Refuser d’ouvrir son propre sac à la fin de la journée de travail, parce que l’entreprise pour laquelle on a œuvré pendant plus de vingt-cinq ans soupçonne des vols, peut sembler un geste anodin, presque instinctif, ou encore une question de confiance et de fierté. Pourtant, ce geste a coûté son emploi à un salarié ayant accumulé plus de 25 ans d’ancienneté. Récemment, le Tribunal Supérieur de Justice d’Aragon (TSJA) a donné raison à l’entreprise, affirmant que ce refus constituait une insubordination grave et que le licenciement était pleinement justifié.
L’entreprise concernée est Yudigar S.A.U., aujourd’hui connue sous le nom de HMY Yudigar, dont le siège est situé dans le parc industriel La Veguilla de Cariñena. Il s’agit d’un acteur majeur dans le domaine du design, de la fabrication et de l’installation de mobilier commercial pour le secteur du retail, spécialisé dans la production d’étagères, de comptoirs et de structures destinées aux magasins et supermarchés, ainsi que dans des solutions globales allant de l’architecture intérieure à la logistique et au montage international. C’est dans ce contexte que, face à une série de vols de matériel et d’outils, la direction a décidé d’instaurer des contrôles sporadiques à la sortie des équipes.
Le 30 mai 2024, une de ces inspections a été organisée. Le personnel de sécurité s’est posté aux tourniquets et dans les vestiaires pour demander l’ouverture des sacs et des sacs à dos, en présence de la responsable de la prévention des risques professionnels et des délégués du personnel. L’inspection était visuelle, ne touchant pas le contenu, à l’aide d’une lampe de poche et demandant aux employés de déplacer leurs affaires si quelque chose entravait la vérification. Arrivé à son tour, un agent d’entretien, en poste depuis juillet 1998, a refusé d’ouvrir son sac, déclarant qu’il ne voulait pas montrer ce qu’il contenait. De nouveau sollicité aux tourniquets de sortie, il a maintenu son refus. Le 18 juin, il a reçu une lettre de licenciement pour désobéissance grave.
La Chambre sociale du TSJA a donné raison à l’entreprise, considérant qu’il s’agissait d’un contrôle ponctuel justifié par des soupçons fondés, et que cette mesure avait pour but légitime de protéger le patrimoine de l’entreprise, conformément à l’article 18 du Statut des travailleurs. Les juges soulignent que l’inspection ne concernait que ceux portant des sacs ou des sacs à dos, qu’elle était peu intrusive et qu’elle se déroulait en présence de représentants des travailleurs. Dans leur décision, ils clarifient qu’il n’y a eu aucune atteinte à la dignité du requérant ni exposition de son contenu devant des tiers, écartant ainsi toute violation de droits fondamentaux.
De plus, le tribunal estime que le refus de l’employé constituait “un acte d’insubordination directe qui annihile des prérogatives légitimes de l’employeur pour protéger le patrimoine et la sécurité dans l’entreprise”. Ils ajoutent que son comportement s’inscrit dans un cadre de “désobéissance grave à l’employeur, pouvant être sanctionnée par un licenciement conformément à l’article 54.2.d)”, confirmant ainsi intégralement le jugement qui déclarait légitime la résiliation du contrat. Cette décision n’est pas définitive et peut faire l’objet d’un recours devant la Cour suprême.
Points importants à retenir
- Le refus d’ouvrir un sac peut être considéré comme une désobéissance grave dans un cadre professionnel.»
- Des soupçons de vols au sein d’une entreprise peuvent justifier des contrôles aux sorties.»
- Les inspections doivent respecter la dignité des employés et se faire en présence de représentants du personnel.»
- Une décision de licenciement peut être contestée, mais elle doit reposer sur des faits avérés.»
Face à cette situation, je ne peux m’empêcher de m’interroger : jusqu’où peut aller la confiance dans une relation employeur-employé ? Le fait d’accepter des contrôles peut-il vraiment coexister avec un climat de confiance, ou s’agit-il d’un pas supplémentaire vers une surveillance exacerbée qui pourrait nuire à l’esprit d’équipe ? Il est essentiel de réfléchir à cette dynamique, d’autant plus que la gestion des ressources humaines continue d’évoluer, oscillant entre confiance et méfiance.





