La Police Nationale a rouvert l’un des cas les plus sombres de la chronique criminelle asturienne : la disparition de Maria Trinidad Suardíaz, surnommée Mari Trini, et de sa fille Beatriz, âgée de seulement 13 mois, dont on a perdu toute trace en 1987.
Trente-huit ans plus tard, des agents de l’Unité Centrale de Délinquance Spécialisée et Violente (UDEV) ont repris les recherches après un témoignage qui affirme avoir vu le mari de la jeune femme, surnommé le Portugais, jeter deux véhicules par un ravin dans une ancienne lagune minière de Ribadesella.
Une vie marquée par la violence
La vie de Mari Trini est celle d’une femme qui n’a jamais eu sa chance. Née en 1962 dans une famille modeste de la municipalité de Colunga, elle a grandi avec ses frères, tous également touchés par un handicap intellectuel, sous la tutelle de leur grand-mère en raison des difficultés de leurs parents. Sa vie a changé lorsqu’elle a rencontré Antonio Da Silva, surnommé le Portugais, un homme violent impliqué dans le trafic de tabac. Ils se marièrent en 1985, alors qu’elle n’avait que 22 ans et lui presque 40.
Les voisins se souviennent d’années de coups et de mauvais traitements. Mari Trini avait même jeté des notes par la fenêtre demandant de l’aide. Après plusieurs déménagements, elle s’est réfugiée dans un foyer à Gijón avec sa fille nouvellement née, mais son agresseur a fini par la retrouver. Peu de temps après, toutes deux ont disparu sans laisser de trace.
Le mari a toujours affirmé qu’elles étaient parties de leur propre chef, mais la police n’a jamais cru cette version. Pendant des années, leurs domiciles ont été fouillés sans succès. Étrangement, aucun membre de la famille n’a signalé la disparition avant 2001, lorsqu’un frère de Mari Trini a enfin alerté les autorités. À ce stade, l’affaire était déjà froide.
La lagune qui pourrait lever le mystère
Le tournant est survenu récemment. Une juge de Gijón a autorisé le vidage de la lagune minière de Ribadesella après avoir vérifié la présence de deux voitures immergées sous deux mètres d’eau et de boue. L’objectif : déterminer si les restes de la jeune femme et de son bébé pourraient s’y trouver.
Des sources policières confirment que le vidage sera imminent, en attendant l’arrivée d’unités de l’Unité Militaire d’Urgence (UME) pour aider au processus.
Le journaliste d’investigation Alfonso Egea, qui suit de près l’affaire, explique : “Je vais vous dire ce qui va se passer tout de suite. J’ai parlé avec la police asturienne et la lagune va être vidée. Ils attendent l’arrivée de l’UME. Un témoin parle de deux voitures jetées ; elles sont là.”
Selon Egea, les enquêteurs pensent que le Portugais a pu utiliser deux véhicules différents pour cacher les corps séparément, bien que les preuves soient difficiles à obtenir après tant d’années.
Une enquête contre la montre
La réouverture de l’affaire intervient dans un contexte judiciaire délicat. Le principal suspect, le Portugais, a aujourd’hui 81 ans, réside dans une maison de retraite à León et souffre de démence sénile, compliquant toute possibilité d’accusation.
Egea résume la situation avec prudence : “Le problème va survenir lorsqu’il s’agira de tenir le Portugais pour responsable. De nombreuses jurisprudences indiquent qu’une enquête peut suspendre la prescription. Un avocat pourrait faire valoir que le délit peut être poursuivi, mais il faudrait accuser un homme atteint de démence dans une maison de retraite. C’est compliqué.”
Malgré le temps qui passe, les proches espèrent toujours pouvoir retrouver les restes de Mari Trini et de sa fille pour leur offrir une sépulture. “Il restera peut-être quelques restes squelettiques, mais suffisant pour leur donner une sainte sépulture, comme la famille le souhaite”, explique Egea. “Je souhaiterais qu’ils soient là, mais j’ai un sentiment très pessimiste à ce sujet.”
Le silence des années quatre-vingt
Le journaliste rappelle également que cette affaire illustre une époque où les disparitions pouvaient rester non résolues pendant des années. “De 1987 à 2001, il n’y a eu aucune dénonciation. C’était une période où l’enquête policière était particulièrement sombre dans notre pays. Les gens pouvaient disparaître et, si personne ne dénonçait, il n’y avait pas d’enquête. Il n’y avait pas de trace numérique, et des familles pouvaient se retrouver sans contact pendant des décennies.”
Les agents confirment que la découverte des deux voitures est bien réelle, mais le travail d’extraction sera laborieux : “Ce matin, on m’a signalé la présence de deux mètres d’eau, mais cela pourrait être plus compliqué à cause de la boue. La découverte est là, mais ils ont besoin d’équipement, car c’est une lagune minière qu’il faut entièrement vider. Plusieurs semaines de travail nous attendent”, indique Egea.
Points importants à retenir
- Le témoignage d’un voisin a relancé l’enquête sur la disparition de Mari Trini et de sa fille.
- Les violences conjugales et le contexte familial difficile ont marqué la vie de Mari Trini.
- La réouverture de l’affaire survient avec des implications complexes dues à l’âge et la santé du suspect.
- La lagune à Ribadesella pourrait contenir des indices cruciaux, mais l’extraction sera un processus délicat.
- Les disparitions non signalées illustrent des lacunes dans le système judiciaire des années 80.
En réfléchissant à cette affaire tragique, il apparaît clairement que le temps n’efface pas les blessures et que l’attente de justice peut s’étendre sur des décennies. Chaque jour qui passe rappelle à la fois l’absence et l’espoir, mais également la difficile réalité de la quête de vérité dans un système qui a tant à rattraper. Que faire lorsque la mémoire collective faillit et que les cris des disparus s’éteignent dans le silence du passé ?





