Tripulant de narco voilier condamné pour avoir incendié son bateau et tué un complice

Tripulant de narco voilier condamné pour avoir incendié son bateau et tué un complice

La Audiencia Nacional a condamné un réseau international de « narcovélos » ayant pour habitude de mettre le feu à des navires en pleine mer afin de détruire les drogues qu’ils transportaient lorsque les forces de l’ordre s’apprêtaient à les intercepter. La peine la plus sévère a été infligée à Iman B., condamné à 27 ans de prison pour avoir provoqué une explosion ayant entraîné la mort de l’un des deux leaders de cette organisation criminelle, Vitali M. Quant aux sept autres membres de l’équipage, ils ont été condamnés à sept ans de prison, à l’exception d’Andrey K., qui a reçu trois mois supplémentaires, étant également un des chefs de l’organisation. Ce jugement, rendu par la Salle de pénal le 17 juillet, renforce une jurisprudence considérée par un membre de l’enquête comme un moyen de mettre fin à l’impunité qui prévalait autour de cette pratique, fréquemment utilisée dans le narcotrafic maritime pour détruire les preuves du délit.

L’essentiel de l’enquête a été mené par la Unidad Central Operativa (UCO) de la Guardia Civil, et plus particulièrement par ses Équipes contre le Crime Organisé (ECO), y compris celle des Canaries. Andrey K. et Vitali M. étaient les leaders d’un groupe criminel impliqué depuis plusieurs années (des enregistrements existent depuis 2018) dans le transport maritime de drogues produites en Afrique, en Amérique du Sud et en Europe vers des destinations internationales. Qualifiés par les sources de l’enquête de « freelances du narcotrafic », ces Ukrainiens n’étaient pas les propriétaires de la marchandise, mais facturaient le transport, l’équipage et les dépenses logistiques associées. Ils bénéficiaient d’un vaste réseau de contacts dans des organisations criminelles productrices de stupéfiants, offrant leurs services via des plateformes de messagerie sécurisée, comme Sky ECC, à l’aide de trois voiliers : Jessie, Magallanes et Liberta.

L’ECO des Canaries a rejoint, en 2021, une enquête en cours liée à l’actuellement démantelé Órgano de Coordinación contra el Narcotráfico en el Sur (OCON-Sur) lorsque le voilier Jessie a été localisé dans un port de Tenerife. Environ six mois auparavant, ce navire avait été utilisé pour transporter près de quatre tonnes de haschich du Maroc vers le Brésil, où il a dû subir des réparations à la Martinique avant de revenir en Europe. Le bateau, dont le propriétaire légal était un citoyen polonais inconscient des activités illicites, avait été mis à disposition d’Andrey K. par l’organisation criminelle française Blanc Solidarité, comme l’indiquent les communications interceptées.

Une deuxième organisation criminelle, active sur la Costa del Sol et composée principalement de citoyens d’Europe de l’Est, connue dans les conversations comme les ‘marbellíes’, a contacté Andrey K. et Vitali M. pour louer leur infrastructure maritime pour le transport de haschich. En 2022, alors que l’ECO des Canaries prenait en charge l’enquête suite à la dissolution d’OCON-Sur, des désaccords sont apparus entre les marbellíes et les responsables des navires, ce qui a temporairement freiné leurs activités.

Un agent de la Guardia Civil observe le voilier Magallanes après l'incendie, dans les eaux proches des Canaries.

Un agent de la Guardia Civil observe le voilier Magallanes après l’incendie, dans les eaux proches des Canaries.

Des mois plus tard, les enquêteurs découvrent un second navire à Barcelone, le Magallanes, qui devait se rendre vers la côte marocaine pour charger du haschich. Grâce aux communications interceptées, les enquêteurs ont déterminé que 50 sacs noirs, représentant environ 1 500 kilos de drogue, avaient été chargés en préparation du voyage.

Lorsque le Magallanes naviguait près de l’archipel, la Guardia Civil a mené une opération d’assaut sur le navire. L’équipage, apercevant l’approche des forces de l’ordre, a mis le feu au voilier avant que les agents ne puissent accéder à la cargaison, le faisant sombrer dans l’Atlantique sans pouvoir récupérer la drogue. En l’absence de preuves matérielles, les membres de l’équipage arrêtés ont été libérés à Las Palmas de Gran Canaria après leur passage en justice, avant d’être transférés à Tenerife en attendant de nouvelles instructions de leurs chefs.

L’opération clé, au cours de laquelle Vitali M. a péri et Andrey K. a été arrêté avec le reste de l’équipage, s’est déroulée près des îles Baléares. En raison des problèmes mécaniques du Jessie et de la destruction du Magallanes, l’organisation a fait appel à son troisième voilier, le Liberta, positionné à Valence. Après de multiples réunions entre les groupes criminels à Madrid et Alicante, le Liberta a pris la mer depuis Valence avec Andrey K. et Vitali M. à bord, ainsi que six membres d’équipage et un représentant arabe des propriétaires de la drogue, Iman B., chargé de surveiller l’opération, un rôle connu comme « notaire » dans le jargon criminel.

Après avoir chargé les stupéfiants sur les côtes marocaines et algériennes, le Liberta a pris la direction du centre de la Méditerranée, mais a été intercepté par la Guardia Civil. Lors de l’assaut, Iman B. a tenté de mettre le feu au navire avec une fusée éclairante, sans succès. Il a ensuite lancé un bidon d’essence, provoquant une explosion qui a blessé plusieurs membres de l’équipage, dont Vitali M., brûlé à 95 % du corps et qui a finalement perdu la vie en raison de ses blessures.

Points importants à retenir

  • La condamnation des membres d’un réseau international de narcotrafiquants signale un changement dans la législation.
  • La Guardia Civil a intensifié ses efforts pour lutter contre le narcotrafic maritime et a fait preuve d’une coopération internationale.
  • Les techniques d’opération des groupes criminels, notamment l’incendie de navires pour détruire les preuves, révèlent la brutalité de ce marché.
  • Le témoignage d’Iman B. dans son rôle de “notaire” met en lumière les dynamiques de pouvoir au sein de ces réseaux.
  • La mort de Vitali M. souligne les risques considérables auxquels sont confrontés ceux qui opèrent dans le narcotrafic.

La lutte contre le narcotrafic ne concerne pas seulement la saisie de drogues, mais aussi la compréhension des motivations et des comportements au sein de ces réseaux criminels. Chaque arrestation, chaque condamnation, est une pièce de puzzle, mais la question persiste : qu’est-ce qui pousse ces individus, souvent issus de milieux défavorisés, à s’engager dans des activités aussi périlleuses ? Il est indispensable d’explorer les conditions sociales qui sous-tendent ces choix, car la guerre contre les drogues ne sera gagnée que lorsqu’on aura enrayé les racines du problème. L’écho des voiliers en flammes résonne au-delà des mers, impassible, et nous invite à réfléchir sur les moyens d’enrayer cette spirale destructrice.



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