Analyse : Des études établissent un lien entre de longues périodes de sédentarité et un risque accru de mortalité par cancer, mais cela ne prouve pas qu’une cause entraîne l’autre.
Par Justin Stebbing, Université Anglia Ruskin
Rester assis pendant plus de 30 minutes est associé à un risque accru de décès par cancer, tandis que l’alternance avec des activités légères semble réduire ce risque, selon de nouvelles données. Cependant, les rapports médiatiques sur l’étude laissent de nombreuses questions en suspens. Voici ce que vous devez savoir.
Que révèle réellement cette étude ?
Le message principal est simple : ce n’est pas seulement la durée assise qui compte, mais aussi la manière dont on s’assoit. Les personnes restant assises de manière continue pendant 30 minutes ou plus avaient un risque plus élevé de décès par cancer. En revanche, celles qui se levaient régulièrement, même brièvement, semblaient risquer moins. Ainsi, deux individus peuvent passer le même nombre total d’heures assis en une journée, mais celui qui se lève plus fréquemment pourrait s’en sortir mieux.
Cela signifie-t-il que s’asseoir cause le cancer ?
Non, cette étude ne démontre pas que le fait de s’asseoir cause le cancer. Elle montre un lien entre la sédentarité prolongée et un taux de mortalité accru, sans prouver qu’il y a un lien de cause à effet. Des études de ce genre observent les habitudes des individus et leurs évolutions au fil du temps, sans pouvoir prendre en compte toutes les différences individuelles. Des facteurs comme la santé générale, l’alimentation ou le mode de vie peuvent également influencer les résultats.
Et si c’était l’inverse ?
Oui, cela pourrait également être une possibilité. Les personnes déjà en mauvaise santé, même avant un diagnostic, pourraient être amenées à s’asseoir davantage en raison de leur fatigue ou de leur mobilité réduite. Les chercheurs en ont conscience et ont tenté de réduire cet impact en excluant les deux premières années de données, supposant que les cancers diagnostiqués peu après le début de l’étude étaient déjà en développement. Cela contribue à la fiabilité des résultats, bien que cette explication ne puisse être complètement écartée.
Si je fais déjà de l’exercice quelques fois par semaine, est-ce suffisant ? Se lever brièvement aide-t-il vraiment ?
L’exercice régulier demeure essentiel, et rien dans cette étude ne change cela. Toutefois, elle met en évidence une nuance : on peut être actif par intermittence – comme faire un footing ou aller à la salle de sport – tout en restant assis longtemps le reste de la journée.
Cette étude suggère que les longues périodes de sédentarité peuvent comporter des risques à part entière. La bonne nouvelle est que le changement requis est modeste. Se lever toutes les 20 à 30 minutes et se déplacer brièvement, même une ou deux minutes, pourrait suffire à faire une différence. Il ne s’agit pas de faire plus d’exercice intense, mais d’éviter de rester immobile trop longtemps.
Le risque pourrait être réduit jusqu’à 20 % – est-ce notable ?
Ce chiffre peut sembler impressionnant, mais il nécessite du contexte. Il évoque une différence relative plutôt qu’un risque concret. Par exemple, si le risque de mourir d’un cancer sur une période déterminée est de cinq sur cent, une réduction de 20 % le porterait à environ quatre sur cent. Ainsi, bien que le pourcentage semble important, le changement effectif pour un individu reste modeste. Cependant, lorsque l’on considère des populations entières, même de légères variations peuvent avoir un impact significatif.
Qui a été étudié, et cela s’applique-t-il à tout le monde ?
L’étude utilise des données du UK Biobank, une ressource de recherche vaste et utile. Cependant, les participants tendent à être en meilleure santé et plus aisés que la population générale, ce qui signifie que les résultats peuvent ne pas s’appliquer également à tous. Les jeunes adultes, par exemple, ont généralement un risque plus faible de cancer. Les personnes en situation de handicap ou souffrant de maladies chroniques peuvent avoir des difficultés à se déplacer. Même ainsi, le message général – que de longues périodes d’inactivité ne sont probablement pas idéales – est susceptible de rester pertinent.
Quelles sont les principales limites de l’étude ?
C’est une étude bien menée, mais elle présente certaines limites, comme toutes les études. Elle ne peut établir une causalité, seulement une association. D’autres différences entre ceux qui passent beaucoup de temps assis et ceux qui ne le font pas pourraient expliquer les résultats. De plus, les mesures d’activité ont été prises sur une période relativement courte, ne reflétant peut-être pas les habitudes à long terme des individus. L’étude voit également la mortalité par cancer dans son ensemble, plutôt que de se concentrer sur des types de cancer spécifiques qui peuvent se comporter différemment. Enfin, bien que les chercheurs aient tenté de prendre en compte les personnes déjà malades, cette possibilité ne peut jamais être totalement écartée. Dans l’ensemble, les résultats sont suggestifs plutôt que définitifs, mais ils s’alignent avec d’autres recherches sur le même sujet.
Le message principal est le suivant : essayez de ne pas rester assis de manière prolongée et continue.
Quelle est la principale recommandation à retenir ?
Le message essentiel est de tenter d’éviter les longues périodes de sédentarité. Une bonne règle est de se lever et de se déplacer pendant une minute ou deux toutes les 20 à 30 minutes. Cela peut être aussi simple que de faire un aller-retour pour se servir un verre ou de prendre une courte pause loin de son bureau. C’est une habitude aisée à intégrer et comporte peu d’inconvénients.
Il est important de noter qu’il ne s’agit pas de remplacer l’exercice régulier ou d’apporter des changements radicaux à votre routine. C’est une question d’ajouter de petits moments de mouvement tout au long de la journée. Avec le temps, ces interruptions peuvent contribuer à maintenir une bonne santé. Les preuves évoluent, mais c’est une démarche pratique et peu exigeante qui s’inscrit dans les conseils généraux de rester actif et d’éviter de longues périodes de sédentarité.
Points importants à retenir
- Alterner entre des périodes de travail assis et debout peut améliorer la santé.
- Des pauses fréquentes de quelques minutes peuvent faire une réelle différence.
- Le lien entre le temps passé assis et la santé est complexe et multidimensionnel.
- Les résultats doivent être interprétés avec prudence, compte tenu des limites de l’étude.
- Adopter de petites habitudes au quotidien peut conduire à une meilleure santé globale.
Il est crucial d’interroger notre mode de vie moderne, souvent sédentaire. Je me demande comment nous pourrions intégrer plus de mouvements dans notre quotidien, non seulement pour notre santé, mais aussi pour améliorer notre bien-être et notre productivité. C’est une réflexion à avoir, car nos choix d’aujourd’hui façonnent notre santé de demain.





