En juin, un article publié dans le New England Journal of Medicine a bouleversé les conventions en matière de traitement du cancer en remettant en question l’idée que l’activité physique n’influe pas sur les chances de survie des patients. Une vaste étude internationale, impliquant un nombre significatif de participants canadiens, a inscrit près de 900 patients atteints de cancer du côlon, ayant subi une chirurgie et une chimiothérapie. À la moitié d’entre eux, un programme d’exercices structuré a été proposé. Les résultats ont montré que ceux qui avaient participé à ce programme vivaient plus longtemps que ceux qui se contentaient de recevoir des conseils de santé.
Les différences étaient frappantes. Les patients intégrés dans le programme d’exercices structuré avaient un risque de décès inférieur de 37 % et un risque de récidive du cancer ou d’apparition d’un nouveau cancer réduit de 28 %.
Traditionnellement, les patients diagnostiqués avec un cancer sont encouragés à se reposer. Bien que l’exercice soit parfois recommandé par des professionnels de santé, cette étude élève la notion d’exercice de simple soin de support à traitement curatif. Même si les résultats de cette étude ne concernent que les patients ayant un cancer du côlon post-chimiothérapie, il est raisonnable de penser que l’exercice pourrait avoir des effets similaires pour d’autres types de cancer.
En évaluant les effets de l’exercice par rapport aux traitements médicamenteux associés à la chimiothérapie, on constate que l’activité physique est aussi efficace, voire plus, que la plupart des traitements, qui entraînent souvent des effets secondaires notables et des coûts élevés. À contrario, l’exercice est peu coûteux et présente très peu d’effets indésirables. Si l’activité physique était considérée comme un médicament, les résultats de cette étude témoignent qu’elle devrait être adoptée dans le cadre du traitement standard du cancer du côlon.
Cette nécessité d’un programme d’exercices structuré ouvre la voie à des recherches plus approfondies. Quelle serait la prescription d’exercice optimale ? Faut-il privilégier les exercices aérobiques, la musculation, l’entraînement par intervalles ou une combinaison de ces méthodes ? Quel est le moment idéal pour pratiquer ces exercices en rapport avec les autres traitements anticancéreux ? Encore de nombreuses recherches sont à mener pour comprendre les changements moléculaires et biologiques engendrés par l’activité physique.
En parallèle, l’équipe de dragon boat “Abreast In A Boat” a célébré son 30e anniversaire. Fondée dans les années 90 par un groupe de 24 survivantes du cancer du sein à Vancouver, cette équipe a remis en question le mythe selon lequel l’exercice pourrait provoquer un lymphœdème, un gonflement douloureux. Elles ont appris à pagayer après trois mois d’entraînement physique, et leurs efforts ont prouvé que l’intensité de cet exercice ne causait pas de lymphœdème.
Ce sport est devenu très populaire, avec des milliers de femmes et quelques hommes ayant survécu à un cancer du sein pagayant dans le monde entier. Cette activité leur permet de reprendre le contrôle de leur vie, d’améliorer leur fonction et leur qualité de vie, et pourrait même accroître leur espérance de vie. Cela illustre parfaitement l’impact positif du sport sur la santé.
D’autres exemples attestent également de cette corrélation entre le sport et la santé. Une relation ancienne existe entre l’exercice et des maladies telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète, les troubles métaboliques et des affections comme la maladie de Parkinson. Il est regrettable que sport et santé soient souvent perçus comme deux entités distinctes. L’un est loisir et compétition, tandis que l’autre se limite à la médecine. Cette vision est erronée, et nos gouvernements, tant fédéraux que provinciaux, doivent agir pour créer des passerelles entre les ministères du sport, de l’éducation et de la santé.
Il est impératif que les recommandations en faveur de l’activité physique ne soient plus mises de côté. Nos gouvernements doivent investir de manière significative dans les programmes sportifs et les centres de loisirs communautaires. Des équipes de T-ball, de soccer, de pickleball et des éducateurs spécialisés dans les centres de loisirs en sont de bons exemples. En intégrant l’exercice et le sport dans le quotidien des Canadiens, nous pourrions améliorer significativement la santé de la population tout en réduisant les coûts des soins de santé. Il serait judicieux de considérer la participation aux activités sportives comme un indicateur de la santé publique. En somme, l’exercice, sous toutes ses formes, est une médecine précieuse.
Points importants à retenir
- L’inactivité physique après un diagnostic de cancer n’est plus une norme acceptée.
- Un programme d’exercices structuré peut prolonger la vie et réduire les risques de récidive du cancer.
- Les effets bénéfiques de l’exercice pourraient être généralisés à d’autres types de cancer.
- Le sport peut être un puissant facteur d’amélioration de la qualité de vie des patients.
- Les gouvernements doivent renforcer les liens entre sport et santé pour un bien-être collectif.
Ce débat sur le rôle du sport dans la santé me conduit à réfléchir : comment pouvons-nous, en tant que société, mieux intégrer l’activité physique dans notre quotidien ? Au-delà des bénéfices individuels, il s’agit d’un enjeu collectif et d’un appel à repenser nos priorités en matière de santé publique. L’intégration du sport dans nos vies pourrait changer notre rapport à la santé. Quelle serait la première étape pour initier ce changement?




