La malnutrition infantile en Afrique du Sud a des conséquences profondes qui s’étendent tout au long de la vie. Par exemple, le retard de croissance, ou le fait d’être plus petit que la moyenne pour leur âge, compromet le développement physique des enfants ainsi que leur croissance cérébrale, limitant ainsi leurs perspectives éducatives et professionnelles.
Les enfants souffrant de retard de croissance et ceux en surpoids courent un risque accru de développer des maladies non transmissibles telles que l’obésité, le diabète et l’hypertension. Ces conditions imposent un fardeau énorme, et croissant, au système de santé sud-africain.
Par conséquent, la malnutrition infantile contribue à faire perdurer un cycle intergénérationnel de pauvreté et de mauvaise santé, avec un coût élevé pour les enfants, leurs familles et la société sud-africaine dans son ensemble.
Alors que l’Afrique du Sud produit surplus de nourriture, des enfants meurent de faim. Les décès dus à une malnutrition aiguë sévère ne représentent qu’une partie visible d’une crise plus large.
À l’Institut des enfants de l’Université du Cap, nous travaillons depuis plus de vingt ans à étudier l’état de santé des enfants en Afrique du Sud, y compris en matière de nutrition. Nous plaidons pour des réformes législatives visant à protéger leurs droits et proposons des cours sur les droits des enfants destinés aux professionnels de la santé.
Au fil des ans, nos recherches ont mis en lumière la violence lente de la malnutrition subie par cette population vulnérable. Notre site « Children Count », un projet de données en cours, analyse des indicateurs clés affectant les enfants d’Afrique du Sud et souligne une détérioration de la situation.
Un fardeau croissant
Plus d’un enfant sud-africain sur quatre souffre de retard de croissance, un taux qui reste désespérément élevé depuis des décennies. Il est tout aussi préoccupant de constater l’augmentation rapide de l’obésité infantile, affectant également un enfant sur quatre. Ces taux ont presque doublé depuis 2016, passant de 13 % à 22,3 %.
Toutefois, le problème n’est pas insurmontable. Une intervention précoce est essentielle.
Les recherches montrent que l’exposition à la malnutrition durant les 1 000 premiers jours de vie (de la conception au deuxième anniversaire) peut avoir des effets irréversibles sur la santé et le développement à long terme. Agir tôt pour garantir une nutrition optimale peut réduire le fardeau des maladies non transmissibles, renforcer le capital humain et stimuler le développement économique.
Sur la base de nos recherches, nous avons formulé cinq suggestions politiques.
Les causes profondes
Pour concevoir des solutions efficaces, il est nécessaire de s’attaquer aux causes profondes, en dépassant le comportement individuel. De nombreux enfants vivent dans des foyers confrontés à une grave insécurité alimentaire, où les aidants sautent des repas pour protéger leurs enfants de la faim.
Près de 40 % des enfants vivent en dessous du seuil de pauvreté alimentaire, dans des ménages dont le revenu par habitant est inférieur à 855 R (52 $ US) par mois, ou 29 R (1,77 $ US) par jour. Ce montant est insuffisant pour répondre aux besoins nutritionnels fondamentaux des enfants, sans parler d’une alimentation équilibrée et riche en nutriments.
Parallèlement, les grandes entreprises agroalimentaires inondent le marché sud-africain de produits ultra-transformés, riches en sucre, sel et graisses saturées, mais pauvres en nutriments. Ces produits contribuent à la montée rapide de l’obésité. De nombreux enfants vivent dans des « déserts alimentaires », où les aliments sains sont inaccessibles ou coûteux.
Ces violations des droits des enfants à une nutrition de base font l’objet d’une enquête menée par la Commission sud-africaine de droits de l’homme. Lors de la première série d’auditions publiques en mars 2026, mes collègues et moi avons demandé à la commission de placer les enfants au centre de son enquête publique sur le système alimentaire. La deuxième série d’auditions (6-10 juillet 2026) a mis en lumière les rôles et responsabilités des grands détaillants.
Que faut-il faire ?
La malnutrition infantile est un problème complexe qui nécessite un effort sociétal collectif pour garantir que les aliments sains soient à la fois disponibles et abordables.
Investir dans la santé et la nutrition maternelles est primordial. La grossesse est une période de besoins nutritionnels accrus, où l’insécurité alimentaire menace la santé de la mère et de l’enfant à naître. C’est pourquoi la société civile appelle à la création d’une aide sociale pour les mères, à partir du deuxième trimestre de grossesse, qui se transformerait automatiquement en aide à l’enfance après la naissance.
Il est également urgent d’améliorer l’alimentation des nourrissons et jeunes enfants. L’allaitement, l’un des moyens les plus efficaces pour prévenir la malnutrition, est pratiqué exclusivement par un enfant sur cinq (0-6 mois) en Afrique du Sud. De plus, un enfant sur quatre seulement (6-12 mois) a accès à un régime alimentaire acceptable. Le système de santé doit jouer un rôle crucial pour soutenir les mères qui allaitent.
Le soutien nutritionnel doit se poursuivre tout au long de la vie. Les écoles et les programmes de développement de la petite enfance sont des canaux essentiels pour offrir un repas quotidien aux enfants. Le Programme national de nutrition scolaire touche plus de 9 millions de bénéficiaires.
La seule aide fournissant une nutrition à grande échelle aux jeunes enfants est la prestation de soutien à l’enfance, mais sa valeur actuelle (580 R par mois, ou 35 $ US) est dévaluée par l’inflation alimentaire.
Réglementer l’industrie alimentaire est également crucial : augmenter les taxes sur les boissons sucrées ; étiqueter clairement les aliments riches en sel, sucre et graisses ; et interdire leur publicité destinée aux enfants.
En agissant ainsi, l’Afrique du Sud peut commencer à créer des environnements alimentaires plus sains, facilitant ainsi des choix alimentaires sains pour les enfants et leurs familles. Nous espérons que la commission établira des recommandations claires afin d’empêcher l’industrie alimentaire de profiter au détriment de la santé de nos plus jeunes et plus vulnérables enfants.
Points importants à retenir
- La malnutrition infantile en Afrique du Sud est complexe et interconnectée.
- Une intervention précoce dans les 1 000 premiers jours de vie est cruciale.
- De nombreux enfants vivent dans des foyers en situation d’insécurité alimentaire.
- L’accès à une alimentation saine est encore trop limité en raison des déserts alimentaires.
- Des réformes politiques et des investissements dans la santé maternelle et infantile sont nécessaires.
En somme, la lutte contre la malnutrition infantile engage notre responsabilité collective. Comment nous, en tant que société, pouvons-nous agir concrètement pour changer cette réalité ? Réfléchissons ensemble aux solutions durables qui pourraient transformer la vie de millions d’enfants et de familles en Afrique du Sud.





