Lorsqu’une mère se demande : que faire si ma fille aperçoit une souris dans sa chambre d’étudiant ? Quel type de bottes de pluie devrais-je acheter pour elle ? Devrais-je engager un service de blanchisserie ou enseigner à mon enfant à faire sa lessive ? Ces interrogations sont courantes, surtout lorsque l’on envoie son enfant à l’université.
Il y a quatre ans, au moment où mon frère choisissait son école supérieure, une amie de ma mère lui a fait découvrir un groupe Facebook pour les parents d’élèves admis, quelque chose d’inattendu pour notre famille.
Ces groupes, spécifiquement dédiés aux parents d’étudiants, sont désormais légion sur Facebook. La plupart d’entre eux sont privés et regroupent un grand nombre de membres. Les administrateurs bénévoles demandent souvent une preuve d’admission, comme une capture d’écran de la lettre d’acceptation, pour vérifier l’appartenance des membres. Ces pages sont gérées par des parents, souvent en continuant une tradition transmise de parent à parent au fil des promotions des étudiants.
Un regard sur les difficultés des étudiants
Les discussions dans ces groupes vont au-delà des aspects pratiques comme les appliances autorisées. Les parents y expriment aussi leur préoccupation face à l’isolement de leur enfant, leurs soucis de santé mentale et d’autres difficultés. Mais face à ce déversement d’émotions, le psychologue Dr. Robyne Hanley-Dafoe souligne que ce qui est partagé sur ces forums peut parfois déformer la réalité des transitions vécues par les étudiants.
Il est indéniable que le passage de l’école secondaire à l’université constitue une épreuve. Cependant, ces échanges sur Facebook amplifient ces expériences, ajoutant une pression qui peut être superflue aux parents et aux élèves. Des posts consultés dans ces groupes montrent surtout des parents en détresse, essayant de résoudre des problèmes au lieu de laisser leurs enfants gérer leurs propres défis.
Éduquer, mais pas surprotéger
Les étudiants seront inévitablement confrontés à des défis et des erreurs. La vie universitaire est marquée par des interactions complexes avec de nouveaux professeurs, camarades et attentes sociales. Quand leurs parents interviennent systématiquement, cela peut miner leur confiance en leurs capacités à surmonter les obstacles. Cette approche risque de nuire à leur développement et à leur autonomie.
Il est essentiel que les parents permettent à leurs enfants de vivre des expériences d’apprentissage, même si cela implique parfois des échecs. Comme l’indique Dr. Lynn Lyons, les parents doivent évoluer vers un style d’éducation où ils soutiennent de loin, au lieu de s’impliquer systématiquement dans les décisions de leurs enfants.
Comment accompagner sans surenchérir ?
Le jour de mon installation à l’université, une séparation brutale a eu lieu entre parents et étudiants. Cela m’a permis de prendre mes marques et d’apprendre à me débrouiller seule. Les parents doivent être conscients que leur soutien, bien que précieux, doit rester à distance, tout en laissant suffisamment d’espace à leurs enfants pour qu’ils s’adaptent de manière autonome.
Les conseils peuvent être bienvenus, mais il est crucial que les jeunes apprennent à gérer leurs propres difficultés. En favorisant l’autonomie, ils seront mieux préparés à faire face aux épreuves futures, dans et hors des salles de classe.
Points importants à retenir
- Les groupes Facebook pour les parents peuvent créer une dynamique anxiogène autour des défis universitaires.
- Il est nécessaire que les parents privilégient une approche de soutien à distance pour favoriser l’indépendance de leur enfant.
- Les étudiants ont besoin de vivre leurs propres expériences pour développer leur confiance et leur résilience.
- Le partage excessif d’expériences sur les réseaux sociaux peut nuire à la vie privée des étudiants.
- Les parents doivent encourager la prise d’initiatives et la résolution de problèmes par leurs enfants.
Dans ce contexte, je m’interroge : comment pouvons-nous, en tant que société, aider les parents à ajuster leurs attentes et leurs pratiques face aux défis de l’éducation supérieure ? L’espace d’intimité et d’apprentissage accordé aux jeunes adultes est vital, et il est temps d’adopter une perspective plus équilibrée sur leur cheminement vers l’indépendance.




