Entretien captivant

Entretien captivant

En 1987, j’étais en charge de la chronique judiciaire au célèbre journal Baleares. Cette année-là, de nombreux événements ont marqué Majorque, mais, selon moi, l’intrigue qui a le plus frappé la société fut celle d’une mère de 27 ans qui a mis fin aux jours de ses deux enfants, âgés de cinq et sept ans. Les faits se sont déroulés à Portocolom, dans la nuit du 1er novembre. Il est indéniable que la tragédie principale fut la perte de ces deux jeunes vies. Toutefois, sur le plan professionnel, j’ai eu l’opportunité d’interroger en exclusivité la mère, ce qui, en plus de rehausser le prestige du journal, a marqué un tournant dans ma carrière et celle de mes collègues à Ultima Hora : « Même si cela semble impossible, nous allons essayer. Le refus, nous l’avons déjà ».

Pour poser le décor, Мónica Kreiger était une jeune femme d’origine allemande. Après le décès de son mari en 1985, elle est venue s’installer à Majorque avec ses deux enfants pour bénéficier du soutien de ses parents qui résidaient à Portocolom. L’intégration dans cette charmante ville côtière s’est faite sans heurts jusqu’à ce tragique jour. Ceux qui la connaissaient affirmaient qu’elle était une bonne mère, attachée à ses enfants, mais ses problèmes mentaux étaient évidents. Le 1er novembre 1987, un lundi, les deux frères dormaient dans leur chambre lorsque Mónica a mis fin à leurs jours. Selon ses dires auprès de la Guardia Civil, elle leur avait injecté de l’air dans les veines. Cependant, ne trouvant pas de traces de piqûres sur leurs bras, on a déduit qu’elle leur avait administré un mélange de barbituriques.

En raison de son état, Mónica a été hospitalisée dans un centre psychiatrique à Palma. Au niveau de la couverture médiatique, nous avions déjà bien traité l’affaire. Il ne restait plus que le procès et l’interview avec la protagoniste. Cette dernière s’annonçait difficile. Voici une femme souffrant d’une dépression sévère et sous médication. De plus, son accès à l’établissement était restreint. J’ai donc décidé d’agir. Pourquoi ne pas essayer ? J’ai contacté un ami qui connaissait bien le fonctionnement du centre psychiatrique de Palma. Deux jours plus tard, il m’a appelé. Mónica sortait habituellement dans la cour entre 11 h et 12 h, sans grande surveillance. Bien qu’elle soit sous médication, il semblait possible de lui parler. Il y avait une porte d’accès depuis la rue qui était souvent ouverte. C’était donc une opportunité à saisir.

Il était déjà 11 heures quand j’ai demandé à un photographe de m’accompagner. Je lui ai conseillé de se tenir à l’écart et de prendre une photo uniquement si je lui faisais un signe. À l’époque, les appareils photo étaient volumineux, et cela pouvait intimider Mónica. La porte vers la cour était ouverte, alors je suis entrée. Je l’ai rapidement aperçue, assise seule sur un banc, vêtue d’une veste en jean bleu, d’un pantalon assorti et de chaussures confortables. Je me suis approchée et lui ai demandé si je pouvais prendre place auprès d’elle. Elle m’a répondu par un geste d’affirmation. Je lui ai expliqué que j’étais journaliste et souhaitais discuter un moment avec elle. Elle a accepté avec un espagnol correct. Je lui ai donc demandé si elle pouvait me parler de ce qu’elle se souvenait de cette nuit tragique. J’ai allumé mon enregistreur, et Mónica a commencé à raconter son histoire. L’une de ses phrases, que j’ai rapportée, était : « Avant de tuer mes enfants, je les ai pris dans mes bras et les ai caressés ». Je lui ai exprimé ma gratitude pour son temps et lui ai demandé la permission de prendre une photo. Elle a accepté.

Points importants à retenir

  • Le cas de Mónica Kreiger soulève des questions profondes sur la santé mentale et son impact sur les familles.
  • Les tragédies familiales peuvent être causées par des problèmes non décelés, rendant la situation encore plus complexe.
  • Le rôle des médias dans des affaires sensibles est crucial, nécessitant une approche respectueuse et éthique.
  • La communication avec des individus en détresse demande délicatesse et prudence.
  • La société a besoin de mécanismes de soutien plus efficaces pour les personnes souffrant de troubles mentaux.

En tant que journaliste, je ne peux m’empêcher de réfléchir à la fragilité de la condition humaine. Ces événements tragiques ne sont pas uniquement des histoires à rapporter, mais des rappels poignants de la nécessité d’écouter ceux qui souffrent, souvent silencieusement. Que faisons-nous pour mieux comprendre et aider nos semblables? La réponse se trouve peut-être dans notre capacité à dialoguer et à poser des questions essentielles, même lorsque les réponses sont douloureuses.



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