
Malgré son titre, « Dreams » de Michel Franco offre peu d’espoir. Le film débute sur un fond bleu éclatant, similaire à un ciel ensoleillé, avant de nous plonger dans une réalité sombre : un camion semi-remorque abandonné à la frontière texano-mexicaine. À l’intérieur, une trentaine d’immigrants mexicains — hommes, femmes et enfants — sont entassés, comme du bétail en transit vers l’abattoir.
Ils sont finalement libérés par des passeurs indifférents, se voyant désormais livrés à eux-mêmes dans le désert.
C’est une introduction tragique, qui reflète le regard critique que le réalisateur mexicain jette sur notre société contemporaine à travers ses récents films au titre évocateur : « Memory », « Sundown » et « Chronic ».
La crise des immigrants, notamment au Texas, a atteint des sommets récemment, soulignant la nécessité d’un film aussi intensément clinique. Cependant, « Dreams » peine à traiter ce sujet de manière habile.
Parmi les migrants, nous rencontrons Fernando (Isaac Hernández), un jeune danseur de ballet qui revient en Amérique après plusieurs expulsions, faisant appel à des pêcheurs locaux pour rejoindre San Francisco.
Une fois arrivé, il retrouve Jennifer (Jessica Chastain), responsable de la fondation qui soutient ses projets artistiques. Leur relation amoureuse est entretenue dans le secret, à la fois personnelle et professionnelle.
Ils incarnent l’idée qu’a exprimée « Citizen Kane » : « Aimer selon mes propres termes, c’est la seule chose que quiconque sache jamais — les siens. »
Les limites du soutien de Jennifer proviennent en grande partie de son père (Marshall Bell) et de son frère (Rupert Friend), philanthropes riches désireux de la reconnaissance sans vouloir affronter les réelles raisons qui rendent leur aide nécessaire.
Chaque famille américaine a pour origine un immigrant avec un rêve, mais la réalité actuelle semble éloigner cette porte d’opportunité chaque jour davantage. Fernando n’est pas un saint non plus ; sa frustration le pousse parfois à des actions irréfléchies.
« Dreams » ne développe qu’environ 40 minutes d’histoire au sein de ses 95 minutes, de nombreuses scènes étant superflues et n’apportant rien de nouveau.
Franco et son fidèle directeur de la photographie, Yves Cape, réussissent à créer une atmosphère glaciale dans la Baie de San Francisco, où des voitures de livraison automatisées servent une élite, tandis que des travailleurs sans papiers craignent les agents de la frontière tout en recevant un salaire sous le minimum légal.
Cette dichotomie est omniprésente, mais Franco souligne cette situation de manière répétitive, bien après que le message ait été transmis.
Chastain est une performer qui fait écho à la retenue de Franco, son regard perçant reflétant des plaisirs inassouvis. Fernando, par sa présence, lui ouvre la porte à l’amour, à travers des scènes intimistes puissantes. Hernández, danseur de ballet dans la réalité, justifie son casting par la difficulté d’apprendre le ballet à un acteur.
Cependant, il n’éveille pas entièrement le charisme attendu. Arrivé à la fin, une provocation typique de Franco laisse un goût amer sans que l’attente ne vaille la peine. Les rêves se transforment alors, ne laissant place qu’à des cauchemars.
Points importants à retenir
- Le film aborde la réalité dure des immigrants, soulignant leur vulnérabilité dans un système injuste.
- La relation entre Fernando et Jennifer, bien qu’amoureuse, est embourbée par des enjeux sociaux complexes.
- Les personnages doivent naviguer entre leurs aspirations et les attentes familiales, illustrant la lutte entre ambitions personnelles et contextes socio-économiques.
- Franco utilise des éléments visuels puissants pour transmettre le malaise ambiant, mais le rythme narratif du film soulève des questions sur son efficacité.
- Le récit démontre comment le rêve américain se transforme dans les réalités contemporaines, posant question sur l’espoir et la résilience.
À travers « Dreams », j’ai ressenti un profond malaise. Ce film ne s’arrête pas à la simple illustration d’un point de vue, mais soulève une multitude de questions sur notre humanité : que signifie véritablement réaliser un rêve dans un monde où tant de barrières existent ? Les rêves récents que nous entretenons méritent-ils encore d’être poursuivis dans cette lutte incessante ? Une réflexion qui, je l’espère, continuera à vibrer bien au-delà de l’écran.





