Publié le 24 août 2026 à 08h26
En 2014, j’avais écrit un article disant que rester assis était devenu “le nouveau tabagisme”. Je reconnais que cette formulation était un peu exagérée, même si elle reflétait une préoccupation croissante. Au fil des ans, l’angoisse face aux risques pour la santé liés à une sédentarité prolongée a diminué, mais les données scientifiques restent alarmantes. Rester collé à sa chaise de bureau toute la journée pourrait avoir des conséquences néfastes sur la santé, que même les programmes d’exercices rigoureux ne peuvent effacer complètement.
La question qui fait débat est la suivante : est-ce que quatre heures de course matinale suffisent à compenser dix heures de position assise ? Très peu de travaux se sont accordés jusqu’à présent pour répondre à cette question. Dans un prochain numéro de la revue Medicine & Science in Sports & Exercise, les experts exposent leurs positions dans un débat structuré.
Sweat Science 101
Ne manquez pas une série d’emails sur l’entraînement, la nutrition et la récupération dans le cadre d’une série proposée par Alex Hutchinson. Chaque semaine, un nouveau sujet est abordé, allant de la musculation aux compléments alimentaires.
Le sujet principal à débattre est le suivant : “L’activité physique compense entièrement les risques de la sédentarité.” Voici quelques arguments clés pour chaque camp.
Pourquoi l’exercice l’emporte sur la sédentarité
L’argument en faveur de l’exercice provient d’Ulf Ekelund et de ses collègues de la Norwegian School of Sports Science et de l’Institut norvégien de santé publique. Leur position est fondée sur des données probantes.
Des études longitudinales ont montré que plus vous passez de temps assis chaque jour, plus le risque de développer des maladies comme les maladies cardiaques augmente, et ce pourrait même entraîner une mortalité prématurée. La question centrale est de savoir si huit heures assises sont également dommageables, qu’on fasse de l’exercice ou non.
Les premières recherches suggéraient que l’exercice offrait une protection partielle contre les effets négatifs de la sédentarité. Cependant, Ekelund et ses collègues contestent ces conclusions. En analysant les données de 16 études regroupant plus d’un million de participants, ils ont atteint une conclusion différente, illustrée par le graphique suivant :

Bien que le graphique soit complexe, il mérite qu’on s’y attarde. Le ratio de risque, en vertikal, indique la probabilité de décès pendant la période d’étude. Un ratio de 1.1 signifie que vous avez 10 % de chances de mourir de plus que le groupe de référence.
Les participants sont répartis en quatre groupes selon leur niveau d’exercice, allant des plus actifs aux sédentaires. Logiquement, le ratio de risque augmente généralement avec le temps passé assis dans chaque groupe d’exercice.
Cependant, chez les personnes très actives, même celles passant plus de huit heures par jour assises n’ont pas de risque significativement accru. La conclusion d’Ekelund est que, d’un point de vue statistique, l’excès de sédentarité n’a pas d’effet visible chez ceux qui s’entraînent régulièrement.
Pourquoi l’exercice ne remplace pas la sédentarité
Le contre-argument principal, défendu par Paddy Dempsey de l’Université Deakin, repose également sur la vérification des données. Son équipe fait valoir que l’analyse d’Ekelund repose sur des autoévaluations, souvent peu fiables. En contrastant avec des données objectives provenant de capteurs, on constate que les effets négatifs de la sédentarité ne disparaissent pas entièrement grâce à l’exercice.
De plus, même les données d’Ekelund indiquent une tendance : le risque de décès semble croître avec l’augmentation du temps assis. La question se pose alors, quel est le risque à dix ou douze heures ?
Dempsey a aussi évoqué le concept de “réalisme des doses”, affirmant qu’il est théoriquement possible d’annuler les effets de la sédentarité par l’exercice, mais que peu de gens seraient capables ou prêts à s’entraîner autant. Bien que cela puisse être vrai, cela soulève des interrogations : si, effectivement, c’est possible, comment faire ?
Un autre point important concerne l’impact physiologique direct de l’absence de mouvement. Fait intéressant, lorsque nous sommes immobiles trop longtemps, cela perturbe divers processus métaboliques qui sont distincts des bénéfices de l’exercice.
Des études montrent que le fait de rester assis sans contractions musculaires pendant des heures engendre des dommages. Par exemple, le flux sanguin, lorsque l’on bouge, libère de l’oxyde nitrique, vital pour maintenir la souplesse des vaisseaux sanguins. L’absence de mouvement les rend moins flexibles, augmentant le risque de maladies cardiaques.
Le verdict
Après avoir examiné ces arguments, je me retrouve dans une position nuancée. Les deux côtés présentent des éléments solides, rendant difficile la prise de parti définitif.
Personnellement, l’argument selon lequel la sédentarité provoque des effets physiologiques néfastes retient mon attention. Rester assis entraîne des conséquences internes qui ne peuvent être entièrement compensées par l’exercice.
Cet aspect me fait réfléchir sur notre rapport à l’activité physique et à nos routines quotidiennes. Est-ce que modifier notre mode de vie pour inclure plus de moments actifs pourrait réellement améliorer notre bien-être ? J’ai installé un bureau debout et je prends le temps de me lever, mais je me demande souvent : si l’effort de se lever devient pénible, n’est-il pas temps d’y penser sérieusement ?
Points importants à retenir
- Un équilibre entre exercices réguliers et moments debout est essentiel pour la santé.
- Les études révèlent que même une activité physique suffisante n’efface pas complètement les effets néfastes d’une sédentarité prolongée.
- Une réflexion sur notre quotidien peut nous amener à rechercher plus d’opportunités d’être actifs.
- La physiologie de notre corps réagit différemment à l’immobilité, ce qui rend l’exercice un complément, mais pas une solution unique.
En somme, je me demande comment nous pouvons intégrer ces idées dans notre vie quotidienne. Est-il possible de redéfinir notre rapport à l’activité physique pour qu’elle devienne un mode de vie plutôt qu’une tâche à accomplir ?





