Pourquoi continuons-nous à consommer des aliments ultra-transformés ?
Les aliments ultra-transformés (UPF) représentent les nourritures les plus transformées sur le marché. Selon la revue médicale Lancet, ils sont élaborés à partir d’ingrédients bon marché extraits ou dérivés d’aliments entiers, agrémentés d’additifs, mais contiennent finalement très peu de matières premières.
Ces produits, souvent très packagés et commercialisés, sont majoritairement fabriqués par de grandes entreprises internationales.
Cependant, une alimentation riche en UPF est liée à divers problèmes de santé graves, tels que le surpoids, le diabète de type 2, l’hypertension, les maladies cardiaques, certains cancers, les maladies rénales chroniques et même la dépression, sans oublier le risque d’une mortalité précoce.
Notre recherche s’est penchée sur les raisons pour lesquelles nous continuons de privilégier ces aliments, malgré leur impact négatif sur la santé. Nous avons donc pris du recul pour explorer le système qui conçoit, produit et commercialise les UPF, et comment notre nature humaine interagit avec ce système.
Nous avons passé en revue une décennie de recherches publiées sur la science alimentaire et le marketing des UPF, avant de collaborer avec des experts pour créer des diagrammes systémiques qui illustrent le fonctionnement de ce mécanisme.
Ces schémas, appelés “diagrammes de boucle causale”, mettent en lumière des boucles de rétroaction renforçantes qui conduisent systématiquement à l’augmentation des ventes d’UPF.
Des produits conçus pour une consommation maximale
Une des boucles de rétroaction concerne l’utilisation de combinaisons d’ingrédients addictifs, notamment des glucides raffinés et des graisses. Sur le plan biologique, ces éléments activent différentes voies de récompense entre l’intestin et le cerveau. Leur consommation conjointe engendre des effets addictifs.
Ces ingrédients peuvent être mélangés à des concentrations variées pour atteindre des “sweet spots” sensoriels, maximisant ainsi le plaisir tout en minimisant les réactions négatives.
Des méthodes de transformation sont également mises en œuvre pour tromper notre instinct naturel de satiété ou pour accélérer la digestion, offrant un sentiment d’« récompense » éphémère et incitant à en consommer davantage rapidement.
Stratégies de marketing des UPF
Sur le plan marketing, ces produits sont formulés pour être facilement stockés et consommés, tout en attirant l’attention sur leur bon rapport qualité-prix.
Différentes techniques de promotion cherchent à capturer l’attention des consommateurs et à créer l’illusion de santé. Certaines stratégies, particulièrement destinées aux enfants, font appel à la culture populaire pour évoquer des notions de plaisir et de modernité.
Une autre boucle de rétroaction est celle selon laquelle les entreprises recueillent d’importantes quantités de données sur nos habitudes d’achat et notre vie en ligne, permettant un marketing ciblé sur les réseaux sociaux, ce qui favorise encore plus les achats.

Globalement, nous avons identifié 11 boucles de rétroaction distinctes. Notre recherche est la première à dévoiler ce réseau comme partie intégrante du système UPF, conçu pour piéger les consommateurs, les incitant à acheter et à consommer davantage, au détriment d’options plus saines.
Que faire ?
Une alimentation riche en UPF n’est pas simplement le résultat d’un choix personnel ou d’une faiblesse de volonté, mais d’un système délibérément structuré.
Notre recherche met en lumière comment le système UPF exploite en particulier les enfants. Des experts internationaux considèrent les UPF comme un problème de santé publique mondial et conseillent des politiques gouvernementales fermes pour réguler ces produits.
D’autres régions du monde, notamment en Amérique Latine, ont déjà pris des mesures. La Nouvelle-Zélande pourrait s’inspirer de ces exemples, en instaurant des taxes sur les UPF et les boissons sucrées, en limitant leur publicité à destination des enfants, ainsi qu’en favorisant un étiquetage clair et transparent.
Il est primordial de ne pas rester passif. Le système alimentaire doit être rééquilibré pour nourrir convenablement la population, maintenant et à l’avenir.
Points importants à retenir
- Les UPF sont souvent fabriqués à partir d’ingrédients à bas coût, avec un faible contenu en aliments entiers.
- Une consommation élevée de ces produits est liée à divers problèmes de santé.
- Des éléments biologiques contribuent à leur caractère addictif.
- Le marketing des UPF est stratégiquement conçu pour attirer les consommateurs, y compris les enfants.
- Des politiques de régulation pourraient aider à limiter leur consommation.
À travers cette analyse, on comprend mieux les mécanismes qui sous-tendent notre relation avec la nourriture. Il devient évident que pour changer nos habitudes alimentaires, des efforts collectifs sont indispensables. Comment pouvons-nous, en tant que société, repenser notre rapport à l’alimentation et à notre santé ? C’est un défi qui mérite notre attention et notre engagement.





