Giuseppe Paternò Raddusa a exploré l’univers du récit sous toutes ses formes : de la scénarisation au podcast, en passant par la narration et le cinéma. Auteur et podcasteur parmi les plus écoutés d’Italie, il a été l’une des plumes emblématiques de Demoni urbani, l’un des podcasts true crime les plus renommés. Aujourd’hui, il poursuit cette aventure avec Demoni, en collaboration avec Simone Spoladori et la voix inoubliable de Francesco Migliaccio. Son nom est également associé à d’autres productions comme Milano Bandita, Predatori et Mamma Ebe, sans oublier des projets plus légers tels que Maschile Singolare et L’estate più calda, révélant une facette plus sensible de son écriture. Dans son dernier ouvrage, Atlante della nera milanese (UTET), il propose une démarche audacieuse : dresser une carte de la criminalité à Milan, voyageant à travers les quartiers et les décennies marquées par des meurtriers ayant laissé une empreinte dans la mémoire collective. De Vallanzasca à Gucci, en passant par Elvira Andrezzi et des histoires oubliées comme celle d’Alenya Bortolotto, cet atlas ne se contente pas de relater les faits, mais les organise, les interprète et les narre avec une plume sobre, documentée et respectueuse. Ce respect éthique est essentiel, car chaque récit criminel émane d’une douleur. Dans l’exclusivité qui suit, Giuseppe Paternò Raddusa se penche sur son travail pour ce livre et réfléchit aux mécanismes qui entourent la narration du crime.
Quelle est l’origine de votre expérience dans la narration criminelle ?
“Tout a commencé il y a plusieurs années. J’ai été l’un des auteurs principaux de Demoni urbani, un podcast qui a rencontré un franc succès. Ce projet n’existe plus dans sa forme originale, mais il a donné naissance à Demoni, que j’écris avec Simone Spoladori. Nous collaborons toujours avec Francesco Migliaccio et Flaminia Bolzan qui prêtent leur voix aux récits. Parallèlement, j’ai écrit d’autres podcasts sur des histoires criminelles, bien que je ne sois pas très fan de l’étiquette ‘true crime’. J’ai aussi travaillé sur des projets comme Mamma Ebe, Predatori, en particulier Milano Bandita, axé sur les grandes bandes milanaises. Depuis 2018, je raconte régulièrement des histoires de criminalité, cherchant à équilibrer précision et engagement.”
Est-ce ce qui a incité UTET à vous proposer d’écrire Atlantique de la criminalité milanaise ?
“UTET, via Matteo Alfonsi, m’a contacté parce qu’ils connaissaient mon travail sur ce genre d’histoires. Ils ont sans doute apprécié ma capacité à traiter des sujets délicats sans sombrer dans le sensationnalisme. J’ai affiné mon style narratif au fil des ans.”
Vous avez mentionné ne pas aimer le terme “true crime”. Pourquoi ?
“C’est devenu une étiquette à la mode, ce qui enlève de la profondeur aux contenus. Chaque histoire évoque des tragédies personnelles, et je ne pense pas que ce terme soit approprié dans le cadre de mes récits. Pour moi, Atlante della nera milanese n’est pas du ‘true crime’, mais un travail de reconstitution historique et géographique.”
Comment avez-vous sélectionné les cas à inclure dans votre livre ?
“La sélection a été complexe. Il y avait des histoires que j’aurais aimé inclure, comme celle de Giorgio Ambrosoli, mais j’ai dû faire des choix. Chaque chapitre aborde un fait divers tout en mentionnant d’autres cas moins connus. Ainsi, je voulais m’assurer que le lecteur ne reparte pas avec le sentiment qu’il manquait quelque chose.”
Vous avez choisi de vous arrêter au début des années 2000.
“Oui, j’ai arrêté en 2003 pour montrer une continuité. Bien que le temps passe, certaines dynamiques restent inchangées. Chaque crime est le reflet de son époque, mais certains mécanismes sociaux persistent.”
Comment avez-vous mené vos recherches ?
“Les sources journalistiques sont un bon point de départ, mais pas suffisantes. J’ai effectué un travail d’archive qui m’a permis de découvrir des détails indiscutables sur des affaires méconnues. Ces archives offrent une profondeur que l’on ne trouve que rarement en ligne.”
Travail d’investigation alors ?
“Absolument. J’ai cherché à donner du corps et de la profondeur à des histoires souvent oubliées.”
Ces récits révèlent-ils une certaine dimension cachée de la ville de Milan ?
“Certainement. Connaitre l’histoire criminelle d’une ville permet de mieux comprendre son tissu urbain et d’identifier les lieux où se sont déroulés ces événements tragiques.”
Quel est le rôle de la narration dans ce type de récit ?
“La narration est essentielle, car elle crée un lien avec le lecteur tout en restant fidèle aux faits. C’est un challenge d’évoquer des émotions tout en respectant la réalité.”
Quel éthique vous guide dans ce type de récit ?
“Je me demande toujours si ce que j’écris pourrait être offensant pour les familles des victimes. Mon but est d’informer, sans entrer dans des détails qui pourraient faire souffrir.”
Que nous apprend la criminalité sur Milan ?
“Beaucoup de choses, que ce soit des délits misérables ou des crimes politiques. Milan est une ville unique, riche, mais aussi marquée par des tensions et des histoires d’ego et de pouvoir.”
Comment décririez-vous la situation actuelle de la criminalité milanaise ?
“Le crime existe toujours, il serait naïf de le nier. La ville a pour habitude d’être à la une lorsqu’il s’agit de sécurité, mais la réalité est plus complexe.”
En quoi la rédaction pour un livre diffère-t-elle de celle d’un podcast ?
“Pour un livre, je m’efforce d’être plus sobre. La nécessité de maintenir l’attention des auditeurs dans un podcast permet d’utiliser un langage plus riche.”
Quels sont les défis de traiter des histoires aussi douloureuses ?
“Chaque histoire a sa gravité. J’essaie de garder une perspective professionnelle, mais il est inévitable d’être touché émotionnellement. La nuit, ces récits me hantent.”
Quelle histoire vous a le plus marqué ?
“Celle des cinq filles mortes dans la région de la gare centrale reste particulièrement gravée dans ma mémoire. Aucune un livre ou un podcast ne pourra jamais transmettre l’émotion que cela suscite.”
Points importants à retenir
- Giuseppe Paternò Raddusa est un narrateur expérimenté, mêlant récits de crime et projets plus légers.
- Son ouvrage Atlante della nera milanese propose une exploration respectueuse des couloirs de la criminalité à Milan.
- La sélection des cas présentés est minutieuse et se concentre sur la profondeur des récits plutôt que sur le sensationnalisme.
- La recherche est essentielle, faisant appel à des archives souvent méconnues pour en révéler la complexité humaine.
- La narration criminelle pose le défi de traiter des histoires tout en respectant la douleur des victimes et de leurs familles.
En explorant ces récits, je ne peux m’empêcher de me demander jusqu’où nous pouvons aller dans la quête de la vérité sans pour autant heurter les sensibilités. Chaque histoire de crime n’est pas qu’un fait divers ; elle révèle également l’âme de la ville. En tant que journaliste, il est de mon devoir de donner à ces récits la voix qu’ils méritent, tout en réfléchissant à notre approvisionnement émotionnel à travers ce miroir parfois déformant qu’est la criminalité.





