Nous vivons dans un monde de plus en plus polarisé, et il ne s’agit pas seulement de politique, mais aussi d’exercice. Une communauté de fitness semble obsédée par l’optimisation et les méthodes spectaculaires : comment passer de cinquante pompes à cent, ou d’un rythme de huit minutes par mile à sept minutes, tout cela avec une astuce inédite ou une méthode peu connue.
Il semble que personne ne se contente d’une forme physique basique ou d’une progression stable. Certains se disent préoccupés par les obstacles invisibles qui les freinent, qu’il s’agisse de sommeil ou de l’impact de quelques verres de vin sur leur vie (comme mentionné dans le podcast de Steven Bartlett).
Dans l’univers des influenceurs de la salle de sport, on voit souvent des personnes déjà actives chercher à devenir un peu plus en forme. Cela peut sembler positif, car se fixer des objectifs est important. Cependant, on raconte aussi constamment comment atteindre le minimum nécessaire pour rester en forme. Des études récentes ont suggéré qu’il suffisait de 7000 pas par jour, au lieu des fameux 10 000, ou que l’exercice quotidien n’était pas indispensable, et que l’on pouvait se contenter de bouger durant le week-end pour réduire le risque de démence.
Certains de ces conseils sont utiles : avec nos vies chargées, il est essentiel de repérer les moyens d’atteindre les bienfaits de l’exercice. Néanmoins, je trouve problématique des articles récents basés sur une étude de Lancet affirmant qu’il suffirait de cinq minutes d’exercice par jour. Cela semble trop beau pour être vrai, et dans mon opinion, c’est le cas.
Il est crucial de comprendre ce que les auteurs de cette étude ont fait. Ils ont analysé des données de sept grandes études menées aux États-Unis, en Norvège et en Suède, regroupant environ 40 000 participants, ainsi que des données de UK Biobank avec 95 000 participants. Ils ont modélisé la proportion de décès évités grâce à cinq minutes d’activité modérée, estimant qu’une réduction de 6 à 10 % des décès pourrait être constatée parmi les participants des études multicentriques (un effet similaire, bien qu’inférieur, a été observé dans les données de Biobank).
Cependant, cette étude n’a pas examiné des individus sédentaires en leur demandant de faire cinq minutes d’exercice quotidiennement et d’enregistrer les résultats. Elle a plutôt utilisé des données existantes pour modéliser la relation entre activité physique et mortalité. Cette approche montre que faire quelque chose est mieux que rien, et que les plus grands gains en santé proviennent des individus les plus inactifs, mais il ne serait pas judicieux de bâtir un programme d’entraînement sur cette base.
De plus, se concentrer sur des intervalles de temps néglige les types de mouvements que nous avons besoin d’intégrer. Nos corps nécessitent un triangle de mouvements, surtout avec l’âge : cardio, force et flexibilité. Chacun de ces types apporte des bienfaits distincts pour notre santé, et je soutiendrais qu’ils sont tous aussi essentiels. Le cardio (marcher, faire du vélo, nager) renforce notre cœur et nos vaisseaux sanguins. L’entraînement de force (squats, pompes, porter des charges lourdes) maintient notre masse musculaire. Et la flexibilité (étirements) réduit le risque de blessures et de douleurs chroniques. Oui, faire les trois types d’exercice durant la semaine demande du temps.
L’Organisation mondiale de la santé recommande, sur une base d’évidences solides provenant de revues systématiques, d’analyses de données et d’études de cohorte, que les adultes pratiquent environ 20 à 40 minutes d’activité modérée par jour (150 à 300 minutes par semaine). Cette quantité a été jugée la plus bénéfique pour divers indices de santé, tout en restant raisonnable pour la majorité des gens.
Bien que l’idée de « seulement cinq minutes » soit séduisante, elle ne correspond tout simplement pas aux données disponibles. Je poserais plutôt une question différente : comment ne pas trouver 20 minutes pour bouger au cours des 24 heures de la journée ? Si notre société est organisée de cette manière, cela soulève de véritables préoccupations.
En somme, il n’est pas nécessaire de s’inscrire au prochain Hyrox, ni même de courir un 5K, mais cinq minutes d’exercice par jour ne suffisent pas pour maintenir une bonne santé. La barre a été abaissée pour être accessible, mais ne réduisons pas cette exigence au point qu’elle en devienne insignifiante.
Points importants à retenir
- La quête d’optimisation dans le fitness peut être contre-productive.
- 7000 pas par jour suffisent pour certains bénéfices pour la santé, selon des études récentes.
- Les études sur l’impact de cinq minutes d’exercice quotidien ne se sont pas concentrées sur les sédentaires.
- Une combinaison d’exercices cardio, de force et de flexibilité est essentielle pour une santé optimale.
- Le bien-être général nécessite un minimum de 20 minutes d’activité physique chaque jour.
Cette réflexion m’amène à envisager nos modes de vie actuels. Nous devons impérativement redéfinir la place de l’activité physique dans nos journées. Il est crucial que notre société prenne conscience de l’importance des efforts que nous faisons pour notre santé, même si cela demande un ajustement dans notre quotidien. Ne laissons pas le temps ou les contraintes nous priver d’une vie active et épanouissante.





