
L’exercice affame les cellules cancéreuses chez les souris – et peut-être chez les humains aussi
Alfredas Pliadis/Xinhua/Alamy
Il est bien établi que l’exercice avec régularité peut ralentir la croissance des tumeurs en modifiant le métabolisme du corps. Les cellules musculaires absorbent le glucose à la place des cellules cancéreuses, ce qui pourrait avoir un effet similaire chez l’homme.
De nombreuses études montrent un lien entre l’exercice et un risque réduit de cancer, tout en notant que les personnes en forme ont de meilleures chances de survie. Cependant, les mécanismes à l’œuvre restent partiellement compris. Une partie de cette influence semble venir des impacts sur notre microbiote intestinal et sur le système immunitaire.
Dans une recherche menée par Rachel Perry et son équipe à l’École de Médecine de Yale, des cellules du cancer du sein ont été injectées dans 18 souris. Douze d’entre elles ont suivi un régime alimentaire provoquant l’obésité, aggravant la progression de plusieurs cancers. Par la suite, la moitié des souris ont eu la liberté de courir sur un dispositif d’exercice, tandis que l’autre moitié était restée inactive.
Après quatre semaines, les tumeurs des souris obèses ayant fait de l’exercice étaient 60 % plus petites que celles des souris obèses restées inactives, et légèrement plus petites que celles des souris sédentaires nourries avec un régime normal. Une séance d’exercice de 30 minutes était liée à une augmentation de l’apport en oxygène et en glucose dans les muscles squelettiques et cardiaques, tout en réduisant l’absorption de glucose par les tumeurs.
Perry souligne que cette étude montre comment la forme physique aérobique pourrait changer la concurrence métabolique entre les muscles et les tumeurs. L’intervention par l’exercice était volontaire, sans nécessiter un entraînement intensif, simplement en fonction de l’envie des souris.
Les chercheurs ont aussi analysé l’activité génique, identifiant 417 gènes dans des voies métaboliques clés des souris, montrant que l’exercice favorise le métabolisme du glucose par les muscles tout en le réduisant pour les cellules tumorales. Une diminution de l’activité d’une protéine nommée mTOR, impliquée dans la croissance cellulaire, pourrait limiter la croissance des tumeurs.
Perry mentionne que ces voies métaboliques étant similaires chez tous les mammifères, il est raisonnable de penser que ces effets pourraient également s’étendre aux humains, y compris ceux qui ne souffrent pas d’obésité. Des changements similaires dans l’activité génique ont d’ailleurs été notés chez des patients atteints de cancer lorsqu’ils s’exercent.
Rob Newton, de l’Université Edith Cowan, partage cette perspective et insiste sur la nécessité de mener des essais cliniques chez l’homme. Il souligne que l’impact bénéfique de l’exercice pourrait être attribué à plusieurs mécanismes. De plus, il évoque l’importance de la masse musculaire dans la lutte contre le cancer. Plus on a de masse musculaire, plus les cellules musculaires prennent de glucose, ce qui pourrait aider à réduire le risque de mortalité par cancer.
Newton suggère de considérer l’exercice comme un traitement complémentaire contre le cancer, et non simplement comme une amélioration du mode de vie.
Points importants à retenir
- L’exercice régulier a un impact positif sur le métabolisme et pourrait ralentir la croissance tumorale.
- Les souris obèses ayant fait de l’exercice ont présenté des tumeurs moins développées que celles restées sédentaires.
- Une activité physique même modérée pourrait être bénéfique pour la santé métabolique en général.
- Les modifications génétiques observées suggèrent un lien entre exercice, métabolisme et croissance tumorale.
- La masse musculaire joue un rôle critique dans la lutte contre le cancer et doit être un objectif dans les stratégies de traitement.
En réfléchissant à ces découvertes, il devient évident que l’activité physique mérite d’être intégrée de manière plus systématique dans la prévention et la prise en charge du cancer. La dualité entre l’importance de l’exercice et ses effets biologiques sur le corps soulève des questions cruciales pour notre santé. Comment pouvons-nous mettre en pratique ces notions dans notre vie quotidienne, et quel rôle cela pourrait-il jouer dans notre rapport aux traitements médicaux ?




