Francisca Cadenas a disparu à Hornachos (Badajoz) dans la nuit du 9 mai 2017. Âgée de 59 ans, elle a été aperçue pour la dernière fois à moins de 50 mètres de son domicile. Pendant près de neuf ans, son emplacement est resté un mystère jusqu’à ce que, en mars dernier, la Guardia Civil découvre ses restes dans le patio intérieur de la maison de deux frères de la région, Lolo et Julián González, qui sont depuis en détention provisoire.
L’enquête, qui a longtemps progressé sans résultats probants, a pris un tournant grâce à l’intervention de l’Unité Centrale Opérationnelle (UCO) de la Guardia Civil. En 2024, les agents ont mené une opération d’infiltration à Hornachos, leur permettant de s’approcher des deux frères et d’installer des dispositifs d’écoute à divers endroits de leur environnement.
Le 11 mars, les agents sont intervenus dans la maison avec un mandat judiciaire. Ils ont localisé un endroit dans le patio dont le sol présentait des différences : il était bombé avec une petite fissure. Après examen avec une caméra, ils ont retiré le sol et trouvé un regard situé à environ 30 centimètres de profondeur.
À l’intérieur, un sac en toile contenait les restes de Francisca. La victime était dénudée, les poignets liés avec des attaches. L’un de ses doigts portait encore une bague lui appartenant.
Neuf ans aux côtés des restes
La maison où les restes ont été découverts se situe sur la même rue que celle de Francisca, près de l’allée où elle a été vue pour la dernière fois.
Les enquêteurs estiment que les deux frères ont coexisté avec les restes enterrés sous le patio pendant des années. Après avoir dissimulé le corps, ils ont placé divers objets sur le terrain, notamment des plantes, des bouteilles d’eau et une vieille machine à laver.
Les conditions de la maison ont compliqué l’inspection. Les images obtenues montrent un intérieur encombré d’objets accumulés dans les différentes pièces.
Pour le journaliste d’investigation Alfonso Egea, ces conditions reflètent aussi la personnalité et l’évolution des deux frères. “La maison a empiré au fil des ans, surtout après leur isolement”, a-t-il indiqué dans l’émission esRadio En Casa de Herrero.
L’enquête vise désormais à déterminer ce qui s’est exactement passé cette nuit-là et quelle a été la participation de chacun des frères. Julián aurait admis avoir tué Francisca, affirmant qu’elle l’a surpris en train de consommer de la cocaïne, ce qui aurait conduit à un coup fatal. Cependant, de nombreuses zones d’ombre subsistent autour de ce crime.
Une maison pleine d’incertitudes
Durant l’inspection technique, plusieurs objets ont intrigué les enquêteurs, sans toutefois établir de lien concluant avec d’autres possibles délits.
Parmi eux figure une scie électrique avec des taches qui pourraient être du sang, bien que les analyses n’aient pas confirmé cela. Des sous-vêtements féminins avec une déchirure et une tache, ainsi qu’une mèche de cheveux conservée dans un élastique, ont également été découvertes.
Egea a précisé que ces trouvailles, en elles-mêmes, ne permettent pas d’attribuer d’autres faits aux frères : “L’inspection se divise en deux parties. L’examen de la maison révèle trois preuves préoccupantes, mais qui ne mènent à aucune conclusion”.
Il a souligné que le temps rend difficile l’analyse forensique : “Une décennie après, obtenir des données en laboratoire est très complexe“.
Concernant la mèche de cheveux, aucune analyse génétique concluante n’a pu être réalisée en raison de l’absence de racine. Un des détenus aurait prétendu qu’il s’agissait de ses propres cheveux.
Les enquêteurs ont également réexaminé d’autres disparitions ou décès dans des circonstances étranges survenues à Hornachos, notamment celui d’une travailleuse du sexe dont la trace a été perdue, sans qu’aucune responsabilité ne soit immédiatement attribuée aux frères.
“Il est vrai que l’on enquête sur des décès étranges ou des disparitions autour de Hornachos, et une prostituée a disparu sans que Lolo et Julián n’en soient directement responsables, mais l’enquête suit de près toute relation possible”, a rapporté Egea sur esRadio.
Une reconstitution pour rapprocher les pièces
Les investigations se poursuivent, avec pour prochaine étape une nouvelle reconstitution policière des événements. Ce processus vise à établir comment Francisca a disparu, ce qui s’est passé dans la maison, et le rôle de chacun des frères.
Il n’est pas encore clair si Lolo et Julián participeront à cette reconstitution. Ils ne sont pas contraints de le faire, bien que leurs avocats aient affirmé qu’ils collaboraient avec l’enquête.
Cette reconstitution permettra également de réexaminer une scène de crime qui reste scellée depuis l’intervention de la Guardia Civil.
Alfonso Egea estime que la diligence peut être utile même si les deux accusés choisissent de ne pas s’impliquer. “La base de toute reconstitution policière nécessite un minimum de collaboration de l’accusé”, a-t-il remarqué.
