Les récentes modifications ont un impact significatif sur divers domaines du cadre réglementaire, incitant les entreprises à réévaluer leurs portefeuilles de produits, leurs stratégies d’emballage et leurs plans de conformité.
Certaines mesures sont encore en consultation, tandis que d’autres redéfinissent déjà les règles encadrant la fabrication, la commercialisation et la vente des compléments alimentaires au sein de l’Union européenne.
Ingrédients sous surveillance réglementaire
Plusieurs ingrédients de compléments alimentaires font l’objet d’un examen réglementaire, certains étant actuellement soumis à des évaluations de sécurité formelles.
Parmi ceux-ci figurent la berbérine et l’acide hydroxycitrique (HCA), pour lesquels l’EFSA a lancé une consultation publique afin de déterminer leur statut réglementaire.
Le monacoline K issu du riz rouge attend une décision finale concernant une interdiction proposée, alors que de nouvelles restrictions sont mises en place pour les hydrocarbures aromatiques minéraux (MOAH) et les hydrocarbures saturés minéraux (MOSH).
L’ashwagandha, le CBD et la caféine attirent également l’attention des régulateurs, bien que les évaluations formelles de sécurité n’aient pas encore commencé. Des experts se sont réunis le 14 juillet au Parlement européen pour discuter du statut réglementaire futur de l’ashwagandha et des preuves entourant sa sécurité.
Dans une perspective plus favorable pour l’industrie, le β-NMN (nicotinamide mononucléotide) a reçu un avis de sécurité positif de l’EFSA, le rapprochant d’une approbation au sein de l’UE.
Aliments innovants
La Commission européenne met régulièrement à jour le Catalogue des Aliments Nouveaux de l’UE pour refléter les changements concernant le statut réglementaire des ingrédients, en fonction de leur histoire de consommation dans l’UE avant mai 1997.
Le CBD a connu une année particulièrement tumultueuse, avec de nombreux rejets d’aliments nouveaux, y compris ceux concernant le cannabidiol isolé, le cannabidiol synthétique, les teintures et les huiles à partir de Cannabis sativa. L’EFSA a également rejeté des revendications pour des extraits à large spectre de CBD et des distillats de chanvre.
Un certain nombre d’extraits botaniques, tels que le gotu kola, le ginseng de lSud, l’origan sauvage et la sauge blanche, ont également été considérés comme nouveaux dans les compléments alimentaires et ne sont donc actuellement pas autorisés dans l’UE.
Cependant, l’extrait de grenade et le concentré de protéine de lactosérum avec alpha-lactalbumine ont été classés comme non-nouveaux, permettant ainsi à ces ingrédients de rester disponibles sur le marché européen.
Les mises à jour clés annoncées cette année comprennent 15 nouvelles autorisations et 21 rejets.
Mises à jour des allégations de santé
Depuis le début de l’année, seul un ingrédient a reçu un avis positif d’allégation de santé de l’EFSA. Cette allégation concerne les bêta-glucanes d’avoine (une fibre soluble présente naturellement dans les parois cellulaires des grains d’avoine) et sa capacité à réduire les pics de glucose postprandials.
La créatine pour la fonction cognitive et Echinacea angustifolia (Anxiofit-1) pour la réduction de l’anxiété ont reçu des avis négatifs, tandis que de nombreuses autres allégations sont encore en cours d’examen.
À ce jour, l’EFSA a évalué plus de 2 300 allégations de santé, rejetant plus de 70 % des demandes.
Mises à jour de la liste QPS
Le QPS est une liste positive de microbes que l’EFSA a évaluée pour des raisons de sécurité. L’EFSA réalise des évaluations de sécurité sur des microbes qui ont été soumis à l’agence dans le cadre de dossiers techniques.
Ces notifications ne constituent pas des demandes de statut QPS spécifique, mais sont des demandes formelles d’entreprises cherchant une autorisation de marché pour utiliser un microorganisme dans la chaîne alimentaire ou de fourrage.
