Des études récentes montrent une augmentation de la dépression et de l’anxiété chez les jeunes aux États-Unis. Face à ce constat, de nombreuses familles cherchent des solutions, et une nouvelle recherche de l’université Cornell révèle que le journal intime réflexif – où les jeunes peuvent réfléchir à leurs motivations et à leurs objectifs tout au long de leur vie – pourrait constituer une réponse efficace.
Des psychologues du Purpose and Identity Processes Lab de Cornell ont recruté plus de 100 jeunes âgés de 18 à 29 ans souffrant de dépression modérée à sévère. Ils ont été répartis aléatoirement en deux groupes : l’un s’est concentré sur la rédaction d’activités quotidiennes ordinaires, tandis que l’autre a réfléchi sur différentes étapes de leur vie, y compris l’enfance, l’école élémentaire, le lycée, l’université, et leurs projets d’avenir. Les participants de ce deuxième groupe devaient décrire leurs motivations et leurs objectifs, avant de résumer chaque phase de leur vie par un mot. L’intervention a duré deux semaines pour les deux groupes.
Les effets du journal intime réflexif sur la dépression et l’identité
Deux mois après avoir terminé ces exercices de journalisation, le groupe qui a réfléchi sur les chapitres de sa vie a rapporté une diminution significative de la dépression et d’un sentiment de “déraillement”, une disparité perçue entre leur identité actuelle et passée.
« Quelque chose dans l’idée de journaliser vos identités et de les relier à travers le temps – tout au long de votre histoire de vie – semble avoir des bienfaits psychologiques », explique Christopher Davis, candidat au doctorat et auteur principal de l’étude. « Se reconnecter ainsi à sa propre histoire, et réfléchir à la manière de progresser, semble être thérapeutique. »
Les chercheurs évoquent ce processus comme la construction de “la continuité de soi” — un sentiment que votre passé, votre présent et votre futur forment une histoire cohérente. Des recherches antérieures ont associé une forte continuité de soi à une meilleure résilience psychologique ; cette étude est l’une des premières à tester si elle peut être renforcée délibérément par un exercice d’écriture court.
Pourquoi le journal intime réflexif peut être bénéfique pour certains plus que pour d’autres
Tous les participants n’ont pas réagi de la même manière ; beaucoup ont constaté une diminution des symptômes dépressifs, mais environ un quart n’a observé aucun changement. En examinant les journaux intérieurs, les chercheurs ont réalisé que les participants qui ont le mieux réussi avaient écrit de manière réfléchie, évoquant des moments de croissance ou des tournants positifs. Ceux qui en ont le moins bénéficié ont écrit légèrement et se sont concentrés sur des souvenirs douloureux sans les relier à des éléments extérieurs. L’exercice semblait être le plus efficace lorsqu’il favorisait une véritable réflexion plutôt qu’une rumination.
Cet aspect est essentiel : inciter un jeune à écrire sur ses émotions n’est pas automatiquement thérapeutique. Pour ceux susceptibles de sombrer dans des pensées négatives, un journal non structuré peut renforcer des schémas négatifs.
Pour essayer chez soi, demandez à un adolescent ou à un jeune adulte de se décrire en un mot ou deux à différentes étapes de sa vie. Invitez-les à partager ce qui a compté à chaque période et ce qu’ils ont retenu. L’objectif n’est pas de revivre des moments difficiles, mais d’aider un jeune à voir sa vie comme une histoire continue et évolutive.
Selon Davis, « ce travail démontre une approche accessible et concrète pour répondre à ce problème croissant, que nous observons chez les jeunes adultes, à savoir une augmentation simultanée de la dépression et de la perte d’identité. Si quelqu’un est prêt à s’engager dans ce processus, ces exercices de journalisation pourraient constituer une voie prometteuse pour soulager un grand nombre de personnes. »
En résumé, un exercice de journalisation qui incite les jeunes à réfléchir sur les différentes phases de leur vie peut contribuer à atténuer les symptômes de dépression.
Points importants à retenir
- La pratique du journal intime réflexif peut aider à créer une continuité de soi.
- Une distinction s’opère entre une réflexion constructive et une rumination.
- Les bénéfices sont souvent plus marqués chez ceux qui évoquent des changements positifs ou des réflexions significatives.
- Un guidage peut être nécessaire pour éviter les dérives négatives de l’écriture libre.
- Encourager les jeunes à voir leur vie comme une histoire continue peut être bénéfique.
Cette étude nous interpelle sur notre manière d’accompagner les jeunes face à des périodes de crise. À titre personnel, je me demande comment nous pouvons mieux encourager ces pratiques de réflexion dans une société où le tempo est souvent effréné. La santé mentale mérite notre attention et notre engagement collectif pour offrir un soutien durable.





