Les températures grimpent et c’est le moment de l’année où l’on est souvent tenté d’ajouter des boissons gazeuses à notre panier. Mais à quel prix ? L’instauration de la Taxe sur les Boissons Sucrées en 2018 devait, en théorie, nous amener à réfléchir à notre consommation de ces boissons.
Les fournisseurs de boissons contenant entre cinq et huit grammes de sucre par 100 ml paient un supplément de 5 centimes pour une canette de 330 ml. Pour celles contenant plus de huit grammes, ce montant augmente à 8 centimes par canette.
Mais cette taxe sur le sucre a-t-elle vraiment eu un impact sur le prix des boissons gazeuses ? En visitant le rayon des boissons dans nos supermarchés, constate-t-on que les boissons sucrées coûtent plus cher ?
Le Dr Frank Houghton, de l’Université Technologique de Shannon, a dirigé une équipe de chercheurs qui a surveillé les prix des boissons gazeuses à travers l’Irlande. Selon lui, « nous avons constaté que dans les supermarchés, 60 % des produits concernés par la taxe n’affichaient aucune différence de prix. Dans les établissements publics comme les cafés ou les hôtels, la situation était encore plus évidente, puisque 88 % du temps, les prix restaient les mêmes. »

Les consommateurs dépensent plus pour les boissons gazeuses qu’au début de la mise en place de la taxe, mais les types de boissons achetées évoluent. Emer Healy, directrice chez Kantar Worldpanel, souligne un changement significatif vers les boissons faibles en sucre ou sans sucre. « Depuis l’introduction de la taxe, la croissance des sodas light et diététiques a considérablement accéléré. En 2026, la nation dépense plus de 320 millions d’euros en boissons gazeuses, dont près de 54 % des ventes proviennent des options light et diététiques. »
Certaines marques ont réduit leur teneur en sucre, échappant ainsi à la taxe. Le Conseil Irlandais des Boissons, représentant l’industrie des boissons, rejette les appels à lier la taxe à l’inflation. « Le secteur des boissons a activement réduit le sucre dans ses produits depuis plus de deux décennies. Cela est en réponse à l’évolution du marché », estime Robert Kiernan, directeur du Conseil Irlandais des Boissons. « Les consommateurs irlandais modifient leurs habitudes de consommation, s’orientant vers les catégories faibles en sucre bien avant la taxe. »
Cependant, le Dr Houghton prévient que bien que certaines boissons aient moins de sucre, les volumes consommés peuvent être plus élevés, car les formats de produits augmentent. « Nos préoccupations demeurent, car même si la concentration de sucre a diminué, le volume a augmenté. Si l’on achète une canette de 500 ml, une partie des bénéfices est perdue. »
Les derniers chiffres publiés par le fisc montrent que la taxe sur le sucre a généré plus de 233 millions d’euros depuis son introduction, rapportant environ 30 millions par an à l’État.
La Fondation Cardiaque Irlandaise appelle depuis longtemps à renforcer et à étendre cette taxe, souhaitant que les fonds soient affectés à des initiatives favorisant une alimentation saine dans les zones où l’obésité est la plus préoccupante. « Cet argent devrait être investi dans des subventions pour des fruits et légumes afin d’aider les familles, particulièrement les communautés défavorisées », avance Mark Murphy de la Fondation.
Points importants à retenir
- La Taxe sur les Boissons Sucrées a été mise en place pour réduire la consommation de sodas sucrés.
- 60 % des produits dans les supermarchés n’ont pas affiché de hausse de prix liée à la taxe.
- Dans les lieux de consommation, 88 % des prix sont restés stables malgré la taxe.
- La consommation de sodas light et diététiques a considérablement augmenté.
- Les marques modifient leurs recettes pour réduire la teneur en sucre et éviter la taxe.
- Le fisc a collecté plus de 233 millions d’euros grâce à cette taxe depuis son introduction.
La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si cette taxe est véritablement efficace pour changer les habitudes des consommateurs. À mon sens, même si les chiffres montrent une baisse de la concentration en sucre, il semble que la consommation semble s’orienter vers des formats plus grands. Ainsi, il sera intéressant de suivre l’évolution de nos comportements face à ces nouvelles stratégies commerciales et à leurs impacts sur notre santé. Comment le secteur de l’alimentation réagira-t-il face à ces enjeux majeurs en matière de santé publique ?





