Le 19 février 2016, le corps de Gloria Rosboch, professeur à Castellamonte, petite ville du Canavese en Piémont, a été découvert dans une citerne d’un dépôt sauvage, mettant fin à des semaines de recherches épuisantes. Gloria a été assassinée par un ancien élève, Gabriele Defilippi, alors âgé de juste vingt ans, avec la complicité de Roberto Obert, l’un de ses amants : elle a été étranglée et laissée dans l’obscurité d’un puits, après avoir longtemps été trompée par Defilippi, qui lui avait promis une vie heureuse.
Aujourd’hui, après les condamnations – 30 ans pour le jeune homme et 18 ans et neuf mois pour Obert (la mère de Gabriele, Caterina Abbattista, a également été condamnée pour complicité de fraude en 2022 après une longue bataille judiciaire) – de nombreuses tentatives ont été faites pour reconstruire ce crime, d’une façon factuelle, que ce soit à la télévision ou dans des podcasts.
En s’inspirant des faits de cette sombre affaire, le film La joie, réalisé par Nicolangelo Gelormini, met en lumière la mémoire de Gloria, retrçant sa vie et sa tragique mort, porté par un casting remarquable, où se distinguent Valeria Golino, Saul Nanni et Jasmine Trinca.
La joie, bande-annonce et synopsis du film avec Valeria Golino
Adapté de la pièce de théâtre Se non sporca il mio pavimento de Giuliano Scarpinato et Gioia Salvatori, le film de Gelormini est sorti le 12 février (après une belle réception lors de la Mostra de Venise et à la Festa del Cinema di Roma l’année dernière). Les personnages portent de nouveaux noms : Gioia (Golino) est une professeure de français d’âge mûr vivant avec ses parents dans la province de Turin, et Alessio (Nanni) est le nouvel élève qui bouleverse son existence en lui promettant un avenir meilleur. Jasmine Trinca joue la mère d’Alessio, exerçant une influence ambigüe sur lui, l’incitant à arnaquer Gioia pour lui extorquer de l’argent. La joie aborde, avec délicatesse mais aussi brutalité, les limites de la confiance.
Le corps comme découverte, le corps comme arme
Alessio est à l’aise avec son corps, se travestissant souvent, fréquentant des lieux gay et se prostituant auprès d’hommes plus âgés pour aider sa mère, veuve. En revanche, Gioia vit avec ses parents âgés, ancrée dans une routine simple, sans avoir connu la sublimation de ses idéaux romantiques. Quand Alessio lui accorde de l’attention durant les cours particuliers, elle tombe sous son charme, lui confiant sa vie et son argent. La dynamique entre eux est asymétrique, tant la première est ambiguë et troublante que la seconde est naïve et rêveuse. Le film explore la profondeur de cette relation, la solitude et la perte, pour aboutir à un dénouement tragique, revisitant le cas de Gloria Rosboch, gravé dans les annales comme le meurtre de Castellamonte, avec une tonalité presque onirique, le tout sur des notes évocatrices de “Reality”, chanson emblématique du film Il tempo delle mele.
Qui était Gloria Rosboch
A l’instar de Gioia, Gloria était professeure, spécialisée en français, souvent appelée à soutenir des élèves en situation de handicap. Âgée de 49 ans, elle vivait avec ses parents à Turin, ne désirant pas quitter son quotidien simpliste. Sa mère, Marisa, a déclaré pendant le procès que Gloria avait tenté à un moment de se construire sa propre maison, mais cela n’avait jamais abouti. Elle préférait la tranquillité de sa vie monotone.
Le 13 janvier 2016, elle est sortie de chez elle pour une réunion scolaire, sans jamais y revenir. Son corps a été retrouvé un mois après, abandonné dans une décharge de Rivara. Gabriele Defilippi, un ancien élève avec qui elle avait repris contact en 2012, et Roberto Obert, 56 ans, son amant, sont rapidement désignés comme responsables. Gabriele a manipulé Gloria, se faisant passer pour un professionnel de la finance et lui promettant une vie ensemble sur la Côte d’Azur, lui extorquant au passage 187 000 euros. La découverte de la fraude a poussé Gloria à menacer de porter plainte contre lui, suscitant la colère de Defilippi et Obert, jusqu’à l’issue fatale.
Obert travaille aujourd’hui comme bibliothécaire en prison, Defilippi regrette son acte
Lors du procès, la mère de Gabriele a décrit son fils comme un jeune homme en proie à des crises d’identité. “Il a vécu une crise sexuelle de la classe de troisième à 16 ans. Après un changement soudain, il est devenu difficile et violent.” Avec Gloria, Defilippi a élaboré un plan complexe pour lui extorquer de l’argent, manipulant ses émotions pour gagner sa confiance, avant que l’homicide ne survienne lorsque son emprise sur Gloria s’est estompée. En 2022, Defilippi a obtenu une permission spéciale pour défendre sa thèse à l’UPEINA de Turin. Aujourd’hui âgé de 31 ans, il reste des décennies derrière les barreaux et se dit repentant. Obert, pour sa part, purgait sa peine en tant que bibliothécaire à la prison de Verbania, étant désigné comme complice de l’assassinat. Il a guidé les enquêteurs vers l’endroit où ils avaient caché le corps, étant décrit comme une personne fragile soumise à la volonté de Defilippi, au point de commettre l’irréparable pour lui plaire. Dix ans après la disparition de Gloria Rosboch, les enjeux de cette affaire criminelle continuent de troubler.
Points importants à retenir
- Gloria Rosboch, professeure à Castellamonte, a été victime d’un crime tragique en 2016.
- Le film La joie retrace sa vie et sa mort, explorant des thèmes de confiance et d’illusion.
- Gabriele Defilippi a manipulé Gloria pendant des années avant de commettre l’irréparable.
- La dualité des personnages – victimisation versus manipulation – est centrale dans l’intrigue.
- Le souvenir de Gloria Rosboch, tout en étant tragique, soulève des questions sur la vulnérabilité et la confiance humaine.
En tant que journaliste, je suis frappée par la profondeur psychologique de cette affaire. Comment une relation peut-elle devenir si tordue, projetant à la fois le désir d’un meilleur avenir et l’obscurité d’une manipulation insidieuse ? Cela nous rappelle que la confiance, bien qu’essentielle, comporte des risques que nous devons être prêts à évaluer. En fin de compte, Gloria Rosboch n’est pas seulement une victime, mais une tragédie qui soulève un grand nombre de questions sur l’emprise et la fragilité des relations humaines.





