Le lactate a longtemps été perçu comme l’ennemi des cyclistes, responsable de la sensation de brûlure dans les jambes et d’une perte de puissance. Pourtant, il s’agit en réalité d’une source d’énergie pour les muscles, et Tadej Pogačar l’a intégré dans son régime pour dominer le Tour de France 2026.
Pogačar et ses coéquipiers de l’équipe UAE Team Emirates XRG utilisent exclusivement un nouveau gel lactique de la marque Enervit durant cette course, tandis qu’une autre équipe a opté pour ExoLactate, un produit similaire conçu par Aitor Viribay, un ancien physiologiste de Netcompany-Ineos.
Selon Enervit, son C2:1PRO Lactate Gel Mix repose sur des décennies de recherche menées par le Professeur George A. Brooks de l’Université de Californie.
« Autrefois considéré comme un sous-produit de la fatigue, les recherches de Brooks ont montré que le lactate est en fait l’une des sources d’énergie naturelles du corps, continuellement produite et utilisée par les muscles, le cœur et le cerveau pendant l’exercice », indique Enervit.
Le nouveau produit combine 90 g de glucides, à raison d’un ratio 2:1 de glucose à fructose, avec 10 g de lactate. Cela permet aux coureurs comme Pogačar de disposer d’une source d’énergie supplémentaire lors des phases finales les plus exigeantes d’une course.
Le développement de ce gel lactique a nécessité plusieurs années de recherche, avec des tests réalisés durant les saisons cyclistes 2024 et 2025. Il sera bientôt disponible à la vente, juste après La Vuelta España en septembre.
Comment fonctionnent les gels lactiques ?
Lors d’épreuves d’endurance extrêmes telles que le Tour de France, les cyclistes dépensent plus d’énergie qu’ils ne peuvent raisonnablement en absorber. Malgré une consommation pouvant atteindre 120 g de glucides par heure, l’efficacité de l’absorption de l’énergie reste un enjeu crucial.
Selon Enervit, la nutrition sportive moderne peut être désignée comme « l’ouverture progressive de voies d’absorption successives ».
Les athlètes se sont longtemps reposés sur le glucose, dont les bénéfices se limitent à environ 60 g par heure. Au-delà, un apport supplémentaire n’accroît pas les bénéfices, car « l’intestin n’a qu’un transporteur unique permettant d’introduire une quantité limitée de glucose dans le sang ».
L’ajout de fructose permet d’augmenter l’apport énergétique, car il utilise un transporteur intestinal distinct.
En combinant glucose et fructose dans un ratio de 2:1, comme dans la gamme C2:1 Pro de l’entreprise, l’absorption peut atteindre 90 g de glucides par heure, voire plus, selon les individus.
C’est là que le lactate intervient. Les travaux de Brooks ont révélé que le corps utilise le lactate comme carburant, qui est oxydé rapidement. Il est également absorbé via son propre transport, indépendamment des voies du glucose et du fructose.
En consommant du lactate directement, un athlète peut augmenter son « plafond » de glucides et bénéficier d’un regain d’énergie sans attendre que son corps le produise en dégradant des glucides.
Enervit précise qu’en plus de fournir ce regain d’énergie, le lactate réduit l’acidité, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Des recherches sont en cours pour déterminer si le lactate pourrait également atténuer la perception de la fatigue.
Une « nouvelle ère », ou pas ?
Si les gels lactiques offrent un surcroît d’énergie aux cyclistes professionnels, il n’est pas surprenant qu’ils soient salués comme révolutionnaires.
Brooks affirme : « Ce nouveau produit, le nouvel Enervit C2:1PRO Lactate Gel Mix, marque une avancée qui initie une nouvelle ère dans la nutrition sportive. » Toutefois, certains demeurent sceptiques.
La société de nutrition sportive Styrkr a mis en avant plusieurs études concernant la consommation de lactate. L’une d’elles, réalisée en 2024, a montré une augmentation de 4 % en watts et une perception d’effort diminuée à la même puissance. Une autre étude de 2025 a confirmé que le corps utilise du lactate exogène, mais sans démontrer de réelle avancée en termes de performance.
« Au global, la constatation la plus cohérente parmi ces recherches est que le lactate exogène se comporte comme un tampon acido-basique léger : il peut atténuer la sensation d’effort et modifier la chimie sanguine sans garantir une augmentation de la vitesse des athlètes », a ajouté Styrkr.
D’autre part, Olav Bu, responsable des performances chez Uno-X Mobility, reste critique quant à l’ingestion de lactate. Selon lui, le lactate produit moins d’énergie que le glucose pour un coût énergétique équivalent. En outre, il souligne que cela pourrait compliquer l’absorption dans l’intestin.
Dans leurs recherches, son équipe n’a pas trouvé de « plafond » défini pour l’oxydation des glucides exogènes. Tant que cela ne sera pas établi, le lactate risque de demeurer une source de carburant moins efficace.
Pour l’heure, la question des gels lactiques reste ouverte. Néanmoins, étant donné que le Tour de France se joue souvent en quelques secondes, je suis convaincue que cette innovation en nutrition restera sous le feu des projecteurs.
Points importants à retenir
- Le lactate est maintenant considéré comme une source d’énergie pour les muscles.
- La combinaison de glucose et de fructose améliore l’absorption des glucides.
- Le gel lactique d’Enervit pourrait offrir un regain d’énergie significatif lors de courses intenses.
- Des études sur le lactate exogène présentent des résultats variés concernant son efficacité.
- La recherche se poursuit pour comprendre pleinement les effets du lactate sur la performance sportive.
En tant que passionnée du cyclisme, je pense qu’il est fascinant de voir comment les nutritionnistes et les chercheurs continuent d’explorer et de redéfinir notre compréhension des performances sportives. L’innovation dans ce domaine est à la fois prometteuse et complexe, et il est passionnant de suivre son évolution tout en réfléchissant à son impact potentiel sur l’avenir de ce sport.





