Durant la majeure partie de ma vingtaine, j’avais une liste interminable de résolutions que je ne parvenais pas à respecter. Règlements alimentaires, routines de gym, méditation matinale, journaling, lectures, applications pour apprendre des langues : je m’y lançais avec de bonnes intentions, mais je finissais par abandonner au bout de quelques jours à quelques semaines. Cela alimentait l’idée que je manquais fondamentalement de discipline.
L’histoire que je me racontais était simple : je manquais de volonté. Les autres réussissaient à s’en tenir à des pratiques difficiles, mais pas moi. Le problème, c’était moi.
Puis, à 30 ans, j’ai lancé une entreprise. Et là, quelque chose de surprenant s’est produit. Je travaillais douze heures par jour sans qu’on me demande de le faire. Je m’initiais à des compétences éloignées de mon parcours, car mon entreprise en avait besoin. Je me levais tôt, non pas parce qu’un réveil me l’imposait, mais parce que je réfléchissais à un problème à résoudre. Je rédigeais jusqu’à soixante articles par jour pour divers sites, gérais une équipe à travers plusieurs fuseaux horaires, et construisais des systèmes que personne ne m’avait demandé de créer.
Je n’étais pas disciplinée pour aller à la gym. Mais je l’étais pour mon business.
Ce que la recherche dit sur la persistance humaine
La théorie de l’autodétermination, développée par Edward Deci et Richard Ryan, et soutenue par plus de quarante ans de recherche, distingue deux types de motivation. À une extrémité, on agit sous pression externe : récompenses, punitions, culpabilité, crainte du jugement d’autrui. À l’autre, on agit par intérêt personnel, parce que cela correspond à nos valeurs et que l’activité elle-même est gratifiante.
Les recherches montrent sans ambiguïté quelle motivation favorise des comportements durables. La motivation autonome rend les gens plus enclins à persister, à performer, à ressentir plus de satisfaction, et à éprouver un bien-être supérieur. En revanche, une motivation contrôlée rend plus difficile le maintien de comportements sur le long terme.
Ce constat est solide et a été reproduit dans divers domaines : santé, éducation, sport, travail et psychothérapie. L’essentiel est que la qualité de la motivation prime sur la quantité. Une motivation contrôlée peut entraîner des échecs dans la durabilité d’un comportement, alors qu’une motivation autonome permet de s’engager sans lutter contre soi.
Pourquoi je pouvais gérer une entreprise, mais pas un régime
En analysant les choses que je n’arrivais pas à tenir, le schéma est désormais clair. Chacune de ces résolutions était un objectif d’autrui, sous une apparence qui me ressemblait.
Mon régime n’était pas fondé sur mes envies alimentaires, mais sur un idéal de beauté. Ma routine de gym n’était pas construite autour de plaisirs, mais dictée par les standards de fitness. La méditation, elle, était une pratique popularisée par un blog sur la productivité. Chaque habitude que je tentais d’instaurer collait à une image de discipline qui ne m’appartenait pas.
C’est ce qu’on appelle la régulation introjectée : une motivation qui émane d’une pression internalisée et non d’un véritable désir. Cette forme d’auto-coercition entraîne souvent un pic d’effort suivi d’un effondrement. Je ne faisais pas cela parce que cela me plaisait vraiment, mais parce que je ne voulais pas avoir de regrets.
Mon business, en revanche, satisfaisait les trois besoins psychologiques de la théorie de l’autodétermination : autonomie, compétence et lien. J’avais la liberté de décider, le défi était à ma portée, et je travaillais avec des proches vers un objectif commun. Le seul fait de me lever devenait alors une récompense en soi.
Ce qui a changé lorsque j’ai compris cela
Une fois que j’ai cessé de me voir comme indisciplinée et que j’ai commencé à me poser des questions différentes, tout a basculé. Au lieu de me demander “Pourquoi je n’arrive pas à suivre ça ?”, je me suis demandé “Est-ce que je veux vraiment cela, ou est-ce que je pense devoir le vouloir ?”
Cette simple question a éliminé près de 80 % des objectifs que j’avais en tête. Les régimes ont disparu, remplacés par une attention plus authentique à mes véritables envies alimentaires. Ma routine de gym s’est métamorphosée en course à pied, une activité que j’appréciais déjà mais que je ne considérais pas comme un vrai exercice. À Saigon, je cours maintenant car j’aime ça, et non par obligation. Mon apprentissage du vietnamien ne passe plus par une application ; je l’ai construit autour de ma vie quotidienne, car cela m’intéresse réellement.
Tout cela n’a pas nécessité plus de volonté. Il a juste fallu être sincère avec moi-même concernant mes objectifs.
Conseils pour ceux qui se pensent paresseux
Si vous n’arrivez pas à respecter un programme d’exercices, mais que vous pouvez vous plonger pendant des heures dans un projet qui vous tient à cœur sans regarder l’heure, le problème ne réside pas là où vous le pensez. Le souci, c’est l’alignement de vos objectifs avec vos valeurs personnelles. Ce n’est pas la volonté qui fait défaut, mais la connexion avec ce qui compte réellement pour vous.
La solution ne réside pas dans de nouveaux efforts sur ce qui échoue. Résolvez d’abord si ces objectifs sont authentiquement vôtres, s’ils reflètent vos valeurs, vos intérêts et la personne que vous souhaitez devenir. Il se peut qu’ils soient issus d’attentes externes, influencées par des normes sociétales ou des idéaux qui ne vous correspondent pas.
J’ai perdu deux décennies à croire que j’étais défaillante. En réalité, je tentais juste de fonctionner avec un carburant qui n’était pas le mien. Le jour où j’ai commencé à poursuivre des buts qui m’importent vraiment, la discipline est venue d’elle-même. Elle était là depuis le début, attendant simplement une raison valable d’émerger.
Points importants à retenir
- La motivation autonome favorise l’engagement durable.
- Souvent, nos objectifs sont influencés par des attentes sociétales plutôt que par nos véritables désirs.
- Repenser nos engagements en fonction de nos valeurs peut conduire à une vie plus épanouissante.
- La sincérité envers soi-même est essentielle pour établir des objectifs réalisables.
- La discipline réelle est le résultat d’une passion authentique plutôt que d’une pression externe.
Ce texte m’incite à réfléchir à notre tendance à nous conformer aux idéaux des autres. Il m’invite à questionner davantage mes choix : suis-je guidée par mes aspirations profondes ou par des attentes extérieures ? En tant que société, nous devrions encourager l’individu à se reconnecter à ses véritables désirs pour favoriser un bien-être durable.





