Les femmes doivent continuer à courir la nuit – c’est plus sûr qu’on ne le pense

Les femmes doivent continuer à courir la nuit – c'est plus sûr qu'on ne le pense

En chaque début d’automne, alors que les soirées s’étendent indéfiniment, un mouvement semble émerger. De nombreux articles et publications sur les réseaux sociaux sont partagés par des femmes qui expriment leur incapacité à courir après le travail, en raison de préoccupations concernant leur sécurité. Je partage cette inquiétude, tout en m’interrogeant sur la réalité de ce sentiment. Est-il vraiment fondé sur des statistiques ou s’agit-il davantage d’une perception ?

Je suis consciente que ce point de vue peut sembler « controversé » et que certains pourraient m’accuser d’inciter les femmes à prendre des risques. Pourtant, il est impératif de reconnaître que cette peur empêche de nombreuses femmes de mener une vie saine et active, d’où mon envie d’explorer cette problématique plus en profondeur.

Il est indéniable que les femmes ressentent une insécurité plus forte lorsqu’elles font du sport après la tombée de la nuit, de manière générale. Une enquête menée par l’Office des statistiques nationales en 2021 a révélé que 81 % des femmes se sentent très ou plutôt en insécurité en marchant seules dans un parc la nuit, contre seulement 39 % des hommes. Selon une étude de Sport England, près des trois quarts des femmes adaptent leurs activités extérieures en hiver, et 60 % d’entre elles craignent le risque de harcèlement ou d’intimidation lors d’exercices nocturnes.

Les préoccupations des femmes quant à la course ne sont donc pas infondées. Un sondage international réalisé par Adidas auprès de 4 500 femmes âgées de 16 à 34 ans a montré que 30 % avaient déjà subi du harcèlement physique ou verbal en courant. Une autre enquête en ligne menée par l’Université de Manchester, sur 498 femmes coureuses, a révélé que 68 % des participantes avaient vécu des comportements abusifs. L’abus verbal représentait 91 % des cas, tandis que 29 % consistaient en suivis, et 10 % incluaient des exhibitions. Vingt femmes interrogées ont subi des agressions, qu’elles soient physiques ou sexuelles.

Il est inquiétant de constater que dans 95 % des cas, les femmes n’ont pas signalé ces comportements abusifs aux autorités. Cela témoigne de la normalisation de telles situations. La question de la sécurisation des femmes lors d’activités extérieures est donc un véritable enjeu, un obstacle majeur à leur légitimité à rester actives.

Cependant, les données suggèrent qu’il n’y a pas davantage de risque de harcèlement nocturne par rapport à celui en pleine journée. En effet, un rapport de la Greater London Authority indique qu’à Londres, vous n’êtes pas nécessairement plus vulnérable à des crimes la nuit que durant la journée. Cet état de fait remet en question nos appréhensions naturelles et va à l’encontre de notre peur innée du noir.

Différentes études ont tenté d’établir un lien entre la nuit et une augmentation de la criminalité, mais aucune ne confirme cette relation de manière concluante. Une recherche américaine a montré une augmentation des vols, mais pas nécessairement d’autres crimes. Une étude britannique de l’Université de Sheffield a analysé 34 618 crimes survenus entre 2010 et 2019 à South Yorkshire. Elle a montré que, bien que certains délits se produisent plus fréquemment après la tombée de la nuit, d’autres, comme les agressions sexuelles, ne sont pas plus fréquents la nuit.

Il est normal que les femmes se montrent prudentes, surtout à la lumière de l’augmentation des agressions sexuelles et des meurtres de femmes par des inconnus, comme Ashling Murphy, Sabina Nessa, et d’autres. Cela dit, il ne faut pas oublier que la lumière du jour n’est pas un garant de sécurité, certains agressions ayant eu lieu en pleine journée.

Il est aussi essentiel de noter que les cas d’agressions, bien que choquants, sont des exceptions. Plus de 90 % des agressions sexuelles sont commises par des personnes que la victime connaît, qu’il s’agisse de collègues, amis ou partenaires. De plus, des études indiquent que les hommes sont souvent davantage exposés aux faits de violence de la part d’inconnus. Selon le Crime Survey de 2024 pour l’Angleterre et le pays de Galles, les hommes ont deux fois plus de chances d’être victimes d’actes violents par des inconnus.

La préoccupation pour la sécurité des femmes peut parfois se transformer en un moyen de contrôler leur comportement. Cela permet d’alimenter une mentalité blâmant les victimes, où l’on se demande souvent ce qu’elles faisaient, ce qu’elles portaient, ou pourquoi elles étaient en sortie seule. Nous savons que ces questions masquent souvent la responsabilité de l’agresseur.

Néanmoins, des initiatives positives encouragent les femmes à rester actives quel que soit le moment de la journée. Des campagnes comme « Let’s Lift the Curfew », lancée par Sport England et This Girl Can, invitent les femmes à partager leurs expériences avec l’exercice en plein air durant les mois sombres. Des groupes de courses nocturnes sont également organisés pour que les femmes puissent se déplacer en toute sécurité.

Ces initiatives sont encourageantes et méritent d’être applaudies, mais il ne faudrait pas que les femmes aient à se justifier ou à changer leurs habitudes pour se sentir en sécurité. Le risque réel est souvent bien moins important que ce que l’on croit, et la peur d’être actives peut nuire à leur santé physique et mentale pendant de longues périodes.

Le célèbre slogan « Éprouvez la peur et agissez quand même » trouve ici une certaine résonance. C’est un appel à la réflexion sur nos actions et à la démystification des peurs. Car, au fond, nous avons toutes à gagner à revendiquer notre place dans l’espace public, peu importe l’heure.

Points importants à retenir

  • Une étude de 2021 a montré que 81 % des femmes se sentent en sécurité dans les parcs après la nuit.
  • Une enquête Adidas a révélé que 30 % des femmes courent le risque de harcèlement en courant.
  • 95 % des abus ne sont pas signalés aux autorités, montrant une normalisation de la violence.
  • Les statistiques ne montrent pas que les crimes sont plus fréquents la nuit, remettons en question nos a priori.
  • Les véritables criminels sont souvent connus des victimes, ce qui modifie notre perception du danger.
  • Des campagnes existent pour encourager les femmes à faire du sport, mais la sécurité ne devrait pas être conditionnelle.

En conclusion, je nous invite à débattre de ce paradoxe dans notre société : comment transformer notre appréhension du monde nocturne en confiance ? Il est crucial de balayer ces idées reçues et d’encourager toutes les femmes à revendiquer leur droit à l’espace public sans peur ni restrictions.



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