeur est un outil de planification à moyen et long terme: il définit les critères d’intervention, établit des priorités, et propose un calendrier d’investissements à 25 ans”, précise Boix.

“Sans un suivi régulier, tout mouvement ou fissure peut provoquer des effondrements ou des dommages additionnels.”

Juan María Boix

— Architecte

Il souligne que la conservation du château exige une approche globale et continue. “Le château est une structure complexe, avec des murs en terre et en pierre qui nécessitent des révisions constantes. Si l’on ne fait pas de suivi régulier, même une small fissure peut entraîner des effondrements ou des dégâts bien plus graves. Les solutions d’urgence ne s’opposent pas au Plan directeur, mais ne le remplacent pas non plus”, affirme-t-il.

Interventions partielles

Durant les dernières années, la municipalité d’Alicante a mené diverses actions au sein de la forteresse, incluant la transformation du Baluarte de Santa Ana en une zone piétonne, l’amélioration de l’accessibilité depuis le parc de la Ereta, ou encore l’installation de systèmes numériques de contrôle d’affluence et de réalité augmentée. Toutefois, aucune de ces interventions n’atteint les murailles historiques descendant vers la ville.

En août 2025, la municipalité a déclaré l’arrêt des travaux sur la pente de Benacantil suite à un “risque imminent de dégringolades.” La réponse a été un contrat d’urgence de 1,5 million d’euros visant à établir un maillage de protection sous la forteresse. Bien que cette mesure vise à éviter des accidents, elle ne prend pas en compte la consolidation des murailles. Parallèlement, le château de San Fernando, également classé Bien de caractère culturel, demeure sans attention.

En attendant l’approbation du Plan directeur et la mise en place d’un programme de conservation continue, les murailles de Santa Bárbara continuent de se désagréger lentement. Chaque fissure, chaque pierre lâche et chaque tag sur leur surface est un avertissement: le principal danger pour le patrimoine alicantin n’est pas le passage du temps, mais le manque de gestion.

Points importantes à retenir

  • Le château de Santa Bárbara souffre d’une dégradation avancée due à un manque d’entretien.
  • Les murs subissent des effets de l’humidité et de la pollution sans véritable plan de conservation.
  • L’absence de suivi technique empêche la prévention contre des dégradations futures.
  • Les projets d’urbanisme favorisent le tourisme, laissant de côté le patrimoine historique.
  • Le Plan Directeur, conçu pour orienter les travaux de réhabilitation, est toujours en attente d’approbation.

En tant que passionnée de voyages, je suis toujours frappée par l’héritage historique des endroits que je visite. Il est déconcertant de voir des trésors anciens négligés, surtout lorsque l’on réalise combien ils contribuent à l’identité d’une ville. Le château de Santa Bárbara mérite notre attention collective pour qu’il reste un symbole de notre histoire et un lieu à explorer pour les générations futures. Quelles mesures devrions-nous envisager pour préserver notre patrimoine et le transmettre avec soin ?



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