À première vue, la vision d’un corps étendu au sol dans une position déformée pousse à détourner le regard. Cependant, lorsque ce corps n’est autre qu’un mannequin reproduisant les caractéristiques humaines, l’analyse de cette scène peut s’avérer cruciale pour comprendre si certaines chutes aboutissent à des décès, résultant d’un accident malencontreux ou, au contraire, d’une action violente.
Les dummies, ces figures qui imitent le corps humain, adaptables en taille et en poids, se sont imposés comme des outils essentiels dans le domaine de la criminologie et des sciences judiciaires. Ces mannequins, utilisés pour tester les systèmes de sécurité en cas d’accidents de la route, offrent un moyen réaliste de simuler des chutes de hauteurs significatives, apportant ainsi des réponses qui peuvent réconforter les familles des victimes.
L’un de ces modèles se nomme Ruth Lee. Son apparence singulière, avec un uniforme de travail et une tête rouge sans traits faciaux, est liée à certains des cas les plus médiatisés. Le plus marquant étant la mort du fondateur de Mango, Isak Andic, sur un sentier à Collbató, à Barcelone, présumé causé par son fils Jonathan. Le mannequin a également été utilisé aux Canaries pour comprendre les circonstances entourant le décès de la jeune Lía Dorta, survenu à Valverde (El Hierro) après une chute dans un fossé de plus de cinq mètres.
Reconstruction des faits
Le criminologue et expert judiciaire mandaté par la famille, Félix Ríos, a acquis ce dummy à Malaga pour éclaircir les circonstances de la mort de la jeune étudiante de 22 ans. Récemment, il a été utilisé pour une reconstitution, impliquant le juge d’instruction, Antonio Mazuecos, les parties concernées et des agents de la Garde Civile d’El Hierro, Santa Cruz de Tenerife et de l’Équipe Centrale d’Inspections Oculaires venus de Madrid.
L’opération s’est décomposée en trois phases. Dans un premier temps, les enquêteurs ont réalisé un scan tridimensionnel de la scène pour évaluer la distance entre un mur et une tache de sang spécifique, qui n’avait pas été mesurée lors de la première inspection, le jour suivant la mort de la jeune femme.
Les mannequins s’adaptent à la taille et au poids de n’importe qui et permettent de simuler diverses hypothèses.
Ensuite, deux jeunes, premiers à découvrir la victime, ont partagé tout ce qu’ils se souvenaient de cet incident. Ils ont souligné la position dans laquelle ils l’avaient trouvée dans le fossé, ainsi que la distance approximative jusqu’au mur d’où elle était censée être tombée.
La dernière étape a vu le criminologue et son assistant, avec l’aide de plusieurs agents de la Garde Civile présents, réaliser une série de lancements du mannequin depuis le muret jusqu’à l’intérieur du fossé. À cette occasion, sept essais ont été effectués avec différentes postures pour évaluer diverses possibilités : si la victime était tombée immédiatement, après quelques pas, ou si elle avait été poussée.

Le mannequin Ruth Lee utilisé dans les reconstitutions de la chute de Lía Dorta et d’Isak Andic.
Des sources de l’enquête indiquent que l’essentiel de la preuve réside dans l’observation de la position adoptée par le mannequin lors de sa chute et surtout, de la distance à laquelle il se retrouvait du mur vertical par lequel on supposait qu’il était tombé. L’accès se faisait par une rampe en béton de 50 centimètres de haut, sans garde-fou, menant à un dénivelé important vers le mur. La famille soutient que cet endroit ne respectait pas les conditions de sécurité nécessaires en raison d’un manque d’éclairage et de signalisation.
« Il faut comprendre que ce qui est tragique dans cette affaire, c’est que la zone où la victime est tombée n’était jamais éclairée, comme c’est toujours le cas aujourd’hui, et qu’elle ne disposait pas de barrières de protection, comme c’est désormais le cas », déclare Ríos. L’expert estime qu’aux yeux de n’importe quel ingénieur ou citoyen, « il est évident que le passage près du fossé où Lía est tombée manquait de barrière de sécurité ».
Par ailleurs, le spécialiste rappelle qu’un homme, quelques mois avant la mort de Lía, a également été victime d’un incident dans cette zone sans qu’aucune mesure n’ait été prise pour remédier à la situation. « Combien d’autres doivent encore souffrir d’un accident en sortant de la discothèque voisine, en raison d’un manque d’éclairage et de sécurité dans l’endroit où une étudiante exemplaire a perdu la vie ? », s’interroge-t-il.
Hypothèses multiples
Concernant les conclusions préliminaires, Ríos demeure prudent : « En attendant les calculs de la Garde Civile et notre travail d’analyse, il est clair pour nous tous, lors des reconstitutions à Valverde, que Lía n’est pas tombée par le chemin ou de la manière dont il a été initialement envisagé, c’est-à-dire immédiatement depuis la verticalité du mur ».
Le modèle utilisé, mesurant 1,80 mètre et pesant 70 kilos, est celui-même qui a été employé quelques semaines auparavant pour simuler la chute d’Isak Andic dans la montagne de Montserrat. Le Parquet a demandé au juge d’instruction d’ordonner une reconstruction de la chute pour éclaircir les causes du décès vis-à-vis du seul inculpé, son fils Jonathan.
« Lía n’est pas tombée par le chemin imaginé au départ, à savoir depuis la verticalité immédiate du mur », soutient Félix Ríos.
La mairie de Collbató doit d’abord autoriser la diligente requise, étant donné que le chemin est actuellement fermé en raison de risques de chutes de pierres. L’objectif est que le mannequin aide à résoudre des questions clés pour l’enquête, telles que la distance à laquelle se trouvait Jonathan Andic de son père au moment de la chute, s’il a entendu ses cris, s’il a vu les pierres tomber et ce qu’il a fait après l’accident supposé.
Les Mossos d’Esquadra estiment qu’il existe de sérieuses contradictions dans les déclarations effectuées au 112 et dans ses propres explications, tout d’abord affirmant que son père s’était arrêté pour photographier le paysage alors qu’aucune photo n’était présente sur son téléphone, ou qu’il marchait devant et avait entendu la chute sans l’avoir vue.
Points importants à retenir
- Les mannequins comme outils d’analyse criminelle et d’évaluation des systèmes de sécurité.
- Le modèle Ruth Lee utilise des caractéristiques humaines pour simuler des chutes.
- L’importance d’une reconstitution pour clarifier les circonstances des décès dans des cas complexes.
- Les enjeux de la sécurité publique et des infrastructures dans des lieux à risque.
- Les témoignages des premiers intervenants qui peuvent éclairer les événements.
À travers cette affaire tragique, se dessine une réalité dérangeante sur la sécurité de nos espaces publics. La mort de Lía Dorta met en lumière des failles dans des systèmes censés nous protéger. Combien de vies encore seront mises en danger avant que des mesures concrètes ne soient prises ? Cela soulève des questions sur nos responsabilités collectives face à la sécurité publique. Il est crucial de se demander : comment garantir un environnement sûr pour tous, surtout là où des tragédies se sont déjà produites ?





