À travers l’actualité, les expériences les plus universelles de l’humanité émergent. L’information révèle la séparation entre le corps et la société, entre sexualité et politique, entre le privé et le public, l’individu et la collectivité, ainsi qu’entre le masculin et le féminin. Au cours des années 70, les mouvements anti-autoritaires, tels que le féminisme et le mouvement étudiant, ont remis en question toutes formes de dualisme. La pensée d’Elvio Fachinelli a été fondamentale pour sortir de cette dichotomie et rechercher les connexions qui existent entre des pôles souvent perçus comme opposés.
En examinant l’actualité, des couches inattendues apparaissent, liées à notre passé et à des formations archaïques souvent inconscientes. L’histoire dissimule des éléments d’une préhistoire, et les archaïsmes résiduels laissent entrevoir des événements appelés à se répéter à l’avenir.
Dans le domaine du « privé », la « vie intime » renferme des expériences communes à tous les humains : la sexualité, la maternité, le vieillissement, la douleur, la mort, etc. Ces dimensions ont souvent été reléguées à l’immobilité de la nature ou à l’obscurité de l’indicible.
Une règle du journalisme consiste à se concentrer sur le « ici » et le « maintenant » des événements. J’ai eu la chance de rencontrer des rédacteurs qui m’ont permis d’adopter ce que j’appelle « un regard décalé » sur l’actualité, révélant des implications cachées et des réflexions dont les racines plongent dans notre héritage patriarcal.
Ce recueil, paru pour la première fois en 2004, rassemble des écrits d’articles parus au début du millénaire, notamment ceux destinés à une rubrique du mensuel Carnet sous la direction d’Eugenio Tassini.
En parlant de « préhistoire », je fais référence à la construction des identités de genre, présentées comme le « destin naturel » des hommes et des femmes. Malgré les millénaires d’histoire, la lenteur d’émergence de la conscience face à la « virilité » et la résistance des hommes à s’interroger sur ce terme soulèvent des questions cruciales. La « révolution » féministe a révélé la nécessité de redéfinir la politique, l’histoire et la culture en intégrant ce qui était auparavant considéré comme « non politique ». Cela a impliqué de repenser la vie personnelle comme un archive d’histoires non écrites qui nous unissent en tant qu’humains. Bien que des avancées aient été réalisées, la violence à l’égard des femmes, y compris les féminicides, n’est plus seulement confinée aux récits de faits divers.
L’effritement des frontières entre le « privé » et le « public » est le résultat du développement industriel, du triomphe du marché et des médias. Une avancée moderne, certes, mais qui d’une certaine manière, a également engendré des risques. Les mouvements des années 70 ont cependant introduit une lecture politique qui a souligné les dualismes à leur origine, en établissant des liens entre corps et pensée, biologie et histoire. Dans l’actualité, il n’était pas difficile d’observer ce que Fachinelli appelait le « temps flèche » de l’histoire et le « temps tortue » des expériences corporelles.
Malheureusement, les évolutions ultérieures ont emprunté une autre voie. Nous observons aujourd’hui une sorte de mélange où un pôle semble absorber l’autre.
Le concept de « capital humain » en est un exemple : il semble que le capital ait pris le pas sur l’individu, tandis que l’individu s’incarne dans le capital. La mercantilisation touche désormais même les aspects les plus intimes de la vie, entraînant une externalisation de ce qui était considéré comme « privé » et une privatisation de l’espace public et politique. Le « populisme » se traduit par l’émergence de figures institutionnelles dont le succès tient à des comportements et un langage reconnaissables et proches des préoccupations de l’homme ordinaire, ajoutés à un charme et une autorité issus du pouvoir.
Ce retournement est illustré par les événements analysés dans ce livre, qu’il s’agisse de l’affaire Clinton-Monica Lewinsky où la sexualité interroge la politique, ou des figures plus anodines de la vie quotidienne : pères, mères, enfants, exclus, etc. Chacune de ces trajectoires révèle des archétypes d’une culture patriarcale séculaire. Ces histoires, définies comme des corps-théâtre, selon la formulation éclairante de Jean-Luc Nancy, mettent en scène des expériences humaines universelles, des pulsions et préjugés, et les constructions imaginatives qui se répètent, qu’elles soient une « réplique aveugle » du passé ou une « reprise » ouverte à de nouvelles solutions.
Les « résidus » de cette histoire d’aujourd’hui, comme l’a noté Fachinelli dans les années 70, correspondent à ce « flot tumultueux d’images et de voix » qui traverse le monde. Ce phénomène, bien que perçu comme un simple bruit de fond, mérite d’être interrogé et redéfini à travers de nouvelles conscientisations.
Points importants à retenir
- L’importance des mouvements anti-autoritaires des années 70 dans la remise en question des dualismes.
- Le passage de l’espace « privé » à des discussions plus larges sur le « public ».
- La construction des identités de genre comme un héritage historique influent.
- La nécessité d’une redéfinition des politiques relatives à la violence à l’égard des femmes.
- Le capital humain et son impact sur la perception de l’individu dans la société moderne.
En observant ces dynamiques, je me questionne : comment les leçons du passé peuvent-elles éclairer notre compréhension des enjeux actuels ? Les récits d’hier continuent-ils d’influencer nos choix maintenant ? La lutte pour un avenir équilibré passe-t-elle par la reconnaissance de ces expériences et par l’acceptation de la complexité des interactions humaines ? Je suis convaincue que cette introspection est essentielle pour forger des chemins durables vers l’égalité et l’empathie.





