Récemment, une nouvelle docuserie intitulée « Abandonados » a été mise en ligne sur une plateforme digitale. Cette série en quatre épisodes met en lumière l’histoire de trois enfants, deux garçons et une fille, abandonnés près d’une gare à Barcelone en 1984. À l’époque, ils avaient seulement deux, quatre et six ans et parlaient français. Privés de tout document, ils se souvenaient simplement de leur vie à Paris. Quarante-deux ans plus tard, le journaliste et réalisateur Carles Porta s’interroge sur les raisons qui ont poussé leurs parents à les laisser seuls dans la rue.
Ce cas, qui s’inscrit parmi de nombreuses affaires non résolues, captive des millions de spectateurs à travers le monde. L’attrait pour le true crime, un genre visuel en forte croissance, attire un nombre croissant d’adeptes. Autrefois, ces histoires anecdotiques étaient surtout relayées par des émissions spécialisées. Aujourd’hui, elles occupent une place de choix dans les journaux télévisés à large écoute. Malheureusement, cela s’accompagne souvent d’une exposition sans filtre à des détails parfois sordides, accessibles à un jeune public sans considération pour leur impact potentiel.
Ce phénomène n’est pas nouveau. Les plus âgés se souviennent sûrement du journal « El Caso », surnommé le « journal des concierges », qui a connu un large succès de 1952 à 1997. Il semble que notre société se soit transformée en un pays de « portiers », au sens figuré, où les tragédies et les crimes occupent une place centrale dans l’information.
Les reportages de faits divers, comme les agressions ou disparitions mystérieuses, captivent instantanément le public. Des études montrent que ce genre de contenu génère une forte empathie envers les victimes et suscite des émotions puissantes au sein de la collectivité.
Un des exemples marquants reste la photo d’un petit garçon syrien échoué sur une plage turque en 2015. Cette image d’Aylan, âgé de trois ans, a profondément touché le monde entier, incluant la chancelière allemande de l’époque, Angela Merkel, qui a modifié sa politique migratoire suite à cette scène tragique.
Historiquement, les conteurs du Moyen Âge attiraient l’attention en évoquant des histoires de morts violentes pour gagner leur vie. Ce goût pour le macabre semble persister à travers les âges. Les psychologues et criminologues reconnaissent que la violence suscite des émotions complexes, allant de l’horreur à un attrait inexplicable pour ce qui est dangereux. Ce phénomène a propulsé le format du true crime au rang des contenus les plus recherchés, comme en témoignent des affaires médiatisées qui continuent d’être revisitées sous des formes diverses, que ce soit au cinéma ou à la télévision.
Il est étonnant de constater qu’il y a encore quelques années, ces récits occupaient une place marginale dans les médias. Aujourd’hui, ils sont devenus des éléments centraux de programmes de divertissement, marquant un retour à un certain type de journalisme, mais avec une présentation bien plus élaborée.
Points importants à retenir
- La docuserie « Abandonados » explore l’abandon d’enfants dans les années 80 à Barcelone.
- L’attrait pour le true crime attire de plus en plus un vaste public.
- Des cas tragiques sont souvent présentés dans les journaux télévisés sans préparation préalable du jeune public.
- La fascination pour la violence et le macabre reste ancrée dans notre culture, depuis le Moyen Âge à nos jours.
- Les reportages sur des faits divers génèrent des émotions fortes et une forte empathie de la part des téléspectateurs.
En réfléchissant à cette tendance, je ne peux m’empêcher de me demander où nous en sommes véritablement. Sommes-nous devenus des consommateurs insensibles d’horreur? Ou cette fascination pour le drame et la tragédie témoigne-t-elle d’un besoin plus profond d’affronter notre propre humanité? Le dilemme moral que pose cette quête de sensationnel mérite une profonde réflexion. Quelles conséquences pour notre société ? Cela mérite d’être examiné avec prudence et lucidité.





