La perte de poids est un enjeu qui concerne de nombreuses personnes, mais peu d’entre elles parviennent réellement à maintenir cette perte sur le long terme. Les recherches indiquent également que ceux qui réussissent à perdre du poids finissent souvent par le reprendre. Malgré cela, la perte de poids est fréquemment présentée comme un concept simple : pour faire diminuer le chiffre sur la balance, il suffit de créer un déficit calorique en consommant moins de calories (en mangeant moins) et en brûlant plus de calories (en bougeant davantage).
Ces principes reposent sur les lois de la thermodynamique, qui ne sont pas en débat ici. Cependant, la difficulté qu’éprouve de nombreuses personnes à perdre du poids suggère qu’il existe des facteurs qui compliquent la situation.
Des experts que j’ai interrogés ont fourni plusieurs explications possibles. L’une d’elles est le concept de la “mémoire de l’obésité”, où le corps cherche à conserver les graisses comme une stratégie archaïque de survie. Une autre théorie suggère que nous avons une habitude inconsciente de grignoter, conditionnée par un environnement où abondent les aliments appétissants.
Le professeur Lewis Halsey, spécialiste de la physiologie environnementale à l’Université de Roehampton, évoque un autre facteur : la compensation énergétique. En termes simples, lorsque nous bougeons davantage et augmentons notre dépense calorique, notre corps trouve d’autres moyens d’économiser de l’énergie pour compenser.
Le problème du plateau
« Si quelqu’un souhaite perdre du poids, il peut commencer à aller à la salle de sport, faire du vélo pour se rendre au travail ou se promener régulièrement, explique le professeur Halsey. S’il pense avoir brûlé 300 calories selon sa montre de fitness tout en continuant à manger normalement, il peut croire être en déficit calorique de 300 calories et donc perdre du poids. »
Cet “modèle additif de dépense énergétique” est en partie vrai, mais des recherches montrent que cette perte initiale de poids a souvent tendance à se stabiliser rapidement.
Les personnes qui essayent de perdre du poids par l’exercice constatent souvent que leur perte de poids stagne après deux ou trois kilos. Divers facteurs peuvent expliquer cela, selon le professeur Halsey :
- Tout d’abord, l’exercice supplémentaire augmente l’appétit, entraînant une prise alimentaire plus importante.
- Sans s’en rendre compte, certaines personnes peuvent également commencer à diminuer leur activité physique ou à la pratiquer avec moins d’intensité.
- Des études bien menées suggèrent également qu’un régime d’exercice, même sans changement apparent dans l’alimentation, ne génère pas toujours la perte de poids escomptée.
Le corps peut réagir à cette dépense calorique supplémentaire en économisant de l’énergie ailleurs, par exemple en diminuant l’activité du système immunitaire ou en réduisant les mouvements tout au long de la journée.
Les preuves surprenantes de la compensation énergétique
En 2015, le professeur Herman Pontzer a mené des recherches sur les Hadza, un groupe de chasseurs-cueilleurs en Tanzanie, mesurant leurs distances de marche, leur vitesse et leur dépense énergétique totale. Il a constaté que, malgré un mode de vie très actif, les Hadza avaient des dépenses énergétiques similaires à celles des populations sédentaires.
Les chercheurs ont conclu que les adultes ayant un niveau d’activité physique élevé s’adaptent en réduisant leur allocation d’énergie à d’autres activités physiologiques.
Ces observations soulèvent des questions sur l’équilibre entre activité physique et dépense énergétique, invitant à réfléchir à la manière dont nos corps régulent cette dynamique.
Pourquoi diversifier son activité?
La question essentielle reste comment contrer la compensation énergétique. Selon le professeur Halsey, une solution pourrait résider dans le changement régulier d’activités. « Une alternance entre des activités d’endurance, qui brûlent beaucoup de calories, et des exercices de renforcement musculaire, moins calorifiques, pourrait être bénéfique. »
Une étude de la Harvard T.H. Chan School of Public Health a même conclu que l’engagement à long terme dans plusieurs types d’activités physiques peut contribuer à une durée de vie prolongée. La diversité, dans ce cas, peut s’avérer être un atout précieux.
Le sport est-il inutile pour perdre du poids ?
Les arguments avancés par le professeur Halsey ainsi que les recherches de Pontzer interrogent le principe selon lequel “bouger plus, manger moins” serait efficace. Ce constat peut déranger, car il remet en question des enseignements ancrés et les expériences de nombreuses personnes. Souvent, l’exercice est perçu comme un élément central d’une démarche de perte de poids.
Toutefois, il est également incontournable d’envisager d’autres aspects, comme l’alimentation, pour une stratégie réussie en matière de poids. Prendre des mesures positives dans divers domaines – comme manger davantage de fibres, éviter les boissons sucrées, ou améliorer la qualité du sommeil – est tout aussi essentiel.
Malgré ces défis, il est crucial de souligner que l’exercice offre d’autres bénéfices bien au-delà de la gestion du poids. Il contribue à une meilleure longévité, au combat contre les maladies chroniques et à l’amélioration de la qualité de vie.
Points importants à retenir
- La mémoire de l’obésité et la compensation énergétique sont des concepts à considérer dans la perte de poids.
- Le corps peut réagir à une augmentation de l’activité physique en économisant de l’énergie sur d’autres plans.
- Une diversité dans le type d’exercice peut être bénéfique pour éviter de stagner dans la perte de poids.
- Il est important de prendre en compte d’autres facteurs, tels que l’alimentation et le sommeil, pour une gestion du poids réussie.
Personnellement, cette question de la perte de poids me fait réfléchir. Comment trouver un équilibre respectueux entre l’effort physique et les attentes ? L’important réside peut-être dans la compréhension de notre propre corps et de ses besoins, tout en restant à l’écoute des signaux qu’il nous envoie. La discussion autour de la perte de poids mérite d’être nuancée et enrichie par nos expériences personnelles.




