Alimentation ultra-transformée : un impact sur le développement comportemental des enfants, selon une étude canadienne

Alimentation ultra-transformée : un impact sur le développement comportemental des enfants, selon une étude canadienne

Imaginez le contenu d’une boîte à lunch typique d’un enfant canadien. Que voyez-vous ? Peut-être un Thermos de macaronis au fromage, un sandwich à la moitié d’un muffin anglais, des craquelins en forme de poisson et des barres de granola.

Peu importe le mélange, il y a de fortes chances qu’une grande partie soit composée d’aliments ultra-transformés, une catégorie alimentaire qui envahit les régimes des enfants et qui est considérée comme “une des menaces les plus urgentes mais peu adressées à la santé humaine au 21ème siècle”, selon une récente publication dans le journal médical The Lancet.

Des chercheurs s’intéressent maintenant à la manière dont ces aliments ultra-transformés pourraient contribuer à divers problèmes de santé, allant de l’obésité et du diabète à l’anxiété et à la dépression. Cette semaine, des chercheurs canadiens ont publié une étude sur leur rôle potentiel dans un autre enjeu de santé croissant : les troubles comportementaux chez les enfants.

Cette étude, publiée dans JAMA Network Open, a analysé des données provenant de 2 077 enfants à travers le Canada, en examinant en détail leurs régimes alimentaires à l’âge de trois ans et leur comportement à cinq ans.

La Globe and Mail a échangé avec Kozeta Miliku, professeure adjointe à l’Université de Toronto et auteure principale de l’étude, pour en savoir plus sur les résultats des recherches.

Tout le monde parle d’aliments ultra-transformés, mais beaucoup de gens ne savent pas comment les définir. Que sont exactement les aliments ultra-transformés ?

C’est une question très pertinente, car même nous, chercheurs, avons parfois du mal à les définir. En termes simples, les aliments ultra-transformés sont des produits formulés industriellement, composés principalement d’ingrédients raffinés et d’additifs que nous n’utiliserions généralement pas en cuisine. Par exemple : les boissons sucrées, les snacks emballés, les nouilles instantanées, les céréales sucrées et de nombreux plats prêts à consommer.

Y a-t-il des exemples d’aliments ultra-transformés qui pourraient surprendre ?

Le pain emballé que nous achetons au supermarché. Le yaourt aromatisé. La majorité des barres de granola.

Nous savons combien d’aliments ultra-transformés consomment les enfants canadiens ?

Chez les enfants d’âge préscolaire – soit les trois ans – les aliments ultra-transformés représentent presque la moitié des calories qu’ils consomment. Nous avons également une étude à venir qui montre que pour certains enfants, ce pourcentage grimpe jusqu’à 80 %. C’est alarmant.

Que dit la littérature sur les liens entre les aliments ultra-transformés et les problèmes de comportement ?

C’est ce qui nous a incités à étudier cette question, car il y a déjà beaucoup d’études reliant les aliments ultra-transformés à de nombreux problèmes de santé physique et métabolique. Mais nous manquions d’informations sur le comportement des enfants. C’est l’une des premières études à examiner aussi tôt dans la vie les résultats comportementaux.

Que révèle votre étude ?

Les enfants qui consomment davantage d’aliments ultra-transformés ont tendance à afficher des scores légèrement plus élevés en matière de difficultés comportementales et émotionnelles. Cela inclut des comportements internes, tels que l’anxiété ou le retrait, et des comportements externes, comme l’hyperactivité ou l’agressivité.

Nous avons également essayé d’estimer les effets d’un remplacement partiel des aliments ultra-transformés par des aliments peu transformés. Nous avons observé des scores de difficultés comportementales plus bas, ce qui signifie de meilleurs résultats comportementaux. Bien que ces effets soient modestes et que cette étude soit simplement observationnelle, cela suggère que l’alimentation de la petite enfance peut jouer un rôle dans le développement comportemental des enfants.

Les résultats vous ont-ils étonnée ?

