Autrefois, une « assiette saine » était le critère principal définissant une alimentation équilibrée. Aujourd’hui, cette notion s’avère plus complexe, alors que la prise de conscience grandit autour des repas, des collations et de leur composition.
Dans un contexte où les normes de la Food Safety and Standards Authority of India (FSSAI) font évoluer notre rapport à l’étiquetage des aliments transformés, il est préoccupant de constater que les tendances alimentaires influencées par les réseaux sociaux prennent souvent le pas sur des conseils nourris par des preuves scientifiques. Le mot d’ordre du moment semble être la protéine.
Dans un livre blanc publié à l’occasion de la Semaine nationale de la nutrition, l’Association des médecins pour la nutrition en Inde (PAN India) souligne que la question posée sur les protéines est mal orientée. « Les discussions se concentrent sur des notions tels que les grammes et les étiquettes “complet vs incomplet”, mais ces éléments ne définissent pas à eux seuls la qualité d’un régime alimentaire », indique le document.
Focus sur les protéines
Le document met en lumière l’influence excessive des réseaux sociaux qui promeut une consommation exagérée de protéines. De la recommandation d’ajouter du poisson et du poulet, jusqu’aux shakes protéinés et récemment au ‘Profee’ (mélange de protéine et café), l’univers en ligne s’apparente à une bulle pro-protéines dans laquelle des angoisses sont générées quant à notre apport en protéines.
Meenakshi Bajaj, diététicienne à l’hôpital multiservices du gouvernement du Tamil Nadu, souligne que le contenu sur les réseaux sociaux semble souvent plus puissant que celui des professionnels qualifiés. Elle déplore que des individus mal informés tombent facilement dans le piège des modes alimentaires. Par exemple, elle a rencontré un patient sous dialyse qui suivait des conseils erronés trouvés en ligne, ce qui l’a conduit à consommer des protéines inappropriées pour son état de santé.
Par ailleurs, avec l’essor des antagonistes du GLP-1 pour la perte de poids, une attention accrue est portée à la préservation de la masse musculaire, ce qui contribue à la tendance pour les protéines.
Le livre blanc « Repensons les protéines dans un régime à base de plantes » argue que l’apport en protéines doit être compris dans le cadre d’un régime alimentaire complet, plutôt que réduit à des chiffres ou des slogans marketing.
D’après les recommandations du Conseil indien de la recherche médicale, un adulte en bonne santé doit consommer environ 0,83 gramme de protéines par kilogramme de poids corporel chaque jour. Cette norme peut varier selon l’âge et les besoins spécifiques, avec des recommandations augmentant pour les enfants, les femmes allaitantes, les sportifs et les personnes âgées.
Priyadarshini Raju, coach en santé et fitness basé à Chennai, suggère de ne pas se focaliser sur la consommation excessive de protéines, mais de veiller à ajouter une part de protéines et de fibres à chaque repas. Une combinaison simple de lentilles ou de tofu dans les repas pourrait suffire à enrichir notre alimentation sans qu’elle soit dominée par les protéines.
Protéines animales vs végétales
Le livre blanc remet également en question l’idée reçue selon laquelle les protéines animales seraient “complètes” alors que celles d’origine végétale seraient “incomplètes”. En réalité, pratiquement tous les aliments d’origine végétale contiennent les neuf acides aminés essentiels. L’accent doit être placé sur une variété d’aliments riches en protéines.
PAN-India aborde aussi la question des suppléments protéiques, arguant qu’ils ne sont pas indispensables pour les adultes en bonne santé, sauf pour certains publics comme les athlètes ou les personnes sous traitements spécifiques. Priyadarshini Raju partage cet avis et prône une alimentation traditionnelle avant tout.
Dr. Bajaj insiste sur l’importance d’un régime équilibré, diversifié et saisonnier, et suggère que la nutrition nécessite une approche attentive et individualisée pour répondre aux besoins uniques de chacun.
Les protéines ne doivent pas être considérées uniquement comme un nombre sur une étiquette alimentaire. Elles jouent un rôle essentiel dans la croissance, le développement et la santé globale. La complexité de notre alimentation ne doit pas être laissée aux aléas des tendances sociales.
Points importants à retenir
- Le discours sur les protéines se complique, et les réseaux sociaux jouent un rôle significatif dans la diffusion des modes alimentaires.
- Une diète équilibrée ne nécessite pas de combiner les protéines à chaque repas; la diversité et le bon apport calorique sont essentiels.
- La notion de protéines “complètes” est trompeuse; les aliments végétaux peuvent aussi fournir l’ensemble des acides aminés nécessaires.
- Les recommandations nutritionnelles doivent s’adapter aux âges et aux situations particulières des individus.
- Les suppléments protéiques trouvent leur place dans certains contextes, mais l’administration de protéines par le biais des aliments reste préconisée.
Il est primordial de réfléchir à notre rapport à la nutrition et de ne pas se laisser guider uniquement par des tendances passage ou des conseils éphémères en ligne. À l’ère où l’information est omniprésente, chacun d’entre nous devrait chercher à faire des choix éclairés en matière d’alimentation. En tant que citoyenne, je crois qu’il est temps d’encourager des discussions plus profondes autour de la nutrition, en se basant sur des faits plutôt que sur des modes.