L’approche QPS évalue l’identité taxonomique, le corpus de connaissances pertinentes et les préoccupations de sécurité des microorganismes. La liste aide à rationaliser les évaluations de sécurité ultérieures, permettant aux demandeurs d’obtenir une évaluation accélérée si l’ingrédient est inclus dans la liste positive.
La liste est mise à jour environ tous les six mois, la dernière période couvrant janvier à juillet 2026.
Nouveaux développements législatifs
MPL pour vitamines et minéraux
En juin, la Commission européenne a lancé un appel à témoins et une consultation publique sur l’établissement de MPL pour les vitamines et minéraux dans les compléments et les aliments enrichis.
Prévue pour débuter au troisième trimestre de 2026, cette consultation invite les parties prenantes à soumettre des preuves scientifiques concernant des limites sûres et l’impact économique potentiel de la réglementation proposée.
La consultation devrait être ouverte pendant un minimum de six à huit semaines, l’adoption de l’acte juridique final étant actuellement programmée pour le premier trimestre de 2028.
Emballage et déchets d’emballage
L’industrie des compléments alimentaires doit faire face à des changements significatifs dans le cadre de la nouvelle réglementation sur les emballages et les déchets d’emballage (PPWR), y compris de nouvelles règles concernant les PFAS (substances perfluoroalkyles et polyfluoroalkyles), souvent appelées ‘produits chimiques éternels’.
À partir du 12 août, tout emballage au contact des aliments contenant des PFAS au-delà d’un certain seuil sera interdit, et chaque type d’emballage sur le marché de l’UE devra posséder sa propre déclaration de conformité. Les PFAS sont largement utilisés dans les emballages flexibles et les blisters, couramment utilisés pour les compléments alimentaires.
Les nouvelles exigences en matière de conception pour le recyclage (DFR) entreront également en vigueur en 2030. Ces réglementations obligeront les emballages à atteindre des grades de recyclage A, B ou C, avec l’interdiction du grade C à partir de 2038.
L’industrie a exprimé des inquiétudes quant au fait que le secteur des compléments alimentaires n’aura pas suffisamment de temps pour mettre en œuvre ces changements après la publication des critères, demandant une dérogation temporaire similaire à celle accordée à l’industrie pharmaceutique.
Accord sanitaire et phytosanitaire (SPS) : le Royaume-Uni s’harmonise avec les règles de l’UE
Le nouvel accord SPS UK-UE vise à éliminer les contrôles frontaliers routiniers et les coûteux documents de certification pour les aliments, plantes et produits animaux circulant entre le Royaume-Uni et l’UE.
Prévu pour entrer en vigueur à la mi-2027, cette législation exige que le Royaume-Uni aligne ses normes agricoles, de sécurité alimentaire et environnementales sur celles de l’UE.
Cette harmonisation aura des répercussions sur les fournisseurs d’ingrédients, les fabricants, les détaillants et les laboratoires d’essai, actualisant les exigences pour de nombreux sujets réglementaires, incluant les contaminants, les aliments innovants et le marketing.
Points importants à retenir
- Des ingrédients comme la berbérine et l’acide hydroxycitrique sont sous étude pour leur sécurité.
- De nouvelles restrictions s’appliquent aux hydrocarbures minéraux, impactant le secteur des suppléments.
- La réglementation sur les emballages et déchets désigne des normes strictes à adopter d’ici 2030.
- Le CBD continue d’être un sujet délicat, avec de nombreux rejets dans le domaine des aliments innovants.
- La mise à jour biannuelle des listes QPS facilite les démarches pour les nouveaux ingrédients.
En prenant en compte ces évolutions, je me demande comment l’industrie des compléments alimentaires pourra s’adapter à ces exigences croissantes. La balance entre respect des normes et innovation posera certainement des défis aux acteurs du marché, et il sera intéressant de voir comment chacun répondra à ces enjeux. S’engager dans une voie responsable tant au niveau de la qualité que de la durabilité pourrait s’avérer déterminant pour l’avenir de l’industrie.