J’ai été surprise de constater que même un petit changement dans le régime alimentaire peut améliorer les résultats comportementaux – remplacer seulement 150 kilocalories, soit l’équivalent d’une barrette de granola, par des fruits et légumes entiers. C’est un message important qui indique que même de petits ajustements dans l’alimentation des enfants peuvent favoriser un développement comportemental plus sain.

Certains aliments sont-ils plus fortement associés aux problèmes de comportement ?

Oui. Nous avons constaté que les boissons sucrées sont principalement liées aux résultats comportementaux défavorables. Nous avons également observé que les produits d’origine animale et les plats prêts à chauffer étaient également associés à des résultats de santé adverses.

Je sais que votre étude ne prouve pas de relation de cause à effet, mais elle suggère quelque chose. Pourquoi pensez-vous que nous observons ces associations ?

Il pourrait y avoir plusieurs voies biologiques potentielles. Premièrement, les aliments ultra-transformés tendent à être faibles en fibres et pauvres en nutriments clés essentiels au bon fonctionnement du cerveau. Deuxièmement, ils peuvent altérer le microbiome intestinal, qui communique avec le cerveau. Et enfin, il existe un mouvement important pour examiner les additifs contenus dans ces aliments, qui pourraient favoriser l’inflammation ou des changements métaboliques influençant la fonction cérébrale. Cependant, ces mécanismes nécessitent encore des recherches approfondies.

Pour un parent épuisé qui lit cela et se sent accablé par la pression supplémentaire de préparer des repas faits maison, que lui diriez-vous ?

Les parents font de leur mieux. Le but n’est pas la perfection. Nous devons nous concentrer sur le modèle global et ne pas chercher à éliminer complètement les aliments ultra-transformés, car c’est presque impossible. Ce à quoi nous devons aspirer, c’est à augmenter notre consommation d’aliments entiers ou peu transformés, en réduisant notre dépendance aux collations emballées. Notre recherche a montré qu’un simple remplacement de 10 % des ultra-transformés était associé à de meilleurs résultats comportementaux. Peut-être pouvons-nous commencer par les boissons, en faisant de l’eau notre choix par défaut, ou en remplaçant une collation quotidienne par une option plus naturelle.

Les premières années de la vie sont une période sensible pour le développement cérébral, marquant l’établissement des habitudes alimentaires. Ce que mangent les enfants durant cette période peut influencer leurs comportements à long terme et, par conséquent, leur santé future.

Vous avez un enfant de quatre ans et vous êtes l’une des expertes sur les aliments ultra-transformés et leurs conséquences sanitaires. Ressentez-vous cette pression vous-même ?

Sans aucun doute, je ressens cette pression. Oui, je donne même cette barre de granola à mon enfant. J’ai l’éducation, les ressources, mais pas le temps. Je lutte vraiment pour réduire ma consommation d’aliments ultra-transformés, même en étant consciente des recherches. Il est essentiel de reconnaître que l’environnement et la société qui nous entourent rendent difficile la prise de décisions saines.

Points importants à retenir

  • Une grande partie des aliments consommés par les enfants est ultra-transformée.
  • Ces aliments pourraient être associés à une augmentation des problèmes comportementaux chez les enfants.
  • Remplacer une partie des aliments ultra-transformés par des options moins transformées peut avoir des effets bénéfiques.
  • Des boissons sucrées sont particulièrement liés à des comportements difficiles.
  • Les petites modifications apportées aux régimes alimentaires peuvent avoir un impact considérable sur le développement comportemental.

En réfléchissant à ces constats, je me trouve face à un dilemme. Comment, en tant que parent, pouvons-nous naviguer entre les réalités de notre quotidien et l’impact de nos choix alimentaires sur la santé à long terme de nos enfants ? À l’heure où les options rapides abondent, il est crucial d’évaluer nos habitudes et d’encourager des choix alimentaires plus sains, tout en admettant que l’équilibre est un processus complexe et évolutif.



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