Ajouter de nouveaux livres à votre liste de lectures cette année ? Vous êtes en train de « booksmaxxer ». Intégrer davantage d’aliments riches en fibres dans votre régime alimentaire ? C’est du « fibermaxxing ». Modifier votre apparence dans l’espoir de devenir plus séduisante ? On parle de « looksmaxxing ».
Le temps du minimum syndical est révolu — sauf si vous êtes en mode « relaxmaxxing », bien sûr. Sur les réseaux sociaux, le suffixe “maxxing” est omniprésent ; il est utilisé pour décrire le phénomène d’optimisation dans divers domaines comme la santé, l’intelligence ou d’autres aspects du développement personnel.
Cette tendance de « maxxing » coïncide avec un boom dans l’industrie du bien-être. Selon des estimations du Global Wellness Institute, le marché mondial pourrait atteindre près de 10 trillions de dollars d’ici 2030. Les marques suivent de près les optimisations recherchées par les consommateurs. Les entreprises alimentaires proposent désormais une variété de produits riches en fibres, allant du popcorn aux sodas. Pour ceux qui cherchent à améliorer leur sommeil, de plus en plus de compléments et de soins de la peau promettent d’améliorer la qualité et la durée du sommeil.
La tendance du « maxxing » suggère qu’il ne s’agit pas simplement de faire une activité, mais d’en accélérer les bénéfices, que ce soit en matière d’intelligence, de santé ou d’autres domaines. Cela suscite des préoccupations chez certains experts en santé mentale — notamment pour ceux d’entre nous investis dans le bien-être.
« Agir de façon extrême peut nuire à d’autres aspects de votre vie », prévient Billie Dunlevy, psychothérapeute au Royaume-Uni. « Ce n’est évidemment pas sain et n’est pas quelque chose que tout professionnel de santé mentale agréé pourrait défendre. »
« On vise l’optimisation, mais le risque vient du fait d’en faire trop », ajoute Jennifer Hartstein, psychologue clinicienne à New York.
‘Maxxing’ peut être nuisible sans approche adéquate, selon les experts
Selon Dunlevy et Hartstein, chercher à améliorer sa santé est fondamentalement positif. Cependant, la manière de poursuivre ces objectifs demande discernement. « Il est acceptable d’être passionné par quelque chose », reconnaît Dunlevy, « mais la tendance du ‘maxxing’ véhicule un idéal perfectionniste qui ne repose pas sur la réalité. »
Le « looksmaxxing », qui consiste souvent à tenter de sculpter sa mâchoire et à modifier d’autres traits faciaux pour paraître plus conventionnellement attirant, est particulièrement préoccupant, selon Dunlevy. Une recherche agressive de transformation physique peut entraîner des dysmorphies corporelles ou d’autres problèmes d’image corporelle chez des individus peu à risque. Des pratiques telles que l’utilisation de stéroïdes et la mastication de chewing-gums durs peuvent même causer des dommages physiques, en particulier chez les adolescents qui suivent cette tendance.
Même dans des quêtes plus saines, il est déconseillé de transformer un loisir en une corvée en se fixant des objectifs trop rigides.
Ne soyez pas trop dur avec vous-même si vous vous êtes fixé l’objectif de voir sept films pendant le week-end et que vous n’en avez regardé que quatre, rappelle Hartstein. Être trop attaché à des buts spécifiques peut « déclencher un sentiment de honte et entraîner une spirale négative », explique-t-elle. « Le plus grand risque du ‘maxxing’ est qu’il peut en réalité alimenter l’anxiété et la dépression… si cela ne fonctionne pas comme prévu ou si l’on échoue. »
Se concentrer trop sur ses objectifs peut vous faire négliger d’autres domaines de votre vie, y compris vos relations, avertit Hartstein. Certains adeptes de ces tendances peuvent éprouver des difficultés à ressentir de la satisfaction, même lorsqu’ils atteignent leurs objectifs, car ils tombent dans un cycle de recherche incessante de nouveaux accomplissements, plutôt que de célébrer ce qu’ils ont déjà réalisé, explique Dunlevy.
« Même lors d’une réalisation qui a pu être difficile, ils n’éprouvent pas de satisfaction particulièrement marquée. Ils passent rapidement à autre chose, et ainsi de suite », observe Dunlevy. Un bilan régulier et des discussions avec vos proches peuvent vous aider à évaluer si vos approches de développement personnel sont saines. Si vous constatez des comportements obsessionnels et malsains, n’hésitez pas à solliciter l’aide d’un professionnel de la santé mentale, conseille-t-elle.
Clarifiez votre ‘pourquoi’ et faites preuve de bienveillance envers vous-même
Il n’est pas étonnant que de plus en plus de personnes tentent de « maxxer », surtout dans un monde où l’incertitude et la peur autour des enjeux économiques, politiques et environnementaux sont omniprésentes.
« Tout semble accablant et chaotique. Se concentrer sur une seule chose peut donner un sentiment de stabilité », explique Hartstein.
Cependant, il est possible d’améliorer certains aspects de sa vie sans se mettre trop de pression. Commencez par vous interroger sur vos motivations réelles. Hartstein propose plusieurs questions, telles que :
- « Quel objectif puis-je me fixer ? »
- « Quel objectif est raisonnable pour moi ? »
Ce qui fonctionne pour les autres ne fonctionnera pas nécessairement pour vous. Si votre emploi du temps ne vous permet pas d’aller à la salle de sport quatre fois par semaine, visez un nombre plus réaliste afin de maximiser vos chances de succès. « Demandez-vous : si personne ne pouvait voir vos résultats, continueriez-vous avec autant d’ardeur ? » souligne Dunlevy. « Beaucoup de cette dynamique repose sur les apparences. »
La quête d’automatisation self-optimisée peut être d’autant plus stressante lorsque l’on fait face à des situations de vie difficiles, comme l’insécurité professionnelle, le deuil ou des conflits relationnels, précisent Dunlevy et Hartstein. Les activités et pursuits les plus saines sont celles dont on peut faire une pause et reprendre plus tard, selon leurs建议.
Points importants à retenir
- Le « maxxing » peut apporter une certaine motivation à ceux qui cherchent à s’améliorer, mais il doit être abordé avec prudence.
- Mentaliser les objectifs et garder un équilibre est essentiel pour éviter l’épuisement.
- Se concentrer sur la qualité des nouvelles habitudes plutôt que sur la quantité peut favoriser un bien-être durable.
- Il est judicieux de se rappeler que les réalisations doivent être célébrées, peu importe leur taille.
- Les hauts niveaux de pression pour se conformer à des idéaux peuvent engendrer des effets nuisibles sur la santé mentale.
En définitive, il est crucial de s’interroger sur nos motivations et de se donner la permission d’échouer ou de ralentir. Cela ne signifie pas délaisser ses ambitions, mais plutôt adopter une approche plus responsable et bienveillante envers soi-même. Je vous invite à réfléchir à votre parcours : à quoi cela ressemble-t-il pour vous, et comment pouvez-vous en faire une expérience enrichissante plutôt que stressante ?