Les enquêteurs ont encore du travail au sein même de la maison. Une interrogation demeure : où se trouvent les outils qui ont pu être utilisés pour manipuler le corps ? “Des fouilles seront effectuées dans les murs de la maison, car il persiste un doute. Où est l’instrument qui a servi à disposer du corps de Francisca ?“, s’est interrogé Egea.
Il a également souligné la difficulté de reconstituer les événements au regard de l’état dans lequel les restes ont été trouvés : “C’était un méli-mélo dans un sac en toile, autrefois un être humain”.
Une autopsie qui évoque une agression brutale
La condition des restes a également compliqué la détermination de la cause exacte du décès. Les médecins légistes ont dû reconstituer le squelette de Francisca sur un drap en récupérant les os contenus dans le sac.
Les résultats de l’autopsie révèlent une incision à la hauteur de la hanche compatible avec l’utilisation d’une scie, ajoutant du poids à l’hypothèse d’une tentative de découpe du corps.
Bien qu’aucune strangulation n’ait été constatée, des blessures indiquent une forte agression ayant précédé le décès : “Les restes osseux révèlent une sévère agression avant la mort. Francisca a subi une importante violence avant de mourir”.
Egea a noté que des côtes fracturées et d’autres os présentaient des traces de contusions subies avant la mort.
Un détail a retenu son attention : les poignets de Francisca étaient liés avec une attache. Pour lui, cela peut indiquer ce qui s’est passé avant sa mort : “On ne ligote pas un cadavre, on ligote une personne qui peut fuir”.
Combien de temps Francisca a-t-elle passé dans la maison ?
Une question centrale demeure : quand le corps a-t-il été déplacé dans le patio et qui était au courant ?
Les enquêteurs partent du principe que Francisca a d’abord été retenue à un autre endroit dans la maison avant d’être enterrée. Les semaines après sa disparition étaient très fréquentées dans la rue.
Une voisine a déclaré avoir entendu des bruits de travaux dans la maison peu après la disparition. De plus, le seul WC de la maison obligeait à passer sur la zone où les restes ont finalement été enterrés.
Les enquêteurs cherchent donc à établir si seuls Lolo et Julián connaissaient la localisation du corps ou si d’autres personnes étaient au courant.
“L’enquête judiciaire veut déterminer jusqu’à quel point seuls Lolo et Julián savaient, suspectaient ou étaient certains que Francisca se trouvait là”, a ajouté Egea.
Le lieu du crime, face à un jury potentiel
Les avocats de la famille de Francisca ont suggéré qu’une fois le procès entamé, le jury populaire puisse visiter la maison où les restes ont été retrouvés.
Bien que ce ne soit pas habituel, des précédents existent. Egea rappelle notamment le procès concernant la mort d’Asunta Basterra, où le jury avait visité le terrain forestier de Teo où le corps avait été découvert.
Ce déplacement avait permis de comprendre les conditions de visibilité qui prévalaient la nuit où le corps a été découvert : “Rien ne vaut une visite sur les lieux, il n’y a pas de rapport météorologique ou de reconstruction qui soit aussi révélatrice”.
Il estime qu’une visite dans la maison où Francisca a été trouvée aiderait le jury à saisir les circonstances du crime : “Je pense qu’une telle visite serait bénéfique dans ce cas”.
Il a également souligné qu’il s’agit d’une question environnementale et sensible, permettant de placer le jury dans l’espace où cette femme a vécu ses derniers instants, convaincu qu’elle a opposé résistance et a survécu suffisamment longtemps pour incriminer les deux frères dans son meurtre.
Un an et demi d’enquête
L’instruction est encore loin d’être achevée. Après la reconstitution, une phase de rédaction de rapports et d’analyse des preuves recueillies suivra.
La famille de Francisca n’a pas encore eu l’opportunité de confier les restes de la femme à son propre médecin légiste pour analyse.
En fait, Egea considère que l’enquête demeure à un stade précoce malgré neuf années écoulées depuis la disparition et des mois depuis la découverte du corps.
Points importants à retenir
- Francisca Cadenas a disparu en mai 2017, et ses restes ont été découverts près de neuf ans plus tard.
- Les deux frères impliqués, Lolo et Julián, sont en détention et font l’objet d’une enquête approfondie.
- Les conditions de la maison compliquent l’investigation, et plusieurs objets intriguent les enquêteurs.
- Les résultats d’autopsie expliquent que Francisca a subi une importante violence avant sa mort.
- Une reconstitution des événements est prévue pour établir les faits concernant la disparition.
Il est troublant de constater à quel point les énigmes judiciaires peuvent perdurer, comme un écho lointain de souffrances inexprimées. Au-delà des faits, ce drame soulève des questions profondes sur notre société, notre capacité à protéger les plus vulnérables et la manière dont le mystère peut enfouir la vérité. Que dirons-nous face à l’impuissance de la justice lorsque des visages, des noms, deviennent seulement des souvenirs flous ? Le chemin vers la vérité semble-t-il toujours si long, même après tant d’années ?





