Alors que les festivités approchent à la Mostra de Venise (du 2 au 12 septembre), un film attire particulièrement l’attention : “Woman Unknown”, la troisième œuvre de la réalisatrice d’origine égyptienne May El-Toukhy. Ceux qui ont pu le visionner affirment que cette histoire de culpabilité et de suspicions, se déroulant dans la Danemark d’après-guerre, résonne puissamment avec notre époque actuelle. De plus, il est le seul film en compétition réalisé par une femme, attirant l’œil attentif de la jurée présidée par Maggie Gyllenhaal, qui a remporté le prix du scénario en 2021 pour “La Fille Oubliée”. D’autres films comme “Succederà questa notte” de Nanni Moretti ou “Wild Horse Nine” de Martin McDonagh pourraient également être des prétendants au Lion d’Or, avec un casting prometteur incluant des talents tels que John Malkovich et Sam Rockwell.
En dépit des favoris cités, l’essence des festivals reste la découverte de nouvelles voix et talents. La Mostra, sous la direction d’Alberto Barbera, offre une programmation riche et variée, allant des préoccupations environnementales aux œuvres de Florian Zeller mettant en avant les enjeux géopolitiques contemporains. Ces thèmes, à la fois authentiques et urgents, tissent un récit dialogue sur notre société actuelle.
La sélection comprend également des œuvres qui explorent le passé, tels que “Naza” de Yuval Abraham et Rachel Szor sur la Palestine, et “Mr. Nelson, Did You Kill People?” de Shinya Tsukamoto, s’inspirant des souvenirs d’un vétéran du Vietnam. Le film colossal “Dau” d’Ilya Khrzhanovsky évoque les complexités d’une Russie stalinienne perdue dans le temps. Cette fascinante reconstruction doit saisir un monde révolu avec une précision inouïe, y compris les langages et comportements d’une époque révolue.
En outre, d’autres films illumineront la compétition avec des récits de crises psychologiques et d’identités fracturées, comme “Bucking Fastard” de Werner Herzog ou “Primetime” de Lance Oppenheim, qui dépeint le dilemme moral d’un journaliste. Les nouvelles voix de la section Orizzonti, telle que “La città dei vivi” de Nicola Lagioia, tentent aussi de traiter des thèmes sociétaux profonds. Grzegorz Debowski, dans “What Belongs to Others”, examine la renaissance d’une femme humiliée, tout en s’appropriant une histoire qui n’est pas la sienne.
Les couloirs de la Mostra révèlent une obsession qui traverse de nombreuses œuvres : faire ressurgir des mondes oubliés dont nous n’avons pas encore terminé de débattre. Ce voyage nostalgique, qui se dessine à travers des récits variés, nous rappelle la profondeur et la richesse de notre passé commun. “Imperium”, un projet cinématographique monumental de Sergei Loznitsa, se penche sur la nostalgie d’un rêve socialiste à travers des images d’archives, révélant ainsi la complexité des récits soviétiques.
Elisabetta Giannini, dans “La leggenda del deserto”, s’attaque également à cette réminiscence en se servant des souvenirs familiaux pour interroger la réalité actuelle des Sahraouis. Son documentaire résonne avec des questions d’espoir et de traumas historiques, renforçant l’idée que le cinéma peut éclaircir des vérités parfois inconfortables.
Ces explorations artistiques témoignent du rôle fondamental du cinéma : rendre visible l’invisible et provoque une réflexion essentielle sur notre passé. À une époque où tout paraît déjà réalisé, il est crucial de se rappeler que des mondes, même voilés par l’oubli, continuent d’exister et d’enrichir notre compréhension actuelle.
Points importants à retenir
- “Woman Unknown” de May El-Toukhy est en compétition et traite de problèmes contemporains d’identité et de culpabilité.
- La Mostra de Venise met l’accent sur la découverte de nouveaux talents et la diversité des voix cinématographiques.
- Des thématiques géopolitiques et environnementales sont au cœur des films présentés cette année.
- Des œuvres explorant le passé complètent la sélection, abordant des questions de mémoire collective.
- Des récits d’identité et de psyché sont de plus en plus présents, proposant une réflexion sur des crises contemporaines.
À travers ces récits, je ne peux m’empêcher de me demander : avons-nous véritablement appris de notre histoire ? Le cinéma, en tant qu’art et miroir de la société, a cette capacité inexploitée de nous renvoyer à nos propres réalités, tout en éveillant nos consciences. La Mostra de Venise, avec sa richesse et sa diversité, constitue une plateforme où ces dialogues doivent se poursuivre, poussant chacun à réfléchir sur le monde dans lequel nous vivons.





