Nombre d’entre nous souhaitent conserver une bonne santé mentale en vieillissant, ce qui a conduit à une augmentation de l’intérêt pour les compléments destinés à la santé cérébrale. Parmi ceux-ci, on trouve des capsules d’huile de poisson et des postbiotiques, des composés bénéfiques produits par les bonnes bactéries intestinales lorsqu’elles digèrent des fibres alimentaires.
Cependant, évaluer l’efficacité de ces produits est complexe. Une étude a révélé que l’utilisation de suppléments d’oméga-3 pouvait être associée à un déclin cognitif plus rapide chez les personnes âgées. Les chercheurs ont analysé cinq années de données provenant de l’Initiative de Neuroimagerie de la Maladie d’Alzheimer et ont découvert un déclin plus marqué dans plusieurs tests cognitifs chez ceux prenant des suppléments par rapport à ceux qui n’en prenaient pas. Les IRM cérébrales ont également montré un métabolisme du glucose réduit dans certaines zones vulnérables du cerveau, indiquant une diminution de l’utilisation de leur source d’énergie principale.

Cette étude ne peut pas prouver que les suppléments sont responsables de ces différences. Elle est basée sur l’observation et compare des participants ayant choisi de prendre des suppléments avec ceux ne le faisant pas, sans assignation au hasard des groupes.
Les résultats ne signifient pas que la consommation de poisson soit nuisible. Des recherches antérieures sur les oméga-3 ont donné des résultats variés, et les suppléments ne doivent pas être considérés comme un substitut à une alimentation équilibrée. Une méta-analyse de 2023 a d’ailleurs trouvé une connexion entre l’apport d’oméga-3 par l’alimentation et un risque réduit de démence.
Une autre étude récente a mis en évidence un aspect différent de ce problème. Dans un essai contrôlé randomisé, les chercheurs ont découvert qu’une prise quotidienne de multivitamines pendant deux ans était associée à un ralentissement modeste des changements biologiques liés au vieillissement, connus sous le nom d’horloges épigénétiques. Cependant, les auteurs ont souligné que davantage de recherches étaient nécessaires pour déterminer si ces petits changements entraînent des bénéfices concrets pour la santé.
Les études mentionnées soulignent un problème central dans la recherche sur les suppléments. Un produit peut avoir un impact sur le corps ou le cerveau sans nécessairement entraîner une amélioration discernable du fonctionnement quotidien.
Examiner au-delà des scores
Une approche consiste à vérifier si les individus obtiennent de meilleurs résultats dans des tests cognitifs après avoir pris un supplément. Les évaluations cognitives numériques offrent une méthode pratique pour mesurer certains aspects de la fonction cognitive. Cela dit, elles nécessitent une validation et une interprétation méticuleuses.
Les tests cognitifs peuvent aussi se révéler peu sensibles, notamment lorsque les chercheurs étudient des adultes en bonne santé déjà performants. Il est possible de réussir à deux reprises un même test tout en ayant des modalités cérébrales différentes. Une performance stable pourrait parfois traduire la capacité du cerveau à s’adapter.
Les chercheurs s’intéressent de plus en plus à la manière dont le cerveau maintient ses performances au fil du temps. Notre essai sur le meilleur cerveau vise à explorer si des suppléments ou d’autres produits nutritionnels peuvent influencer le soutien cognitif du cerveau, même lorsqu’aucune amélioration n’est immédiatement visible sur un test standard. Les résultats sont encore en cours d’analyse.
Dans notre étude randomisée, à double insu et contrôlée par placebo, des adultes de plus de 55 ans ont pris des combinaisons de suppléments ou des placebos pendant 60 jours. Ils ont réalisé des tâches examinant la mémoire de travail et l’attention, tandis que leur activité cérébrale était enregistrée via électroencéphalographie (EEG).
Les participants ont effectué une tâche n-back, en répondant lorsqu’une lettre correspondait à une lettre affichée précédemment, ainsi que la tâche de Stroop, qui demande de se concentrer sur une caractéristique tout en ignorant un indice contradictoire.
Les chercheurs peuvent confronter les résultats et les temps de réaction aux petites variations d’activité cérébrale. Cependant, il leur reste à établir la fiabilité de ces changements, leur répétabilité et leur association à des résultats impactant concrètement la vie des participants.
Au-delà du cerveau
La nutrition influence l’ensemble du corps, et celui-ci communique avec le cerveau à travers le métabolisme, l’inflammation, les vaisseaux sanguins, les hormones et l’axe intestin-cerveau.
Notre essai sur le meilleur cerveau utilise également la métabolomique, une technique qui analyse les petites molécules présentes dans des échantillons biologiques comme le sang. Cela pourrait aider à explorer les différences de réponse aux interventions selon les individus.
Les études rapportent souvent un résultat moyen, mais celui-ci peut masquer une variation significative. Cette technique pourrait ainsi faire émerger des schémas nécessitant des études plus larges. Toutefois, elle ne prouve pas à elle seule qu’un supplément améliore la mémoire ou protège le cerveau.
Chaque méthode apporte une partie du tableau. Un supplément ne devrait pas être commercialisé comme un soutien à la mémoire simplement parce qu’il change un biomarqueur. Les chercheurs doivent s’assurer qu’un effet est robuste, qu’il perdure et qu’il se traduit par un bénéfice concret.
Pour les consommateurs, la prudence est de mise. Les suppléments ne doivent pas être considérés comme raccourcis vers une meilleure santé mentale. Les preuves soutenues par la Commission du Lancet de 2024 sur la prévention de la démence mettent en avant l’importance de l’activité physique, des contacts sociaux et de la gestion des risques de santé à long terme.
Points importants à retenir
- L’efficacité des compléments pour la santé cérébrale reste sujette à débat, avec des études montrant des résultats mixtes.
- La consommation de poisson est bénéfique, et les suppléments d’oméga-3 ne doivent pas remplacer une alimentation variée.
- Les recherches sur les suppléments doivent se concentrer sur des résultats tangibles pour la vie quotidienne des individus.
- Des méthodes comme l’électroencéphalographie permettent d’évaluer plus finement les impacts cognitifs des suppléments.
- La santé cérébrale est influencée non seulement par l’alimentation, mais aussi par des facteurs variés comme l’inflammation et l’activité physique.
En réfléchissant à ces éléments, je me demande : sommes-nous réellement conscients de l’impact de notre alimentation et des suppléments sur nos fonctions cognitives ? Plutôt que de chercher des solutions rapides, ne devrions-nous pas nous concentrer sur des habitudes de vie durables qui soutiennent notre santé mentale à long terme ? Cette question pourrait ouvrir la voie à un engagement plus profond envers notre bien-être global.





