Né pour courir : comment l’exercice a transformé ma vie et recentré mon esprit

Né pour courir : comment l'exercice a transformé ma vie et recentré mon esprit

Longtemps, l’une des activités qui a défini ma vie a été la collecte de petites informations. Je n’ai jamais vraiment dépassé cet état d’esprit de « montrer et raconter » qui nous animait tous enfants. Rien ne me réjouit plus que de plonger dans un sujet pendant quelques semaines, de rassembler autant d’histoires que possible, puis de m’adresser à mes amis en disant : « Saviez-vous que… ».

Si cela me donne un air insupportable, je le reconnais, mais je compense en partageant des anecdotes sur Ludwig von Köchel, l’homme qui a inventé le système d’organisation de la musique de Mozart (c’était aussi un botaniste accompli). Peu importe vraiment le sujet qui m’intéresse. En l’espace de quelques semaines cette année, j’ai dévoré des biographies de Malcolm X avant de découvrir le groupe suédois Bob Hund, qui chante exclusivement dans une langue que je ne parle pas, et sur lequel je pourrais maintenant donner une petite conférence universitaire, si quelqu’un est intéressé.

La raison de cette diversité d’intérêts est que je ne suis pas vraiment accro à l’acquisition de connaissances, même si c’est un agréable bonus. Je suis plutôt avide de réaliser à quel point je ne sais pas. L’adrénaline qui m’anime vient de cette confrontation avec mon ignorance, élargissant les horizons du monde de manière soudaine et spectaculaire. En résumé : quand je prends conscience de mes lacunes, le paysage de ma vie s’agrandit.

Un temps, j’ai pensé que cette élévation se trouvait uniquement dans les livres. Puis j’ai commencé à courir.

La course est souvent considérée comme une activité purement physique, ce qui explique sans doute pourquoi je l’ai évitée si longtemps. Mais ces dernières années, j’ai ressenti de profonds changements, non seulement dans mon corps, mais aussi dans ma relation avec mon esprit, et avec mon ignorance.

À chaque course, arrive un moment où je me dis : je ne peux littéralement plus courir. Ce moment se déplace de plus en plus loin dans ma course, mais il finit toujours par survenir. Je ne suis pas sûr de pouvoir un jour y échapper. C’est aussi inévitable que la mort ou les impôts. Quand cette pensée surgit, elle a une telle intensité que chaque muscle de mon corps semble dire : il est temps de s’arrêter alors, je suppose.

Pourtant, presque immédiatement, une autre pensée refait surface : je parie que tu peux continuer. Et là, je réalise que ce que je croyais vrai ne l’est pas ; je passe beaucoup de temps dans l’ignorance, non seulement des beautés et des découvertes à portée de main, mais aussi de mes propres capacités. Car, invariablement, je peux continuer à courir.

Nous ne vivons pas dans un monde où l’ignorance est bien vue. Elle est souvent décrite comme la cause du glissement vers l’extrême droite et de la cruauté croissante de notre société. De plus, à l’ère de l’IA, chacun est supposé avoir réponse à tout, totalement informé sur chaque sujet. Cependant, ce que la course m’a appris, c’est que la certitude ne fait pas que rétrécir le monde : elle peut aussi ressembler à une forme de mort. Si vous êtes certain de ne pas pouvoir courir, vous ne courrez pas.

À l’inverse, affirmer : « je ne sais pas » n’est pas un échec. C’est une invitation à contempler un horizon sans fin : désigner un point dans la distance vers un savoir total et suprême que, heureusement, nous ne pourrons jamais réellement atteindre. Un point vers lequel, si nous le désirons, nous pouvons courir chaque jour, avec les mélodies d’un groupe de rock suédois en fond.

Points importants à retenir

  • La collecte d’informations peut être une activité enrichissante mais aussi révélatrice de nos propres ignorances.
  • La course à pied peut devenir un moyen de se questionner sur ses capacités physiques et mentales.
  • Accepter l’ignorance peut ouvrir des horizons insoupçonnés et enrichir notre compréhension du monde.
  • La certitude peut être un obstacle à l’exploration et à la découverte de nouvelles potentialités.
  • Dire “je ne sais pas” est une manière d’encourager l’ouverture et l’apprentissage continu.

En tant que journaliste, je ne peux m’empêcher de réfléchir à l’importance d’accepter nos limitations. En surmontant notre peur de ne pas savoir, nous nous autorisons à apprendre et à grandir. Dans un monde qui valorise tant le savoir immédiat, n’est-il pas temps de célébrer les possibilités qu’offre l’ignorance, celle qui nous pousse à explorer, à poser des questions et à nous dépasser ?



Votez pour cet post

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *