Un complément pour les douleurs articulaires pourrait accélérer la perte de mémoire liée à Alzheimer

Un complément pour les douleurs articulaires pourrait accélérer la perte de mémoire liée à Alzheimer

Une étude récente révèle que les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer qui prennent de la glucosamine, un complément largement utilisé pour soulager les douleurs articulaires, présentent un risque accru de décès de 25 % dans les cinq ans, par rapport à celles qui n’en prennent pas.

La glucosamine est une molécule de sucre vendue sans ordonnance. Elle est prise chaque année par plus de 40 millions d’Américains. La recherche a également montré que la glucosamine affecte les personnes au stade précoce de la perte de mémoire, un état connu sous le nom de déclin cognitif léger. Chez ces individus, la prise de glucosamine a été associée à une probabilité de progression vers l’Alzheimer à hauteur de 25 %.

Notre analyse, réalisée sur des dossiers médicaux anonymisés du système de santé de l’Université de Floride, a inclus 24 000 patients atteints de démence et 41 000 présentant un déclin cognitif léger, comparant les utilisateurs de glucosamine et ceux qui n’en prenaient pas.

Comparaison des tissus cérébraux
Cette étude a analysé les niveaux de métabolites, lipides et glycans dans des échantillons de tissus cérébraux de personnes atteintes ou non d’Alzheimer. (Hawkinson et al., Nat. Metab, 2026)

Nous avons également mené des expériences sur des souris ayant des symptômes similaires à ceux de l’Alzheimer pour comprendre le mécanisme potentiel par lequel la glucosamine pourrait affecter le cerveau. Les résultats indiquent que bloquer l’enzyme responsable de la production de sucres comme la glucosamine améliore les symptômes de démence chez les souris. En revanche, l’administration de glucosamine à ces mêmes souris aggrave la perte de mémoire.

Importance de cette recherche

La Food and Drug Administration (FDA) classifie la glucosamine comme un complément alimentaire, ce qui permet une vente libre. Bien que la glucosamine soit considérée comme non essentielle, de nombreuses personnes continuent à l’utiliser en raison de témoignages anecdotiques sur ses bienfaits pour la santé articulaire.

Glucosamine dans un tube
Les suppléments peuvent avoir des effets secondaires inattendus. (Ridofranz/Getty Images)

Depuis plus de dix ans, notre équipe étudie comment le cerveau utilise les sucres et comment ce processus dysfonctionne chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Un problème moins connu est l’accumulation de sucres sur les cellules cérébrales et les protéines, appelé hyperglycosylation. Ce phénomène perturbe les fonctions cognitives et contribue à la perte de mémoire.

Étant donné que 7,2 millions d’Américains âgés de 65 ans et plus vivent avec cette maladie, nous avons supposé que nombre d’entre eux prenaient de la glucosamine pour leur santé articulaire, ce qui pourrait contribuer à un déclin cognitif.

Hyperglycosylation
L’accumulation de molécules sucrées dans les tissus cérébraux progresse avec la gravité de la maladie d’Alzheimer, comme le montrent ces analyses d’échantillons humains. (Hawkinson et al., Nat. Metab, 2026)

Alors que des études précédentes ont associé la consommation de glucosamine à un risque de démence réduit chez des adultes cognitivement sains, nos résultats nuancent ces conclusions. Si la glucosamine paraît sans danger pour un cerveau en bonne santé, elle pourrait être néfaste pour ceux déjà en déclin cognitif.

Ce qui reste à éclaircir

Étant donné que notre étude repose sur des dossiers de patients plutôt que sur une expérience contrôlée, elle ne peut pas prouver que la glucosamine cause un déclin cognitif, mais seulement qu’il existe une association. Pour établir un lien de causalité, une étude randomisée serait nécessaire, mais cela poserait des questions éthiques.

Par ailleurs, nous ne savons pas encore si les effets néfastes de la glucosamine dépendent de la dose, de la marque du supplément ou de sa durée d’administration. De plus, l’application de ces résultats à d’autres formes de démence reste à définir.

Prochaines étapes

Un essai clinique pourrait explorer si l’arrêt de la glucosamine ralentit le déclin cognitif chez de nombreux patients. Nous prévoyons également de tester des composés bloquant les molécules N-glycans pour potentiellement ralentir ou inverser la maladie d’Alzheimer.

Points importants à retenir

  • La glucosamine est largement utilisée, mais ses effets chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer soulèvent des inquiétudes.
  • Des études antérieures ont mis en avant des effets bénéfiques chez des individus sains, mais nos résultats montrent le potentiel de risque pour d’autres.
  • Il reste à déterminer les mécanismes d’action spécifiques de la glucosamine et la durée de son impact sur la fonction cognitive.
  • La recherche sur des alternatives à la glucosamine pourrait ouvrir de nouvelles voies pour comprendre la démarche thérapeutique à adopter en cas de démence.

À cette réflexion, je me demande combien de personnes prennent des décisions basées sur des conseils non vérifiés. La santé est un domaine où l’expertise et le bon sens doivent prédominer, mais la complexité des interactions biologiques nous oblige à être prudents. Comment pouvons-nous garantir que des traitements que nous considérons comme inoffensifs ne s’avèrent pas préjudiciables ? Il est essentiel de continuer à interroger et à rechercher pour protéger notre santé cognitive.



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