Monstre de Florence : Un mystère plus complexe qu’un homme seul

Monstre de Florence : Un mystère plus complexe qu’un homme seul

Otto meurtres doubles. Seize victimes. Une seule arme : un calibre 22 avec des cartouches Winchester série H, jamais retrouvée. Une ombre de terreur qui a plané pendant près de vingt ans, de 1968 à 1985, déchirant le cœur de la Toscane et laissant une cicatrice ouverte dans la conscience collective italienne. C’est dans ce contexte troublant que s’inscrit « Il Mostro », une série de Netflix dirigée par Stefano Sollima, qui sera lancée le 22 octobre. Elle s’efforce de narrer l’affaire la plus énigmatique et dérangeante de la chronique criminelle italienne : celle du soi-disant « Monstre de Florence ».

Si l’œuvre est de la fiction, elle représente aussi une ambitieuse tentative de raviver l’une des enquêtes les plus controversées de l’histoire judiciaire de notre pays, restée à ce jour sans visage clair ni vérité définitive. La réflexion de Stefano Brogioni, journaliste de « La Nazione », spécialiste des affaires criminelles et judiciaires, s’articule précisément sur cette frontière fragile entre fiction et réalité. Brogioni n’est pas étranger au sujet : auteur du livre « Il mostro nero. Gli anni dei delitti di Firenze », il fin connaisseur des méandres de l’enquête apporte un éclairage pertinent.

« Je ne sais pas si la piste sarde, autrefois explorée par les enquêteurs, est la bonne. Quoi qu’il en soit, qu’on y croie ou non, quiconque aborde l’histoire des meurtres du Monstre de Florence doit obligatoirement se confronter au crime de 1968. Car il y a deux possibilités : soit l’assassin était déjà celui qui deviendrait le Monstre, soit, en 1982, lorsque les carabiniers ont établi le lien avec ce fait antérieur, une manipulation raffinée a eu lieu », explique Brogioni dans une interview.

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Selon Brogioni, le véritable pivot reste le double meurtre de Signa, où Barbara Locci a perdu la vie tandis que son fils, Natalino Mele, a été trouvé vivant quelques heures plus tard. Ce crime se voit ajouté un détail frappant, mais tardif : Natalino ne serait pas l’enfant de Stefano Mele, mais de Giovanni Vinci, jamais véritablement investi au cours de l’enquête initiale. « Cette révélation arrive malheureusement trop tard, alors que l’on ne peut plus tant faire. La personne est décédée depuis longtemps, et pendant la période en lien avec la ‘piste sarde’, la figure de Giovanni Vinci n’a jamais été approfondie comme l’ont été celles de ses frères, Francesco et Salvatore », critique-t-il.

« D’ailleurs, il demeure obscur comment et pourquoi, après quatre meurtres du Monstre, on se souvient de cet incident de quatorze ans auparavant. Le magistrat Pier Luigi Vigna interrogea plus tard tous les carabiniers impliqués dans cette ‘révélation’, mais les récits contradictoires, liés à l’absence d’annotations de service, ressemblent à une tentative de dissimuler quelque chose », ajoute-t-il, en parlant de cette longue enquête.

Ce traitement de l’histoire est également influencé par l’arme en question : la tristement célèbre Beretta calibre 22, jamais retrouvée. Dans le verdict concernant Pacciani, il est supposé qu’elle soit passée de mains en mains. Cependant, Brogioni reste dubitatif : « Je ne pense pas que l’arme ait été transmise. Je me demande plutôt si le Monstre était une personne ou un concept ».

Ses propos mettent la problématique sur un plan plus large, presque politique, révélant une stratégie de terreur plutôt qu’un simple cas de tueur en série. « N’oublions pas l’époque durant laquelle il a frappé, une période horrible pour notre pays. Le Monstre est aussi une forme de massacre, étalée sur les années. Ce fut un terroriste : les jeunes ne se retrouvaient plus en couple par peur, et cela a transformé les comportements sociaux », souligne le journaliste florentin.

Cette histoire devient encore plus troublante lorsqu’en 1993, des balles Winchester calibre 22 sont découvertes dans un arsenal clandestin. « Cela me fait penser qu’il y a bien plus derrière ces meurtres », remarque Brogioni.

Quid des complices évoqués, Pacciani, Lotti, Vanni ? « J’ai du mal à croire qu’ils aient pu maintenir les enquêteurs en échec pendant tant d’années. Bien sûr, certains éléments autour de Pacciani suscitent des soupçons. Son parcours matche avec la ‘géographie’ du Monstre, et il avait un accès financier considérable, mais d’où provenait cet argent ? » questionne-t-il.

Quelle serait l’hypothèse si on se détachait de l’idée d’un unique Monstre ? « Si nous nous débarrassions de la narration d’un unique tueur, il est possible que plusieurs individus soient impliqués, peut-être unis par un lien secret. De nombreuses personnes enquêtées avaient un orientation sexuelle jugée ‘non conventionnelle’ pour l’époque », suggère Brogioni.

Et aujourd’hui, existe-t-il encore une chance de résoudre ce mystère ? « Une évolution ? De nouveaux éléments ont été obtenus par la Procure, mais aucun n’a été décisif. Avec le temps, beaucoup de personnes qui auraient pu être interrogées ne sont plus là. Une avancée pourrait venir d’un ADN extrait des preuves que la Procure continue à rechercher. Si cet ADN provenait d’une personne reconnue, cela renforcerait la vérité judiciaire », conclut Brogioni.

« Il Mostro » réouvre une plaie jamais cicatrisée, remettant en avant non seulement une affaire judiciaire, mais un traumatisme collectif. Comme le suggère Brogioni, peut-être que le ’Monstre’ n’était pas juste un homme, mais un ‘fantôme collectif’. Et tant que cet ADN ne se manifestera pas, il continuera d’exister dans l’ombre.

Points importants à retenir

  • Le cas des meurtres du Monstre de Florence reste non résolu après plusieurs décennies.
  • La série « Il Mostro » aborde des thèmes de fiction et de réalité judiciaire.
  • Les révélations récentes sur les protagonistes soulèvent de nouvelles questions sur l’identité du tueur.
  • Le rôle de la peur dans la société italienne des années 70 et 80 est notable.
  • Des éléments découverts au fil des ans pourraient offrir de nouvelles pistes pour l’enquête.

En tant que journaliste, je me demande si le véritable visage du Monstre ne cachait pas les angoisses d’une époque. Dans ce drame, la vérité pourrait se perdre comme une ombre dans les marais du temps, et tant que nous n’aurons pas de réponses, nous resterons prisonniers de nos propres peurs collectives.



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